Grève de l’ANEB : Quand l’université de Ouagadougou devient le théâtre d’une battue

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Grève de l’ANEB : Quand l’université de Ouagadougou devient le théâtre d’une battue

D’un côté des étudiants en grève qui exigent la levée de la sanction infligée par l’administration à un des leurs, et de l’autre côté des étudiants prêts à défier le principal syndicat d’étudiants pour suivre les cours. La tension était palpable, ce mercredi matin, à notre arrivée à l’université peu après 8h30. A l’extérieur tout comme à l’intérieur des amphithéâtres, ça discute et le ton monte par moments. Les étudiants se regardent en chiens de faïence. Des propos lapidaires mais menaçants lancés du côté des Pro-ANEB présagent l’affrontement mais certains Anti-ANEB, se sentant en supériorité numérique, n’y croient pas vraiment. Pour ces derniers, un groupuscule ne peut décider de l’avenir de tous les étudiants du campus.

L’origine des faits selon le président de l’ANEB Ouaga

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La situation dégénère alors que des membres de l’administration discutaient avec des étudiants

Joint au téléphone, le président de l’ANEB Ouaga, Alexis Zabré, nie avoir des éléments d’information sur ce qui se passe actuellement sur « le terrain ». Toutefois, il dit être disposé à nous répondre sur le mot d’ordre de grève lancé par l’association pour demander la levée de la sanction contre leur camarade, Bahan Yenilo. « Ce dernier, explique M. Zabré, a dénoncé les chevauchements de la rentrée académique au niveau de l’UFR/Lettres Arts et Communication, rentrée qui a été programmée par le chef de département des études anglophones et le délégué de classe Anglais 1, Bac 2015.

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L’une des premières victimes de la bastonnade conduit par deux étudiantes à bord d’un véhicule qui le transportera à l’infirmerie

Lorsque l’étudiant et ses autres camarades ont dit qu’ils n’étaient pas d’accord avec la rentrée des nouveaux bacheliers, il y a eu une altercation avec le délégué de classe, Zongo Karim. Ce dernier a porté plainte pour agression physique. L’administration a donc décidé d’annuler les deux semestres qu’il a validés et on l’a interdit de s’inscrire pour un an tant qu’il ne se réconcilie pas avec Zongo Karim ».

Pour le camp d’en face, la grève n’est pas noble

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Moussa Ouattara du collectif des délégués élus des promotions

Du côté du collectif des délégués élus des promotions, l’on soutient mordicus que l’appartenance à une structure syndicale ne doit pas légitimer tout acte de violence. Même si il considère l’ANEB comme une structure « assez sérieuse, une école pour l’ensemble des étudiants », l’adjoint du délégué de la promotion Licence 3 Anglais, Ouattara Moussa, estime que le motif de la grève n’est pas noble. « Nous ne sommes pas contre l’ANEB, même si c’était une autre structure syndicale qui mettait en danger l’intérêt général, nous allons toujours dire non. Nous ne sommes pas là pour les affronter et même si ils nous tapent, on ne ripostera pas. Nous sommes là pour la force des arguments et non les arguments de la force », a soutenu le délégué adjoint Moussa Ouattara.

« Les Pro-ANEB n’ont fait que se défendre »

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Les pro-ANEB, bâtons en mains

Pendant que le porte-parole du collectif, Sedego Abdoulaye, s’exprimait aux micros des journalistes, un membre de l’ANEB s’approche et prévient la « presse et les étudiants honnêtes » de se retirer du campus car la situation « risque de dégénérer ». Quelques instants après, un membre de l’administration invite les étudiants à rejoindre les amphis mais ce que certains craignaient ou n’imaginaient pas, arriva. Des étudiants Pro-ANEB armés de bâtons organisent une course poursuite contre les Anti-ANEB.

C’est le sauve qui peut. Filles comme garçons courent dans tous les sens. Pour les moins chanceux, pris dans les filets, il s’agit d’une traque ciblée. Qu’à cela ne tienne, les Pro-ANEB ont sommé tout le monde de vider le campus avant l’arrivée des forces de sécurité. A en croire, Rakistaaba Yahaya, les Pro-ANEB n’ont fait que se défendre car les autres étudiants étaient aussi armés de pierres et de bâtons. Il en veut pour preuve les blessés enregistrés au niveau de son camp, à la main et à la tête.

Joint une deuxième fois au téléphone, le président de l’ANEB, Alexis Zabré, n’a pas voulu s’exprimer sur le sujet. « Jusqu’à présent, on n’a rien à vous dire. On ne peut que travailler à rassembler les éléments et convoquer les journalistes au besoin pour les éclairer sur la situation. Si je réagis à chaud je peux dire des choses qui n’ont pas de fondements », a-t-il répondu.

Le ministre déterminé à « mettre de l’ordre »

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Le ministre Alkassoum Maïga entouré d’étudiants après sa visite aux blessés

Des blessés, il y en a eu de part et d’autres. Accompagnés des premiers responsables de l’université, ministre en charge de l’enseignement supérieur, Alkassoum Maïga, s’est rendu au chevet de quelques-uns transférés à l’infirmerie de l’université. « C’est triste pour un campus », a déploré le ministre avant de poursuivre « L’université mérite mieux que ça. C’est un espace où l’on doit avoir un débat, une dialectique d’échanges et quand on est battu du point de vue des arguments, on laisse tomber. C’est ce qui doit être au campus.

Malheureusement, certains ont pris des gourdins pour massacrer leurs propres camarades. On n’est plus dans une logique de lutte syndicale mais de violence pure et dure ». Pour le ministre Maïga qui se dit déterminé à mettre de l’ordre sur le campus, les choses ne peuvent continuer de la sorte. Il a annoncé que la réflexion sera faite avec les forces de sécurité afin de sécuriser l’université pour que les cours puissent se dérouler dans le calme.

« L’université doit être plurielle »

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Madame Denise Badini empêchée de dispenser son cours aux environs de 7h

« Etre syndiqué, c’est un droit. C’est aussi mon droit de ne pas faire partie du syndicat. L’université doit être plurielle. Toutes les voix doivent pouvoir s’exprimer librement », a renchérit Madame Denise Barry, empêchée de dispenser son cours aux étudiants de la promotion 2015 Histoire et Archéologie, quelques heures plutôt. « Nous sommes en retard et je crois que c’est une lapalissade de le dire. Chacun peut faire ce qui est à sa portée pour arranger les choses. Le temps ne se rattrape pas mais on est prêt à faire des sacrifices pour essayer au moins de limiter les dégâts. Mais quand une partie de ceux- là mêmes qui sont victimes de ce retard continuent de le creuser, qu’est-ce que vous voulez ? », s’est-elle interrogé ?

HFB
Lefaso.net

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