Eurêka, je suis seul dans mon domaine !

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Eurêka, je suis seul dans mon domaine !

Il y en a qui pensent qu’il suffit d’étudier jusqu’au bout de la connaissance pour réussir. Il y a ceux qui pensent béatement qu’il suffit d’être le premier des nullards pour mériter les applaudissements des médiocres et se croire invincibles. Non ! Ce serait un peu trop facile. Ce serait accessible à tous et c’est là la méprise de bon nombre d’entre nous. Il faut au-delà du parchemin, mériter ces diplômes. J’ai vu des docteurs en tel ou tel domaine battre de l’aile en dehors de leur domaine. Ils ne savent rien d’autre en dehors de ce qu’ils ont bu en amphi. Une fois qu’ils finissent de vomir leur science, ils sont évidés, ils sont vides. Un homme doit être toujours à moitié plein. A quoi sert d’avoir le titre de professeur quand vos pensées, vos faits et gestes sont tordues comme un carré ? En vérité, l’école ne nous apprend rien ; elle révèle en nous ce qui est. Malheureusement on peut en sortir haut la main, sans savoir ce qu’on a en soi. Et là, c’est le drame de nos soi-disant
intellectuels.
A l’université, il y a des enseignants qui font saigner les étudiants. Au-delà de la prétendue complexité de leur science, ils vouent à leur matière, le culte de la difficulté. Ils inculquent ce culte à leurs étudiants. Ils disent eux-mêmes que leur matière n’est pas facile. Ils prédisent même dès la prise de contact qu’il y aura des zéro à gogo ; ils félicitent d’emblée ceux qui auront un 8/20, car ceux-là sont des génies. Ils rient sous cape en se délectant du massacre dont ils seront le seul artisan. Comme ça fait plaisir de donner zéro ! En vérité, lorsque vous donnez zéro à votre élève, vous devez être mal à l’aise ; vous devez vous remettre en partie en cause. Chez nous, personne ne se remet en cause. Personne ne se trompe. Le plus fort a toujours raison. Le faible a toujours tort. D’ailleurs, le faible est né pour être faible. Il n’a aucune chance. Chez nous, l’élève ne peut pas et doit pas dépasser le maître. Alors chacun se cramponne seul dans sa matière. On fait le tour du monde entre conférences et panels, entre expertises et consultations. Un beau jour, la mort frappe «l’érudit idiot». Il s’enfonce six pieds sous terre avec ses piètres connaissances. Ce n’est pas cela la connaissance. La connaissance doit être comme un placement en banque. Plus on épargne, plus on s’enrichit, sans compter les intérêts. La connaissance se partage dans la solidarité. Et la solidarité n’exclut pas la rigueur dans la transmission. La rigueur de certains enseignants n’est que pure méchanceté doublée d’un égocentrisme aberrant. On ne réussit jamais seul dans la vie. Il y a des professeurs titulaires qui peuvent arrêter la terre de tourner, si l’on écrit leur nom et prénom sans leur titre de «Pr». Ces types de «Pr» signifient «Pour Rien». Un vrai professeur doit être un bon berger. Au soir de sa vie, il doit se retourner et ne voir que du monde derrière lui. Il doit accoucher de docteurs et même d’autres professeurs dans son domaine. Il doit générer et perpétuer la connaissance, la vraie.
A quoi cela sert-il de se bomber le torse dans un laboratoire de recherche et se vanter d’être le seul ? A quoi sert-il de se gonfler à bloc au point de se déifier face à la trouvaille dont on est le seul orfèvre ? Il y en a même qui disent que lorsqu’ils sont absents, leur science aussi l’est. A quoi sert un père qui meurt sans rien léguer à ses fils ? On meurt parfois avec la honte. Malheureusement, la honte ne meurt jamais. C’est l’une des pires choses qui vit éternellement, parce qu’elle colle à la mémoire de sa victime. Il faut donc rester fort dans la tête et regarder en plongée le piètre professeur qui s’égosille en battant ses ailes. Il faut toujours travailler à dépasser son maître, même si celui-ci vous donne des zéros de l’égo. Réussissez malgré ces zéros et faites en sorte que la science ne vous possède pas. Possédez la science et au-delà de vos diplômes, possédez le sens des choses et de la vie et vous serez un professeur plein avant même d’être le titulaire sur papier. Il y a deux choses que l’école de l’instruction ne nous apporte pas : la sagesse et l’idéal.

Clément ZONGO
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