Développement : « Pourquoi l’Afrique ne peut-elle pas faire aussi sa démocratie en fonction de ses réalités ? », s’exaspère le pasteur Wendlarima Hermann Sawadogo

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Développement : « Pourquoi l’Afrique ne peut-elle pas faire aussi sa démocratie en fonction de ses réalités ? », s’exaspère le pasteur Wendlarima Hermann Sawadogo

Cela fait une dizaine d’années maintenant qu’il s’est pleinement investi dans les questions de développement et de santé des populations à travers son instrument, l’Association WendKouni pour le développement de l’Afrique. Lui, c’est le professeur chercheur en phytothérapie, pasteur Wendlarima Hermann Sawadogo. Il vient de lancer un « plan de développement 2020-2050 » sur lequel nous avons voulu en savoir davantage.

Lefaso.net : Un « Plan Wendlarima Sawadogo » pour le développement réel de l’Afrique 2020-2050, qu’est-ce que c’est ?

Wendlarima Hermann Sawadogo : Effectivement, on a fait sortir un plan 2020-2050 pour le développement. C’est un plan qui propose des conditions pour le développement réel 2020-2050. Il est bâti autour des réformes de l’éducation et la santé (que l’Afrique puisse fabriquer ses propres produits, pour l’homme et pour le bétail ; former des gens dans les écoles, les universités dans les filières dont on a besoin en Afrique).

Ce plan est destiné à qui ; aux pouvoir publics, aux privés ou aux deux à la fois ?

Il est destiné aux chefs d’Etat africains, aux exécutifs des pays, aux diplomates afin qu’ils puissent se l’approprier.

Quelle démarche allez-vous adopter dans ce sens ?

On a d’abord envoyé le plan à cinq chefs d’Etat africains à travers leur représentation diplomatique (Ghana, Nigeria, Burkina Faso, Tchad, Côte d’Ivoire). Ces cinq pays ont répondu favorablement pour l’application du plan dans leur pays. C’est dans ce cadre que le vice-ambassadeur du Ghana était chez nous (au siège de l’association), le 10 juillet 2020 pour voir la possibilité d’appliquer le plan pour son pays.

Concrètement, comment le plan a-t-il été conçu ?

Il a été conçu à travers nos onze ans d’expériences. Il arrive d’ailleurs à point nommé car, comme vous le savez, après le Covid-19, l’économie africaine éprouve encore plus de difficultés. Dès lors, on se demande quelle stratégie il faut pour relancer l’économie de l’Afrique, telle qu’on a assisté au Plan Marshall après la deuxième guerre mondiale. Ce plan s’inscrit dans cette vision pour relancer l’économie de 2020-2050. Le plan a beaucoup d’avantages et c’est pour cela que les chefs d’Etat sont, à travers leurs ambassades, d’abord avec cet instrument.


Au Burkina, vous avez engagé depuis la création de votre organisation, une offensive pour l’éveil des consciences, promouvoir l’auto-emploi, etc. En onze ans, le bilan vous donne-t-il satisfaction ?

Nous sommes satisfaits, parce que c’est d’abord une association familiale, qui est passée à l’échelle nationale et aujourd’hui, internationale. Une association qui peut s’autofinancer, qui travaille sans l’appui de l’Etat, ni de partenaires étrangers et qui arrive à faire un plan qui rencontre l’assentiment des chefs d’Etat…, il faut s’en féliciter. Avec les cinq pays qui ont adhéré au plan pour son application, nous allons le mettre en œuvre avant de l’élargir aux autres pays.

Vous vous étendez aujourd’hui à l’extérieur. Êtes-vous suffisamment compris à l’interne, au Burkina, surtout auprès des autorités ?

Je ne saurai le dire, mais ce dont je suis sûr est qu’au Burkina, on a fait nos preuves, en formant plus de quatre à cinq millions de Burkinabè qui sont opérationnels et en soignant autant de Burkinabè dans la même période. Je peux dire qu’il n’y a pas un lieu public où je vais me présenter avec l’organisation sans que quelqu’un ne me connaisse.

Les modules que vous proposez pour formation à grandes échelles à des coûts dérisoires sont enseignés dans de grands instituts et écoles de la place. Ne risquez-vous pas de vous heurtez aux promoteurs d’établissements qui pourraient penser que vous réduisez ainsi leur business, quand on sait que l’école est devenue aujourd’hui au Burkina de l’affairisme ?

Voilà pourquoi nous avons proposé la réforme de l’éducation. Ce business n’arrange personne en réalité. Si on laisse le système comme tel, on se fatigue et on ne fera qu’accumuler les ingrédients d’une bombe en retardement pour nos pays. Il faut que tout le monde ait accès à l’éducation et à la formation pour que nous ayons une ressource humaine pour le développement.

Dans le développement, tout le monde va gagner. Si on forme des gens à l’agriculture, ça va réduire la charge de l’Etat parce que tout le monde pourrait se nourrir, on va atteindre l’auto-suffisance alimentaire et s’auto-employer. Il faut être pragmatique aujourd’hui. Je vous donne un exemple : nous avons envoyé le plan à l’ambassade du Ghana à 9h, pas plus d’heure après, l’ambassadeur m’a appelé pour nous dire de venir le lendemain pour un entretien. Le Ghana est un pays anglophone, il connaît l’importance d’un tel plan.

Au Burkina, au Mali, au Niger, nous avons l’insécurité…, pourquoi ; parce que c’est souvent la pauvreté qui entraîne cela. Or, avec ce plan, c’est la croissance nationale qui va être une réalité, de sorte qu’à un moment, si on fait la répartition de la richesse, chaque foyer pourrait se retrouver avec 500 mille par mois comme prime mensuelle. Ce qui va résoudre beaucoup de choses.

Ça va remettre tout le monde au travail. Il faut faire en sorte à créer de la richesse. Il faut que les gens travaillent, qu’on réglemente par exemple ces débits de boisson où les gens passent le plus de temps, mettre en place une police des paresseux, etc. Il faut organiser la société. Les Chinois sont aujourd’hui un exemple parce qu’ils ont réglementé leur société.

Au-delà de cela, c’est tout un esprit même qu’il faut façonner, la réforme doit être complète. Regardez par exemple en Afrique, quelqu’un est ministre aujourd’hui, demain s’il ne l’est plus, il devient un opposant et nie tout ce qui se fait ; il combat le même système qu’il applaudissait quand il était aux affaires et bénéficiait des grâces. Donc, tant qu’on mange, le système est bien ; quand on ne mange plus, ce n’est pas bien, il faut combattre. Où voulez-vous qu’on aille avec de tels esprits.

Wendlarima Hermann Sawadogo et le vice-ambassadeur du Ghana au Burkina, Inusah Mohammed Fuseini (à gauche), lors de sa visite au siège de l’association, en juillet 2020

Ne pensez-vous pas que votre plan est plus idéaliste dans un pays qui se veut démocratique comme le Burkina ; une révolution peut-elle prospérer ?

La démocratie nous a été imposée par l’Occident, mais avec leurs réalités et leur mentalité. Alors, pourquoi l’Afrique ne peut-elle pas faire aussi sa démocratie en fonction de ses réalités ? La Chine fait sa démocratie de sa manière, en fonction de ses réalités et ça marche. Mais si on ne tient pas compte de la mentalité et du niveau des peuples, on n‘ira nulle part.

A quoi sert de se dire qu’on est libre, on vient au travail à 7h30, on descend à 16h, mais on ne peut pas résoudre ses problèmes sociaux de base, je me demande à quoi sert cela. Or, si on travaille de 7h à 18h et que tu arrives à subvenir aux besoins de base, parce que les gens sont payés par rendement (public ou privé), on résoudrait beaucoup de problèmes. Les gens n’arrivent pas, dans cette prétendue liberté, à résoudre leurs problèmes ; conséquence, on a tous les vices, dont les corruptions.

Vous dites que tous les cinq pays auxquels vous avez proposé le plan sont partants ; concrètement, comment ça va s’appliquer, avez-vous de la ressource (humaine) pour cela ?

C’est pour cela nous nous sommes limités à d’abord cinq. Nous allons commencer par le Ghana et l’étendre aux autres pays, tenant compte de notre ressource humaine. Par exemple, au Ghana, personnellement, je peux faire une semaine et laisser l’équipe poursuivre pendant six mois avant de mettre le cap sur un autre pays.


Cliquez ici pour lire aussi : « On a tout pour se développer, mettons-nous au sérieux pour travailler « , Pasteur Sawadogo, association WendKouni pour le développement de l’Afrique


C’est comme le plan d’un bâtiment R+4. Nous sommes des architectes du développement du Burkina et de l’Afrique ; nous avons fait le plan. Maintenant, il faut faire l’implantation du plan, ensuite le premier niveau, le second niveau… jusqu’en 2050. Mais, le développement peut se faire en moins de trente ans, en fonction du niveau d’engagement du peuple, du pays. Par exemple, il est plus facile de développer le Ghana que le Burkina (parce que le Ghana a déjà l’esprit de l’entreprenariat).

Or au Burkina, tout est à mettre en place. Le Ghana s’est dit par exemple très impressionné par le plan. Les Ghanéens sont en avance par rapport à nous, mais ils se disent encore impressionnés de savoir qu’on a cette capacité intellectuelle de concevoir le développement. C’est dire qu’on peut toujours nous sortir de là, il suffit de la volonté. La Chine est développée, mais continue de réfléchir à d’autres plans de développement. Il faut qu’on se mette vraiment au sérieux.

Vous suscitez de l’intérêt auprès d’autres pays. Avez-vous présenté ce plan aux autorités burkinabè ?

Au Burkina, on a envoyé le même plan à la présidence du Faso (un lundi du mois de juillet 2020) et le lendemain, on nous a appelés pour être reçus par les conseillers. Mais là-bas, ils ont dit qu’ils sont d’accord avec la réforme de l’éducation, mais que pour le reste (la réforme du système de santé par exemple), ils ne peuvent pas se prononcer d’abord. Pour nous, ce n’est pas un problème, même la réforme de l’éducation est déjà bonne pour le Burkina ; que les autorités s’engagent d’abord sur cette réforme dès 2021 (que ce soit le même président qui est reconduit ou un autre, c’est la volonté de Dieu).


Au Burkina, et en attendant l’opérationnalisation de ce plan, qui peut bénéficier de vos formations ?

On faisait des formations de masse, mais nous allons bientôt suspendre ; parce que ça nous fatigue. Nous préférons désormais voir avec les Etats, pour former des formateurs, de sorte à mettre en place quelque chose de plus consistant que de procéder par la formation de masses qui n’a pas d’effet. Avec la formation de masses, on forme la plupart du temps des gens qui sont illettrés et qui n’ont surtout pas de moyens, donc l’impact n’est pas important. Or, si c’est dans le cadre de l’Etat, on a des contrats bien clairs avec des accompagnements pour qu’il y ait une suite dans les actions. C’est tout un système qu’il faut mettre en place.

On sait que chacune de vos sorties publiques est marquée par des propos visant à susciter le développement personnel. Quel est votre message aujourd’hui à la jeunesse burkinabè qui, quoi qu’on dise, fait face à de nombreux défis existentiels ?

Il faut que l’Etat mette fin au recrutement dans la Fonction publique, pour ne recruter que dans les secteurs-clés (armées, sécurité…) et travailler à mettre dans la tête des gens qu’il faut travailler pour soi-même. Il faut faire en sorte que la Fonction publique ne soit plus le rêve idéal, la destination rêvée par tous les jeunes. Il faut oublier la Fonction publique et intégrer le développement personnel comme matière dans les écoles. Qu’on vulgarise également le développement à travers les médias pour tout le monde. Il faut vraiment se déterminer, à tous les niveaux.

Pour terminer ?

C’est pour dire que dès janvier 2021, nous allons mettre en œuvre ce plan (Plan Wendlarima Sawadogo pour le développement réel de l’Afrique 2020-2050) au Ghana pour l’étendre aux autres pays, dont le Burkina Faso.

Entretien réalisé par O.L.

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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