Général Diendéré: « Pourquoi ne fait-on pas écouter les éléments à décharge ? »

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Après les oreilles, place aux yeux ! La diffusion des éléments vidéos entrant dans le cadre du procès du putsch manqué de septembre 2015 ont en effet débuté ce lundi 1er avril 2019. Mais, bien avant, plus d’une trentaine d’éléments sonores ont été auditionnés au Tribunal militaire de Ouagadougou délocalisé à la Salle des Banquets de Ouaga 2000.

Ce lundi 1er avril 2019, la Salle des Banquets ressemblait à une salle d’audioconférence dans la matinée et dans la soirée à une salle de cinéma. L’audience de ce jour a débuté avec la diffusion des écoutes téléphoniques attribuées à plusieurs accusés pendant qu’avocats des Parties civiles et de la Défense se font de plus en plus rares dans la salle.

Le Parquet fait noter que certains inculpés incitaient la CEDEAO à agir et n’étaient pas dans la logique d’attendre l’institution intervenir d’elle-même. Le Caporal Massa Saboué, Fatoumata Thérèse Diawara et le Général Gilbert Diendéré sont invités à tenir le crachoir.

Les deux premiers n’ont pas voulu opiner sur les éléments sonores les incriminant. Mais, quant à « Golf », deux observations s’avèrent nécessaires. Primo, il fait savoir qu’aucun élément sonore ne lui a été attribué entre le 16 et 22 septembre 2015.

Secundo, « j’ai dit ici que j’ai conversé avec des personnalités notamment l’ancien Président Jean-Baptiste Ouédraogo, le Mogho Naaba, le Chef d’Etat-Major général des armées, l’ambassadeur des Etats-Unis, le Cardinal ainsi que des médiateurs de la CEDEAO. Mais, jusqu’à présent, je n’ai pas encore entendu une conversation avec ces différentes personnalités. Ce sont des éléments qui pourraient être à décharge. Pourquoi ne fait-on pas écouter les éléments à décharge ? », lance le Général Diendéré.

Les parties prenantes au procès n’étant pas obligées de répondre aux questions des accusés, Maître Awa Sawadogo, avocate des Parties civiles, saisit la balle au bond pour faire ses observations. A l’entendre, le présumé cerveau du putsch ne se plaint plus de la voix à lui attribuée.

« Le Général se plaint du fait que les éléments sonores qui pourraient le décharger ne sont pas diffusés », dit-elle. Son confrère, Maître Pierre Yanogo, note également un « aveu » du Général Diendéré en ce sens que ce dernier ne contesterait pas les éléments sonores datant du 23 au 29 septembre 2015.

Maître Abdoul Latif Dabo, l’un des avocats du Général, vient à la rescousse de son client : « Il ne faudrait pas dénaturer les propos de notre client. Il n’a jamais dit qu’il fait un aveu. C’est le Parquet qui dit que Delta correspond au Général Diendéré ». Maître Olivier Yelkouni, pour sa part, dit se réserver pour les séances de plaidoiries.

« Le Parquet n’a jamais forgé des pièces pour les introduire dans le dossier. Monsieur le Président, nous pensons que vous avez été suffisamment outillé pour savoir qui dit la vérité ou pas », enjoint le Ministère public à la partie défenderesse.

D’autres écoutes téléphoniques impliquant le Caporal Massa Saboué et Fatoumata Thérèse Diawara ont également été diffusées. Le Procureur militaire explique que Dame Diawara incitait les éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) à sortir et à tirer sur les chars de l’armée régulière.

« Certaines personnes étaient dans une dynamique de destruction. Ce qui est marrant en plus, c’est que nous ne savons pas à quelle fin. Y a-t-il du plaisir à détruire des chars ? C’est révoltant à la fin. Le repentir est nécessaire », s’offusque le Parquet.

A la suite des éléments sonores, les vidéos versées dans le dossier ont commencé à être diffusées. Les premières images font ressortir notamment l’arrivée des Chefs d’Etat de la CEDEAO, des extraits de reportage montrant des manifestations tous azimuts à Ouaga, Fada, Dédougou, Ouahigouya, des images-amateurs de la Capitale, des images de la rencontre avec les Secrétaires généraux des ministères, etc.

Mais, certains avocats de la Défense, en l’occurrence Maître Kiemtarboumbou, crient déjà au complot, au montage et à l’acharnement. La diffusion des éléments vidéos se poursuit demain 2 avril 2019 à partir de 9h.

Noufou KINDO

Burkina 24

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