Extrémisme violent : « Le phénomène de radicalisation n’est pas seulement religieux… », dépiste Dieudonné Ouédraogo, assistant de programme au CGD

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Le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a, en collaboration avec ses partenaires, initié des conférences publiques dans plusieurs régions du Burkina. Cela, aux fins de contribuer à la sensibilisation sur la radicalisation et à la promotion de la paix et de la cohésion sociale. Pour cette étape, il s’agit d’outiller le public cible, notamment les jeunes filles et les femmes, les élèves et étudiants, les autorités religieuses et coutumières, à déceler le discours de radicalisation et, partant, à le déconstruire. Le samedi 27 février 2021, c’est Kombissiri (chef-lieu de la province du Bazèga), dans la région du Centre-Sud, qui a accueilli l’activité.

Pour animer cette conférence publique qui s’inscrit donc dans le cadre de la cohésion sociale, du vivre-ensemble et de la prévention des conflits (participation citoyenne au renforcement de la sécurité), les panélistes sont Dieudonné Ouédraogo, assistant de programme au CGD, et Issouf Ouattara, doctorant en droit sur les questions de gouvernance.

« Nous avons cinq conférences (publiques) que nous devons organiser pour participer à la déconstruction du discours de radicalisation et voir dans quelle mesure travailler à renforcer la participation des jeunes filles et des femmes dans la gouvernance du secteur de la sécurité. Nous avons constaté que le phénomène de radicalisation n’est pas seulement religieux (les gens ne le comprennent parfois pas). Donc, l’idée, c’est de sensibiliser pour que les gens puissent avoir des outils pour, d’une part, déceler un message radical et, d’autre part, être vecteurs de la rupture de sa propagation. Ce sont des mécanismes de ce genre qui permettront de participer à la recherche de la paix et de la sécurité dans notre pays », situe l’assistant de programme au CGD, Dieudonné Ouédraogo.

Dieudonné Ouédraogo

Il précise ensuite qu’« une fois le message passé, chacun est invité à devenir ambassadeur dans sa localité, pour sensibiliser d’autres personnes, de sorte que par l’effet boule de neige, on parvienne à toucher le maximum de personnes afin de pouvoir déceler le discours du radicalisme et surtout le déconstruire ».

Pour plus d’efficacité, le CGD intervient à la fois de manière directe et indirecte, en s’appuyant sur des structures locales. « Quand nous allons dans les localités où les autorités coutumières et religieuses sont organisées à travers des cadres de dialogue, nous renforçons leurs capacités, tout en leur donnant les moyens de continuer le travail. Nous avons aussi ce qu’on appelle les cellules universitaires (les cellules CGD), auxquelles nous donnons les moyens de formation et des outils pour continuer de divulguer le message. Nous mutualisons aussi nos forces avec des associations dans les localités, pour nous assurer de la continuité de l’action », confie le représentant du CGD, M. Ouédraogo.

Cartographie des attaques terroristes

Pour véritablement planter le décor, les panélistes ont dressé une sorte de cartographie des attaques terroristes au Burkina, faisant une genèse du phénomène. Ils ont également présenté les conséquences sociales, politiques, économiques, culturelles… de cette situation que traverse le Burkina, depuis avril 2015. Le pays a connu plusieurs attaques, les unes aussi sanglantes que les autres, avec en sus, plus d’un million de déplacés internes, des localités abandonnées, des services sociaux de base fermés, etc.

Depuis lors, les efforts sont multipliés, tant du côté du gouvernement que des populations elles-mêmes, pour non seulement lutter contre le phénomène, mais organiser la résilience.

« Chacun de nous est utile pour chercher la paix », a invité l’assistant de programme au CGD, Dieudonné Ouédraogo, précisant que cette participation peut se faire par plusieurs modalités (militantisme dans les associations, partis politiques, participation aux journées de redevabilité, etc.).

Vue partielle des participants, constitués en grande partie d’élèves et d’étudiants.

« L’esprit de la décentralisation, c’est pour que les citoyens participent à la gestion des affaires publiques. (…). Il faut participer à la vie des communes, du conseil municipal, demander des comptes aux élus, conseillers, maires et députés. Plusieurs modalités légales existent pour demander des comptes (pétition, interpellation, marche, etc.) », explique M. Ouédraogo, pour qui, la décentralisation se devra donc de jouer pleinement sa vocation auprès des populations.

Occasion pour le panéliste de revisiter avec les participants, les institutions majeures de la République, l’organisation du pouvoir et de s’appesantir sur le régime en vigueur au Burkina (la démocratie), en misant sur le rôle du citoyen dans cette option de gouvernance.

Manifestations du discours de radicalisation

Le second panéliste, Issouf Ouattara, doctorant en droit sur les questions de gouvernance publique, s’est d’abord focalisé sur les manifestations du discours de radicalisation, ensuite ses causes avant de présenter des pistes de solution.

Dans son développement, il a établi un lien entre les déterminants du phénomène de radicalisation avec la gouvernance publique, les finances publiques. Il invite à chercher la cause dans la corruption.

« Corruption dans le sens de la mauvaise gouvernance financière, parce que quand on parle de gouvernance, elle peut être purement politique, avec des répercussions en matière financière, mais également la gouvernance en matière purement de l’exécution du budget de l’Etat, etc. », introduit-il. L’intervenant a ensuite expliqué comment une saine gestion des finances publiques peut favoriser la justice sociale et, partant, minimiser les frustrations qui sont susceptibles de conduire à des attitudes de radicalisation.

Le panéliste, Issouf Ouattara, tout comme son co-panéliste, a abordé sa communication en optant pour une démarche participative.

« La radicalisation n’est pas seulement religieuse, elle est politique, économique, sociale, environnementale, etc. », a soutenu Issouf Ouattara. C’est en cela qu’il a recommandé aux participants de faire attention, par exemple, aux messages et images qui sont sur les réseaux, qui apparaissent anodins, parfois hilarants, mais qui peuvent cacher derrière des messages de radicalisation.

« Plus on fait une bonne mise en œuvre des dépenses publiques, plus on exécute bien la gestion financière, plus ça crée des activités socio-économiques…, plus ça crée de l’emploi et plus ça a un lien avec la lutte contre le radicalisme ; parce que la frustration chez certains individus est due au fait qu’ils sont sans emploi de façon prolongée. Ce qui les met dans une sorte de vulnérabilité économique », décortique M. Ouattara.

Au bout de leur développement, les panélistes ont partagé plusieurs pistes de solution. On retient que si certaines de ces solutions dépendent des autorités étatiques (législation), d’autres par contre relèvent d’acteurs tels que les leaders d’opinion (chefs coutumiers et religieux pour détecter les contenus haineux dans les prêches), des organisations de la société civile (pour la sensibilisation), des partenaires techniques et financiers (à travers les conditions d’intervention). Ils préconisent que soit également contrôlé le comportement des élèves (qui concurrencent dans le chicha, la drogue, les boissons alcoolisées, qui s’adonnent à des jeux très risqués avec des motos….). « C’est de façon synergique qu’on peut mieux remédier au problème », résume Issouf Ouattara.

Les participants ont voulu également en savoir davantage sur l’organisation et le fonctionnement du CGD.

De la réaction des participants

La deuxième grande articulation de cette conférence publique a été la réaction des participants. A cette étape, plusieurs questions d’éclaircissements, des commentaires et des suggestions ont été recensés. Des interventions, on note le souhait des participants de voir la tenue fréquente de telles activités et l’extension à d’autres thématiques de l’heure, l’élargissement de ces conférences de sensibilisation aux populations, le renforcement de la sécurité et l’union des Burkinabè, la prise de sanctions réelles contre la corruption et les malversations, etc. « On remet l’argent pour faire quelque chose, mais au final, il ne reste rien pour le travail parce qu’à chaque niveau des autorités, on retient quelque chose. Par exemple, on donne 500 mille pour faire un travail, mais au finish, c’est 100 mille qui vont arriver. Pourquoi c’est comme ça ? », se soucie un élève.

A l’image de ce dernier, plusieurs intervenants ont exprimé leur désolation vis-à-vis de ce qu’ils qualifient de manque de transparence dans la gestion des biens publics.

En plus du Centre-Sud (Kombissiri), ces conférences publiques se tiennent dans les régions du Nord (Ouahigouya), des Cascades (Banfora), du Centre-Ouest (Koudougou), du Sud-Ouest (Gaoua) et des Hauts-Bassins (Bobo-Dioulasso), et ce, en collaboration avec des partenaires comme l’ambassade de la Suède, l’ambassade du Danemark via Danida et OXFAM.

O.L

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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