Economies africaines : Une croissance timide de 2,4% projetée en 2017, selon la Banque mondiale

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Economies africaines : Une croissance timide de 2,4% projetée en 2017, selon la Banque mondiale

« L’activité économique redémarre en Afrique, mais de façon modeste parce qu’elle reste en deçà du taux de croissance de la population africaine », a déclaré l’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, Albert Zeufack. Selon la dernière édition d’Africa Pulse dont il a présenté la substance aux hommes et femmes de médias, par vidéo conférence, le taux de croissance économique l’Afrique sub-saharienne devrait ressortir à 2,4% en 2017.

Trois facteurs sous-tendent ce redémarrage

Cette reprise bien que timide est sous-tendue par plusieurs facteurs, à en croire M. Zeufack. Tout d’abord, l’expert explique que l’environnement international a été favorable en 2017 en ce sens que la croissance mondiale a été plus forte avec un regain des investissements et des flux de capitaux financiers sur le continent africain, quoi que l’espace fiscal se soit réduit et que la dette se soit accrue. Ce regain est un baromètre de la confiance des investisseurs qui ont souscrits aux bons émis par certains pays sur les marchés internationaux.

Economies africaines : Une croissance timide de 2,4% projetée en 2017, selon la Banque mondialeLe deuxième facteur qui sous-tend la relance de l’Afrique est la stabilisation des prix des matières premières notamment, le pétrole, le gaz naturel et les minerais, à un niveau inférieur à ce qu’elles étaient avant 2011. Par exemple, le pétrole s’est stabilisé autour de 50, 55 dollars américains, selon le rapport.

Le Nigéria et l’Afrique du Sud représentent plus de 50% du PIB de l’Afrique : ce sont les deux premières économies du continent et elles viennent de sortir de la récession(15 mois pour le Nigéria) après avoir bénéficié d’un redressement timide des prix des produits de base, depuis 2016. Cette bonne nouvelle, selon l’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, est le troisième facteur qui a permis au continent noir d’amorcer une dynamique dans l’activité économique

Les pays résilients

Economies africaines : Une croissance timide de 2,4% projetée en 2017, selon la Banque mondialeMême si la Banque mondiale projette une croissance de 2,4% cette année, l’institution reconnait que la croissance est à vitesses multiples. Selon le rapport, les pays de l’Afrique de l’Est (Ethiopie, Rwanda, Tanzanie) qui sont moins dépendants des matières premières continuent de croitre assez vite avec des taux de plus de 6%. Idem pour le Sénégal et la Côte d’ivoire. « Ces pays représentent la face résiliente de l’Afrique », foi d’Albert Zeufack qui estime que le taux de 2,4% annoncé pour 2017 masque en réalité les points positifs de la croissance.

Quelques risques pour les prévisions

La Banque mondiale projette un taux de croissance de 3,2% en 2018et 3,5% en 2019. Mais selon l’économiste en chef, des réformes sérieuses doivent être entreprises notamment sur le plan fiscal et structurel afin « d’améliorer les institutions, favoriser la croissance du secteur privé, développer les marchés financiers locaux, améliorer la qualité et la quantité des infrastructures publiques et optimiser la mobilisation des ressources nationales ».

L’expert note toutefois que les pays qui dépendront toujours des matières premières comme les pays d’Afrique centrale continueront d’avoir une croissance volatile, ce qui pourrait tirer cette moyenne vers le bas sur les deux prochaines années.
Autres facteurs qui risquent de dégrader ces prévisions, et qui inquiète la Banque mondiale restent l’instabilité politique en sus de la montée des actes terroristes dans les pays du sahel ; et l’incertitude des politiques au Nigéria, en Afrique du Sud et en Angola.

Investir dans les compétences

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Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique

« Aussi bien dans le domaine des investissements publics que celui des investissements privés, la productivité a baissé en Afrique. Et l’un des moyens pour accroitre cette productivité, c’est l’investissement dans les compétences, autrement dit dans la qualité du capital humain », pense l’expert Zeufack. Et de recommander aux Etats africains de revoir la qualité de leurs investissements, bien qu’importants (+de 15% du budget annuel) dans le secteur de l’éducation, afin de renforcer la « productivité, l’inclusion et les capacités d’adaptations ». A cette question de compétence, peut être rapportée celle du dividende démographique. Pour Albert Zeufack, cette dernière pourrait être un atout si la jeunesse africaine est bien formée et dispose des compétences nécessaires pour saisir les opportunités qui se présentent à elle.

En rappel, deux Burkinabè, Gérard Kambou, Yirbehogre Modeste Somé, ont participé à la préparation du rapport dont la direction a été confiée à Punam Chuhan-Pole, économiste principal à la Banque mondiale.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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