Procès du putsch raté au Burkina : ce qu’il faut savoir sur les écoutes Bassolé-Soro

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Le général Djibrill Bassolé, considéré comme l’un des cerveaux du coup d’État manqué de septembre 2015 au Burkina Faso, a rejeté lors de son procès la validité des échanges téléphoniques qu’il aurait eus avec Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne.

À la barre du tribunal militaire, l’ancien ministre des Affaires étrangères, poursuivi pour « complicité d’attentat à la sûreté de l’État, meurtres, coups et blessures, collision avec une puissance étrangère », dans le cadre de l’enquête judiciaire sur le coup d’État raté de septembre 2015, continue de rejeter la pièce centrale du dossier d’accusation : les conversations téléphoniques supposées qu’il aurait eues avec Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne.


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« Je ne souhaite pas faire le moindre commentaire », a déclaré le 7 janvier Djibrill Bassolé, interrogé par le parquet sur le contenu des écoutes, au troisième jour de sa comparution, le procès ayant été suspendu pendant deux semaines à l’occasion des fêtes. Considéré comme l’un des cerveaux du coup d’État manqué de septembre 2015 qui avait fait 14 morts et 270 blessés, le général de gendarmerie encourt la prison à perpétuité.

Un rapport et des questions

Djibrill Bassolé met en cause l’origine de ces enregistrements, dont la retranscription a été lue par le parquet, qui s’est toutefois refusé de dévoiler le procédé par lequel ces éléments sonores avaient été obtenus. D’après nos informations, ces enregistrements proviennent des services de renseignements burkinabè, qui les auraient transmis à la justice militaire.

L’expert allemand saisi par le juge d’instruction avait indiqué n’avoir pu authentifier la source des écoutes incriminées

Or, l’expert allemand en investigation acoustique, Hermann Künzel, saisi par le juge d’instruction pour analyser ces conversations téléphoniques supposées, avait indiqué n’avoir pu authentifier la source des écoutes incriminées, que la justice militaire lui avait remises sur une clé USB. Pourtant, le procureur militaire, Alioune Zanré, soutient que le rapport d’expertise conclut que « les analyses acoustiques n’ont produit aucun indice, ni trace de trucage ou de montage ».

Me Antoinette Ouédraogo, une des avocats du général Bassolé, avait expliqué à Jeune Afrique que l’expert allemand n’avait pu authentifier la source des écoutes incriminées. « La clé USB qui a été transmise, l’expert n’en connaît pas la source. C’est ce que nous avons toujours soutenu. Une copie sans l’originale, admettez que c’est tout de même difficile », avait alors déclaré l’ancienne bâtonnier du barreau burkinabè. Et d’ajouter : « L’expert a fait un travail, mais les conclusions sont extrêmement techniques. Du peu que j’en sais, il ne répond pas aux vraies questions. »

« On frappe dans une ville en haut »

Des questions qui surgissent aujourd’hui à l’audition du général, qui refuse d’évoquer ces écoutes dont Jeune Afrique a obtenu une copie via une source militaire burkinabè. On y entend une voix prêtée au président de l’Assemblée nationale ivoirienne s’attaquer au défunt Salif Diallo, alors président de l’Assemblée nationale burkinabè. Au fil de l’échange, la voix censée appartenir à Guillaume Soro préconise des frappes aux frontières pour semer la panique au sein de l’armée.


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« D’ici quarante-huit heures, j’aurai des fonds et je peux t’envoyer quelque chose pour que toi aussi tu rentres dans la base. (…) On frappe dans une ville en haut, quelque part là-bas ; on récupère un commissariat ou bien une gendarmerie. Eux, ils vont fuir. Ils ne peuvent pas résister. Et comme on me dit que l’armée est autour de Ouagadougou, si on frappe à un bout là-bas, l’armée va vouloir se réorganiser pour y aller. Au moment où ils décollent, on frappe une autre ville, cela va les paniquer et le RSP [Régiment de sécurité présidentielle], lui, il sort ».

Le supposé interlocuteur, Djibrill Bassolé, semble approuver et affirme : « Surtout, il faut frapper de manière à ce que même si on recule, [et] les dégâts qu’on a causé, les choses ne peuvent plus revenir à la situation antérieure ». Fin décembre, la défense du général de gendarmerie avait déjà remis en cause l’authenticité du rapport d’expertise sur les écoutes téléphoniques supposées avec Guillaume Soro, arguant avoir déposé une plainte pour « faux » au tribunal de grande instance de Ouagadougou.

Jeune Afrique