Décès du musicien et économiste Ki Jean : Des proches témoignent

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Le musicien Ki Jean, connu pour sa chanson célèbre « Ouagadougou », est décédé le 17 février 2021 à Bordeaux. Celui qui avait fait de la musique plus une passion qu’un métier était docteur en gestion, professeur et formateur dans les métiers de la banque. L’ambassadeur Filippe Savadogo, ancien ministre de la Culture et de la Communication, et Seydou Richard Traoré, musicien et producteur de musique (Seydoni Production), lui rendent hommage.

Lefaso.net : L’artiste Ki Jean nous a quittés le mercredi 17 février 2021 en France. Comment avez-vous accueilli cette triste nouvelle ?

Ambassadeur Filippe Savadogo : Il faut dire que Ki Jean est un chanteur musicien qui a commencé à chanter depuis le collège. Il a animé la vie scolaire et universitaire durant ces années à Ouagadougou. Sa vie d’artiste s’est poursuivie à l’université de Bordeaux en France et cela lui a permis de gagner mieux sa vie et soutenir sa thèse. Il a élu domicile à Bordeaux où il fonda une famille.

L’artiste Ki jean était père de deux enfants et de deux petits-fils. Pour moi, le départ de Ki Jean est un vide créé autour de sa famille, ses amis, ses proches et nous espérons que son souvenir nous permettra toujours de rebondir et de le garder dans notre cœur.

C’est donc un choc, une tristesse pour ses amis et moi d’apprendre brutalement son décès. Nous sommes solidaires avec sa famille dans ces circonstances douloureuses. Il faut noter que Ki Jean était issu d’une fratrie de dix enfants avec comme père le catéchiste Maurice de Yaba.

Comment avez-vous connu l’artiste ?

Nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans les années 1970-1973 à Ouagadougou. Nous avons fait l’école primaire, secondaire et même l’université ensemble. Nous partagions les mêmes amis et nos familles se connaissent également. L’artiste Ki Jean était de Yaba non loin de Toma (région de la Boucle du Mouhoun) et de Yako (région du nord), ce qui nous a permis de mieux nous connaître. Aussi, les rencontres culturelles ont permis de mieux nous découvrir en France.

Que retenir de l’homme sur le plan social et musical ?

Ki Jean était un artiste multidimensionnel. J’ai été épaté par sa voix lors d’une animation à Bordeaux où il chantait et incarnait « James Brown » et le poly rythmique du Benin. Notre amitié s’est renforcée lorsque je suis revenu au Festival Panafricain de Ouagadougou (FESPACO) et je lui ai demandé plusieurs compositions sur le FESPACO. A la dernière édition du FESPACO, le Secrétaire Général l’avait invité, lui et son fils aîné qui aussi est un grand professionnel de la musique a pu le représenter.

Quel a été son apport à la culture burkinabè surtout sous l’angle musical ?

Ki Jean est l’auteur de « Tic –Tac- Tic- Tac, FESPACO ça tourne ». Il a aussi œuvré à faire connaître le Burkina Faso en Gironde à Bordeaux. Il était aussi Professeur en économie et formait dans les métiers de la banque à Bordeaux pendant 30 ans. Il fut un homme qui a milité dans l’association des étudiants voltaïque en France et était ouvert à tous. Ki Jean était un étudiant issu de l’université de Ouagadougou qui fut envoyé au Cameroun. Il était brillant dans son domaine (sciences économiques et gestion). Il n’a jamais cessé de transmettre sa richesse culturelle de là où il se trouvait toujours avec la même passion.


Que retenir de l’homme sur le plan social et musical ?

C’est d’abord la générosité du cœur, la solidarité vécue ensemble dans cette aventure des années 70. Ki Jean était une personne qui avait l’amour pour sa patrie. C’est pourquoi toutes ses œuvres musicales étaient dédiées gracieusement à son pays sans réserve. Il a été aussi au centre de l’organisation familiale de ses neveux, nièces, sœurs et frères dernière son ainé le commissaire Ki Emmanuel.

C’est un homme au grand cœur qui a éduqué ses enfants dans la foi et la dynamique familiale. Cette dynamique familiale inculquée à Kévin et Flora ses enfants leur a permis d’aimer le pays natal de leur père. Pour moi, le petit « samo de Yaba » est quelqu’un qui est resté vrai et la patrie chevillée au cœur.

Nous faisons appel à tous ceux qui l’ont connu plus particulièrement ses amis de Bordeaux, des « djins » de Saint Camille, du séminaire d’où il est venu, de Bobo-Dioulasso de penser tous à lui en union de prière.

C’est vrai que l’artiste s’en est allé mais ses idées, sa musique, son talent devraient vite être repris par ses enfants et d’autres personnes. Si on me demandait ce qui nous liait, je répondrais comme Montaigne « parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Pour d’autres c’était quelqu’un de difficile mais après avoir causé avec lui, on se rendait compte que c’était un homme au grand cœur. Et c’est ce souvenir merveilleux que je retiendrai de lui. Bye bye à Ki Jean et à nous revoir car le monde est comme un marché, comme un théâtre dans lequel chacun vient jouer son rôle et s’en va. A Dieu l’artiste mais nous ne t’oublions pas !

Seydou Richard Traoré

J’ai connu Ki Jean à l’université de Ouagadougou, à l’ESSEC (Sciences économiques). Ki Jean aimait beaucoup la musique et nous nous sommes rencontrés également dans ces circonstances. Il n’a pas eu à faire beaucoup de productions nationales avant de voyager. Mais, parmi ses chansons, la plus reconnue était « il faut donner de l’argent. » J’ai appris son décès ce matin avec tristesse.

De façon générale, Ki Jean était aimable et avec beaucoup d’humour. C’est ce que je retiens de lui.

Ki Jean n’a pas fait beaucoup de concerts mais il a eu à composer et enregistrer des disques qu’ils ont eu à jouer dans les orchestres de temps en temps. Il n’a vraiment pas fait carrière dans la musique car étant enseignant chercheur, le temps ne lui permettait pas.

Ki Jean a créé un orchestre familial avec ses enfants en Europe mais ils n’ont pas fait beaucoup de productions. Il ne vivait pas de la musique en tant que tel mais comme son passe-temps. C’est une grande perte pour nous car il était un grand ami.

Propos recueillis par Augustin Khan

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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