Putsch : « Maintenant, je ne reçois aucun coup de fil »

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A la barre le vendredi 14 septembre 2018, le capitaine Seydou Gaston Ouédraogo est venu répondre des faits de complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, de meurtre et de coups et blessures volontaires qui pèsent sur lui dans le dossier du Coup d’Etat de septembre 2015. Celui qui était responsable de la régie, de la Gestion des ressources humaines, de la logistique et des finances à l’Etat-major particulier de la présidence du Faso est celui-là qui a ramené, par hélicoptère, du matériel de maintien de l’ordre de la frontière ivoiro-burkinabè.

Pour l’audition du financier en poste à l’Etat-major particulier de la présidence, les débats ont principalement tourné, le vendredi 14 septembre 2018, autour de son ‘’voyage’’ à Niankologo à la frontière ivoiro-burkinabè et de l’utilisation d’une somme d’argents, 165 millions F CFA, remis par le général Gilbert Diendéré pour « encourager les hommes ».
Le 19 septembre 2015, narre le capitaine Seydou Gaston Ouédraogo, ordre lui a été donné par le Colonel-major Boureima Kéré, « d’aller chercher du matériel à la Base aérienne ». Arrivé, il est conduit vers un hélicoptère. « Le pilote m’a dit : ‘’où on va’’. J’étais étonné ». Après de nombreux appels pour joindre le colonel-major Kéré afin de comprendre, la destination Niankologo a été livrée au capitaine. Dans la même période, selon l’accusé, le pilote tentait également de joindre son supérieur à la Base aérienne, le colonel Gouba.

« Le général a dit sur France24 qu’il avait l’accompagnement des chefs militaires »

En route pour la destination, l’hélicoptère qui comptait quatre personnes plus l’accusé a fait escale à Bobo-Dioulasso « pour complément en carburant ». « On a encore essayé d’avoir des informations », note l’inculpé qui indique avoir reçu du colonel-major Kéré, un contact téléphonique avec un nom, « le lieutenant Touré ». C’est auprès de celui-ci que le matériel devrait être récupéré. Alors que le capitaine Ouédraogo échangeait avec son chef au téléphone, le pilote aurait reçu un appel du colonel Gouba pour plus de détails pour la mission.

« Ensuite, on a décollé » de Bobo-Dioulasso et « entre temps, l’hélico a atterri. C’était comme sur un terrain de football et la zone était protégée par la gendarmerie de l’Etat burkinabè. Le lieutenant Touré est venu vers moi », narre l’inculpé. Un véhicule avec une immatriculation de la Côte d’ivoire s’est avancé pour décharger dans l’hélicoptère, « 6 à 8 caissons en plastique plus une valise ». Un des caissons « était cassé et contenait du gaz lacrymogène », note le prévenu.

De retour à Ouagadougou, l’hélicoptère s’est posé à la Présidence et les caissons débarqués. La valise a été remise, sur instruction du Colonel-major Kéré, à un homme qui était dans le cortège du général Diendéré, le 19 septembre 2015 vers 19h. Le parquet a voulu mettre à nu la complicité du capitaine dans le putsch à travers son « voyage ». Mais selon ce dernier, à maintes reprises, il aurait effectué pareilles missions sans ordre de mission. « Ce sont les documents qu’on remplissait à la Base aérienne qui faisaient foi », dit-il.

Profitant des relances du parquet, l’accusé s’est lâché : « le général a dit sur France24 qu’il avait l’accompagnement des chefs militaires (…) Je suis allé à la Base aérienne, la mission était préparée (…) J’étais dans mon bureau et je n’ai jamais décidé de moi-même à aller en mission. Ce qui m’énerve, c’est que l’hélicoptère était en panne et on nous a laissé décoller au péril de nos vies (…) Là où on a atterri, c’est la gendarmerie burkinabè qui sécurisait. Ça veut dire que ça a été préparé en haut niveau. Et dans tout ça, c’est le capitaine Ouédraogo seul qu’on accuse (cinq personnes étaient dans l’hélicoptère, ndlr) (…). Il aurait fallu qu’on dise que l’hélico est en panne et la mission n’avait pas lieu ».

Le capitaine a poursuivi dans son coup de gueule concernant sa carrière. L’accusé a ainsi dépeint un avenir sombre. « Même si nous nous en sortons, nous sommes marqués à vie (…) Je suis en liberté provisoire mais on ne travaille pas. Nous sommes vus comme ceux qui ont fait le Coup d’Etat. Dans le cercle des officiers, c’est comme une secte (…) Avant, je ne pouvais pas passer 5 secondes sans appels. Maintenant, je ne reçois aucun coup de fil », raconte-t-il.
Sur le second sujet de débat, selon le parquet, du général Gilbert Diendéré, le Colonel-major Kéré aurait reçu 160 millions de F CFA. Sur ce montant, le colonel-major aurait remis 75 millions au capitaine Ouédraogo. Mais foi de ce dernier, c’est à son collègue comptable que le Colonel-major Kéré a remis l’argent. A la dissolution du corps, les pièces comptables et une somme de 126 millions de F CFA avaient été transportée par le capitaine et son collègue dans leur nouveau régiment. Accusé et parquet ont échangé sans trop se comprendre sur ce sujet. Le parquet a promis y revenir.

« Les soldats étaient là et disaient que les officiers étaient des traitres »

Lors de l’audition de ce capitaine, celui-ci a fait mention de menaces de la part de jeunes soldats au temps fort du coup de force. « Les soldats étaient là et disaient que les officiers étaient des traitres. On était menacé. Ils disaient qu’ils connaissaient nos maisons. Je ne pouvais pas prendre le risque de mettre ma famille en danger », soutient l’accusé pour justifier la durée de sa présence à Kossyam malgré les appels de l’armée loyaliste.

L’audition du capitaine Seydou Gaston Ouédraogo a été écourtée le vendredi 14 septembre 2018 et reprend le lundi 17 septembre 2018.

Ignace Ismaël NABOLE
Burkina 24

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