Cryptomonnaie au Burkina : opportunité pour s’enrichir ou arnaque ?

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Cryptomonnaie au Burkina : opportunité pour s’enrichir ou arnaque ?

Sortir de la misère, « accéder à l’abondance financière » , faire fructifier son argent en un temps record est le rêve de tout investisseur. Face à cette aspiration, la cryptomonnaie est de plus en plus proposée comme moyen par excellence pour avoir un retour sur investissement élevé et rapide. Des entreprises africaines ou d’ailleurs, font miroiter le pactole à travers les réseaux sociaux, des émissions télé, des talks shows dans des grands hôtels, etc. Le bouche à oreille est aussi un moyen privilégié pour attirer les investisseurs.

L’engouement pour ces monnaies virtuelles ne doit pas faire oublier la prudence nécessaire à observer dans tout placement, ni faire négliger l’effort pour comprendre leur mécanisme. Car, s’il est vrai que par les cryptomonnaies il est possible d’obtenir quelques revenus, plusieurs offres alléchantes nous semblent très risquées voire vouées à l’échec.

Il nous a paru utile de rédiger ce bref article parce que de nombreuses personnes nous ont questionné au sujet de la fiabilité des propositions de bénéfices importants liés à la cryptomonnaie ainsi que de la compatibilité avec la foi catholique. La plupart de ces personnes entendaient le mot cryptomonnaie pour la première fois. Pour décrypter le phénomène, nous expliquerons d’abord ce que sont les cryptomonnaies et leur fonctionnement. Nous donnerons ensuite des orientations pour distinguer l’ivraie du bon grain en analysant des cas.

1. Qu’est-ce qu’une cryptomonnaie ?

Nous sommes très habitués aux billets de banque et aux pièces de monnaie que l’on regroupe sous le nom de monnaie fiduciaire. Il y a aussi la monnaie scripturale qui est constituée des soldes disponibles dans les comptes bancaires et qui se transmet à travers des supports : chèques, virements, lettres de change, cartes bancaire, etc. On parle de monnaie électronique pour désigner les valeurs monétaires stockées sur des supports électroniques (y compris magnétiques) de façon indépendante d’un compte bancaire, et acceptées comme moyen de paiement par une autre personne physique ou morale que l’émetteur. On trouve dans cette catégorie les cartes prépayées ainsi que les solutions de paiements proposées par les opérateurs de téléphonie (e.g. Orange Money, Mobicash, etc.).

Les cryptomonnaies s’apparentent aux monnaies électroniques, avec plusieurs caractéristiques distinctives :

• Elles ne sont pas émises par des banques centrales et échappent à tout organisme de contrôle. Leur valeur n’est indexée ni sur l’or ni sur celle de devises classiques.

• Les transactions se font d’un individu à l’autre, directement, de façon anonyme, chacun disposant au préalable d’un portefeuille électronique (ou wallet) constitué à l’aide de logiciels informatiques ou de plate-formes appropriées.

• L’information financière (soldes et transactions) n’est pas stockée par une institution déterminée, mais sécurisée (cryptée) et répartie à travers un réseau informatique très complexe, en se servant de la technologie dite de la « chaîne de bloc » (blockchain).

La toute première cryptomonnaie et de loin la plus célèbre et la plus utilisée est le Bitcoin, lancé en 2009. Il y en existe d’autres tels que l’Ethereum, le Ripple, le Litecoin, Monero, etc.

2. L’investissement dans la cryptomonnaie

Il existe trois manières principales d’investir dans la cryptomonnaie : le trading, le minage et les Initial Coin Offerings (ICO).

A) Le trading

Les cryptomonnaies sont tout d’abord des monnaies comme les autres devises (Dollar US, Euro, Yen, Livre sterling, etc.), dont le cours varie selon la loi de l’offre et de la demande . Le simple fait d’acheter des dollars ou n’importe quelle cryptomonnaie ne permet pas de devenir riche. Par suite, la voie royale pour s’enrichir à travers les cryptomonnaies est la spéculation telle qu’elle se fait sur les autres devises. C’est l’activité des traders, qui achètent une devise donnée (qu’elle soit une monnaie nationale ou de la cryptomonnaie) lorsque son cours est bas pour la revendre plus tard lorsque le cours remonte.

En 2018, on dénombrait déjà plus de 1 600 cryptomonnaies . Toutefois, seulement quelques dizaines sont populaires. Le charme de ces devises vient de leur nouveauté, de la technologie utilisée, de l’indépendance vis-à-vis des institutions financières, de la possibilité pour certains d’entre eux d’acheter des choses dans la vie réelle, de la médiatisation qui en est faite et qui entretient l’idée de gains potentiels et immédiats pour les investisseurs. Tout cela entraîne leur grande volatilité : leur cours fluctue très rapidement, et ce, parfois au cours d’une même journée. De ce fait, trader sur des cryptomonnaies reste risqué. Aussi, il ne faudrait pas oublier un principe de base qui consiste à ne trader qu’avec des fonds dont on n’a pas besoin pour vivre, parce qu’on peut les perdre.

B) Le minage

Une autre particularité des cryptomonnaies c’est la possibilité d’être rémunéré en faisant du « minage ». Le fonctionnement de ces monnaies nécessite des calculs complexes afin de garantir la sécurité (cryptographie) et de mettre à jour la blockchain lorsqu’il y a de nouvelles transactions. Des entreprises ou même des particuliers peuvent enregistrer leurs ordinateurs ou serveurs, y installer des logiciels adéquats afin de participer aux calculs et recevoir une rémunération. En général, ce ne sont pas des revenus exceptionnels comparés aux charges engagées (coût du matériel, consommation électrique).

C) Les ICO (Initial Coin Offering)

La phase de lancement d’un projet de cryptomonnaie offre certaines opportunités qu’il faut savoir discerner. En effet, pour financer ses projets, une entreprise a la possibilité de faire un prêt bancaire, ou bien d’augmenter son capital en vendant des actions. Avec l’apparition des cryptomonnaies, une autre possibilité est offerte : celle de la levée de fonds par les ICO. Il s’agit d’émettre des « tokens » (jetons numériques) grâce à la technologie de la blockchain, qui seront vendus au public. On peut ensuite acheter ou vendre ces tokens sur des applications spécialisées en comptant sur le fait que leur valeur augmentera lorsque le projet sera réalisé. Ces tokens peuvent aussi servir à acheter des services de l’entreprise à la fin du projet.

Exemple : L’entreprise Beoog Pânga SARL (nom fictif) projette d’ouvrir des stations d’essence où sera vendu un nouveau type de carburant qu’ils viennent de découvrir. Elle sera le seul distributeur de ce « jus » qui permettra aux voitures ordinaires de faire 200 km avec seulement 1 litre d’essence. Pour financer ses travaux, elle lance une ICO permettant au public d’acheter des tokens. Un détenteur de tokens peut les revendre (plus cher s’il y a de l’engouement pour le projet) ou bien les utiliser pour obtenir du carburant à la pompe lorsque les stations seront en service.

Aux États Unis et en Europe, on note des ICO spectaculaires. Par exemple, Mozilla, propriétaire du navigateur Firefox a récolté 35 millions de dollars en 30 secondes seulement en lançant sa propre monnaie virtuelle pour financer la conception d’un navigateur anti publicité . Cependant, il est à noter que l’univers des ICO est un secteur peu régulé qui exige une certaine vigilance des investisseurs. En Europe ou aux États-Unis, ces derniers ont la chance de pouvoir consulter l’avis des experts dans des journaux ou sur des sites spécialisés , ce qui n’est pas le cas pour beaucoup d’offres africaines pour lesquelles on ne trouve que de la publicité.

3. De bonnes raisons d’être vigilant

Il y a eu et il y a un peu partout dans le monde des arnaques basées sur les cryptomonnaies . Leur typologie n’est pas la même selon les pays et chaque arnaque a son mode opératoire propre. Nous nous limiterons à relever trois points qui doivent inciter le lecteur burkinabè à la prudence.

A) Le mythe du succès du Bitcoin

Le succès du Bitcoin et de quelques autres cryptomonnaies est souvent utilisé pour faire mouche. A titre d’exemple, les promoteurs du Fricacoin tiennent le discours suivant : « En 2010, 2 pizzas ont été achetées à 10 000 bitcoins. Le 5 décembre 2017, les 10 000 bitcoins valaient 150 millions $US. Ne regrettons pas dans 8 ans comme ceux qui ont connu le bitcoin en 2010 sans agir … Aujourd’hui, 1 million de Fricacoins = 500 €. Imaginez 1 Fricacoin = 1€ dans 5 ans. […] L’Ethereum est par exemple passé de 9 $US le 14 janvier 2017 à 1 328.00 $US le 13 janvier 2018, soit une augmentation de 13 382.23% en un an. »

À cela, il faut objecter que le charme du Bitcoin est dû à plusieurs facteurs en particulier son ancienneté et la technologie utilisée. Sur près de 2000 cryptomonnaies existantes, seules quelques dizaines ont du succès. De plus, il y a plus de 1600 cryptomonnaies qui ont échoué pour diverses raisons . Il est alors illusoire de penser que dès qu’une cryptomonnaie est émise, son cours ne fera que grimper à l’instar de celui du Bitcoin entre 2010 et 2017. Il convient aussi de relever que le cours du Bitcoin a atteint son maximum historique de près de 20 000 $ le 17 décembre 2017 pour terminer l’année 2018 à moins de 4 000 $.

Par ailleurs, à la question de savoir si le Bitcoin est un investissement sûr qui garantit des revenus, la communauté des utilisateurs répond : « Le Bitcoin est une nouvelle monnaie virtuelle intéressante. Sa valeur n’est garantie par aucun gouvernement ou organisation. Comme les autres devises, Il a de la valeur en partie parce que les gens sont prêts à l’échanger contre des biens et des services. Son cours fluctue continuellement, et parfois de façon extravagante. Il n’est pas accepté partout et reste vulnérable à la manipulation des marchés. Des incidents de sécurité tels que des piratages de sites web ou de compte peuvent déclencher une chute abrupte du cours … Quiconque investit dans le Bitcoin doit comprendre le risque encouru et le considérer comme une monnaie à haut risque. »

Enfin, des lois votées dans certains pays ou par des institutions financières internationales comme le FMI peuvent restreindre ou interdire les cryptomonnaies du jour au lendemain. C’est ce qui a prévalu au redimensionnement du projet de création de Libra, la cryptomonnaie du géant Facebook.

Par voie de conséquence, dès lors qu’un projet de cryptomonnaie promet à des investisseurs de les rendre inconditionnellement riches, il faut s’en méfier.

B) Des promesses de retours sur investissement très élevés

Lorsque des traders professionnels agissent pour le compte de tierces personnes, ils signent en général un contrat par lequel ils sont rémunérés en fonction des gains réalisés lesquels sont aléatoires et imprévisibles. Toutefois, certaines personnes physiques ou morales proposent au public de faire du trading sur de la cryptomonnaie avec leur argent en leur garantissant un taux d’intérêt hors pair, de l’ordre de 100% par mois. La société burkinabè Globumi par exemple, propose en phase pré-ICO, « un taux prévisionnel à terme de 360% » et « un taux maximum prévisionnel à terme de 3000% » .

Ce type de rémunération utilise sans aucun doute le système malhonnête de Ponzi où les anciens investisseurs sont payés à l’aide de l’argent apporté par les nouveaux investisseurs. Le système se « grippe » lorsque le nombre des nouveaux arrivants devient insuffisant pour « nourrir » les premiers ou si ces derniers retirent en masse leur capital. Tout est conçu pour que les derniers entrants soient perdants : c’est du vol organisé. Nous consacrons un autre article à ce sujet.

C) Des « livres blancs » … pas très blancs

Aux États Unis, une étude sur les ICO faite en 2018 a révélé que « des centaines d’entreprises de technologie, levant des fonds dans le marché fiévreux des cryptomonnaies utilisent des tactiques trompeuses voire frauduleuses pour attirer des investisseurs. À partir de l’analyse de documents produits pour 1 450 ICO, le Wall Street Journal a relevé 271 offres frauduleuses pour lesquelles on note des plagiats de documents, des garanties de retours sur investissement, l’absence ou de fausses équipes de pilotage de projets. »

Le « livre blanc » (whitepaper) est la carte d’identité d’un projet de cryptomonnaie. Il doit contenir toutes les informations nécessaires pour évaluer le projet, entre autres :

• Le nom, l’adresse, les références administratives de la société qui a le projet (IFU, Registre de commerce, etc.).

• Le nom des membres de l’équipe de pilotage du projet, leurs compétences et expériences

• La destination des fonds collectés par l’ICO.

• La pertinence du projet à réaliser.

• Les spécifications techniques, le mécanisme de la blockchain, les références du code informatique « open source » qui sera utilisé.

• Le nombre de jetons qui sont mis en service.

• Les mécanismes de contrôle de l’origine des fonds des investisseurs afin d’éviter le blanchiment d’argent.

• Le processus de remboursement des investisseurs si le montant désiré n’est pas atteint ou si le projet doit être arrêté.

Toutes les informations du livre blanc doivent être vérifiées sans scrupule. En particulier, les aspects techniques sont très déterminants pour un projet de cryptomonnaie. Lorsqu’ils sont absents ou très sommaires, il est très probable que l’on soit en présence d’une arnaque .

Il est à souligner que le livre blanc est un outil non contractuel de marketing auquel il ne faut pas se fier entièrement pour investir. C’est à chacun d’évaluer par lui-même la pertinence du projet avant de se lancer. Pour les cryptomonnaies africaines, nous recommandons à ceux qui ont des connaissances avisées dans les pays où le projet est lancé de se renseigner auprès de ces derniers afin de voir si le jeu en vaut la chandelle .

Par ailleurs, du côté de Boston aux États-Unis, une étude sur 4005 ICO montre que seules 44,2 % des startup ayant lancé des ICO survivent 120 jours après la fin de l’ICO . Pour les autres, l’aventure prend fin beaucoup plus tôt.

4. Analyse de quelques offres africaines

À partir des critères ci-dessus, nous nous proposons d’inspecter trois offres africaines qui ne sont pas méconnues du public burkinabè.

A) Le Kama Kolo

Pour le projet de cryptomonnaie burkinabè, le Kama Kolo de Globumi, on note une absence totale de livre blanc sur leur site . Les clients doivent simplement faire confiance aux dirigeants de la société, à la capacité de l’entreprise de lever des fonds sur les marchés internationaux, aux forts taux d’intérêts annoncés et au succès inévitable du futur Kama Kolo. Malgré ce flou total, à cause de l’ignorance des populations, Dieu seul sait combien de centaines de millions de nos francs ont été collectés et ce qui en sera fait.

Nous pensons que le parrain, ancien ministre et consultant très avisé des questions de finances n’aurait pas dû prêter son image à cette entreprise . Quoi qu’il en soit, la présence de stars ou de grandes personnalités aux côtés des promoteurs d’ICO n’est pas une garantie suffisante du sérieux de ces derniers. Au Bénin, Yayi Boni et certains anciens ministres auraient soutenu ICC Services qui s’est avéré être une arnaque .

B) Le Fricacoin

Le livre blanc du Fricacoin, « la première crypto monnaie africaine » commence ainsi : « Créée en août 2010, l’entreprise AFC et par la suite PayKap International Inc. en 2016, est une société Fin-Tech développée par les africains de la diaspora et qui œuvre dans le domaine de paiements électroniques et de Mobile Money avec pour numéro de licence M10253038 délivrés par le CANAFE, l’unité du renseignement financier (URF) du Canada. » Cette déclaration pourrait mettre le lecteur africain en confiance : l’entreprise respecterait les règles de bonne conduite fixées par le Canada et serait exempte de tout soupçon. Toutefois, le CANAFE se contente d’enregistrer les entreprises qui lui fournissent un certain nombre de documents mais n’est pas garant de leurs activités .

De plus, PayKap cite 99%Force comme partenaire majeur dans la gestion du Fricacoin. Cependant, le site internet de cette dernière entreprise nous laisse sur notre soif car il comporte seulement 3 pages : une page d’accueil, une autre qui parle de la force du grand nombre et enfin une page qui parle de leur concept à eux, le « parecorisme ». On n’y trouve même pas l’adresse de l’entreprise encore moins les activités menées.

PayKap a lancé à ce jour deux produits qu’elle nomme cryptomonnaie : Fricacoin et Kori. Dans une vidéo datant de mai 2019, le Directeur Général a félicité les « fricacoineurs » et a fait annonce : « le 1er juillet 2019, nous allons avoir notre propre blockchain ». Quelques phrases plus loin, il ajoute : « la blockchain que nous sommes en train de développer se base sur Stellar » . Or, soit on a sa propre blockchain, soit on est adossé à une blockchain existante . Il y a souvent cette confusion de langage de la part du Directeur Général dans ses interventions au sujet du Fricacoin et du Kori, ce qui n’est pas sans intriguer .

Toujours est-il que nous n’avons pas trouvé de livre blanc pour Kori, ni un nouveau livre blanc pour le Fricacoin par rapport au passage de l’Ethereum à Stellar. Nous ne trouvons pas non plus à ce jour sur les sites officiels ni le Fricacoin ni le Kori parmi les projets liés à Stellar .

Notons par ailleurs que la valeur du Fricacoin et du Kori est fixée non par le marché, mais arbitrairement et toujours à la hausse par la société. Elle invite les clients à ne pas vendre les Fricacoin afin d’obtenir des dividendes et de ne pas faire baisser leur valeur .

La solution de transfert d’argent PayKap, fonctionnelle dans quelques pays offre l’opportunité au Directeur Général de participer à des rencontres panafricaines . Les bonus pour les vendeurs de Fricacoin et pour ceux qui parrainent de nouveaux adhérents sont alléchants ce qui pousse les particuliers à en parler autour d’eux. Néanmoins, nous pensons qu’un vrai projet de cryptomonnaie africaine aurait dû être mieux structuré.

C) Le SimbCoin

C’est un grand public qui a accueilli à Ouagadougou, les promoteurs du SimbCoin . Ceux-ci ont lancé une STO (variante de l’ICO) pour construire plusieurs infrastructures de luxe sur une plage au Cameroun. Le fondateur de Global Trading Investment déclare être investi d’une « mission divine », celle « de sortir l’être humain de la pauvreté » . Son objectif est de faire un million de crypto-millionnaires en Afrique. Les produits fars sont le SimbCoin et Liyeplimal.

« Liyeplimal Crypto MLM System » semble être la nouvelle tendance, après le « coup dur » donné aux sociétés de trading burkinabè. Cette offre est censée être basée sur de la cryptomonnaie. Nous en parlons dans un autre article dédié au trading et aux gros taux d’intérêts. Sans les adhésions massives suscitées par un système de MLM (Multilevel marketing ou marketing de réseau), le système n’est pas viable.

Notre méfiance vis-à-vis du SimbCoin vient du fait que les initiateurs en parlent comme un moyen sûr de devenir riche , ce qui n’est pas la vocation d’une cryptomonnaie. Plusieurs plans de rémunération sont possibles en fonction du nombre de jetons achetés et de la durée du placement, ce qui évoque le souvenir du BitConnect.

Le BitConnect était une cryptomonnaie en bonne et due forme cotée en bourse que ses créateurs ont perverti. Il était possible de « bloquer » ses BitConnect pendant un certain temps afin de recevoir des intérêts élevés. La plate-forme lancée en 2016 a fermé le 16 janvier 2018 et décriée comme une arnaque basée sur le modèle de Ponzi .

Les tournées du fondateur dans plusieurs pays africains, le soutien des coachs, le projet de construction d’infrastructures de luxe sur une plage du Cameroun , les formations en trading, un projet d’élevage, l’ignorance sur les cryptomonnaies et surtout le fait que les plans de rémunération soient attractifs font le charme du promoteur du SimbCoin et de ses entreprises. Mais cela ne nous fait pas sortir de notre réserve .

Conclusion

Loin de nous l’idée de jeter le bébé avec l’eau du bain. Les cryptomonnaies et la technologie de la blockchain offrent certaines opportunités et il serait heureux que des Burkinabè s’y engagent avec professionnalisme et probité . Toutefois, nous affirmons qu’elles ne rendent pas automatiquement riches. Notre souhait à travers cet exposé succinct est de pousser ceux qui veulent investir à le faire en toute connaissance de cause, afin de ne pas induire leurs proches dans l’erreur, et surtout, afin de ne pas jeter par la fenêtre, l’argent qu’ils ont peiné à gagner. « Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. Pour toi, sois prudent en tout. » (2 Timothée 4, 3-5).

Abbé Kizito NIKIEMA

Source / Contact : http://parolesdevie.bf

1. C’est le slogan qui s’affiche en grand sur la page d’accueil du site https://kama-kolo.com (29/09/2020)

2. Le Franc CFA a une parité fixe avec l’Euro et ne figure pas dans le marché des devises. C’est une sous-monnaie émise par le trésor français.

3. Ministère de l’économie et des finances de France, Crypto-monnaies, crypto-actifs… Comment s’y retrouver ? https://www.economie.gouv.fr/particuliers/cryptomonnaies-cryptoactifs (29/09/2020)

4. Cf. https://www.newzilla.net/2017/06/02/le-navigateur-anit-pub-brave-leve-35-millions-de-dollars-en-30-secondes/ (29/09/2020)

5. Exemples : https://www.amf-france.org/ ;https://www.capital.fr/ ; https://www.journaldunet.com/economie/finance/1207698-les-ico-les-plus-improbables/ (29/09/2020)

6. Liste de quelques sites frauduleux : https://bitcoin.fr/bitcoin-scam-list/ (29/09/2020)

7. Fricacoin, Livre blanc, p. 2 et 8, https://www.fricacoin.com/doc/Fricacoin-Whitepaper-fr-v3.1.pdf (29/09/2020)

8. Ce sont les dead coins. Cf. https://www.coinopsy.com/dead-coins/ (29/09/2020)

9. https://en.bitcoin.it/wiki/Help:FAQ#Does_Bitcoin_guarantee_an_influx_of_free_money.3F (29/09/2020). La traduction est la nôtre.

10. https://kama-kolo.com/ (29/09/2020). On peut aussi atteindre des taux astronomiques si c’est l’entreprise qui fixe elle-même le cours de la cryptomonnaie émise.

11. https://www.wsj.com/articles/buyer-beware-hundreds-of-bitcoin-wannabes-show-hallmarks-of-fraud-1526573115?mod=djemalertNEWS (29/09/2020). La traduction est la nôtre.

12. Voir un exemple de livre blanc en bonne et due forme : https://libra.org/fr-FR/white-paper/ (29/09/2020)

13. On peut aussi sur les réseaux sociaux trouver des personnes compétentes dans ces pays-là pour poser des questions.

14. Benedetti, Hugo E and Kostovetsky, Leonard, Digital Tulips ? Returns to Investors in Initial Coin Offerings, May 20, 2018, http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.3182169 (29/09/2020)

15. https://kama-kolo.com (29/09/2020)

16. Cf. http://lefaso.net/spip.php?article80040 (29/09/2020)

17. Cf. https://www.jeuneafrique.com/692071/societe/icc-services-le-proces-de-laffaire-madoff-beninoise-un-grand-deballage-sur-lere-boni-yayi/ (29/09/2020)

18. Africacoin, Livre blanc, p. 4, https://www.fricacoin.com/doc/Fricacoin-Whitepaper-fr-v3.1.pdf (29/09/2020)

19. Le rôle du CANAFE est comparable à celle de la maison de l’entreprise du Burkina qui délivre un numéro de registre de commerce dès lors qu’un dossier complet est déposé. Nous avons envoyé un mail au CANAFE (https://www.fintrac-canafe.gc.ca) pour vérifier si PayCap est réellement inscrite chez eux comme mentionné dans leur publications. Voici la réponse reçue :

« CANAFE mène ses activités en vertu de la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes (la Loi) et des règlements connexes. […] PayKap International Inc. est inscrite auprès de CANAFE avec le numéro d’inscription suivant : M16850627

CANAFE ne délivre pas de permis ou de licence d’exploitation et n’endosse pas les entreprises. L’inscription auprès de CANAFE signifie tout simplement que cette entreprise a fourni des informations à CANAFE conformément à la Loi. CANAFE ne réglemente pas les entreprises de services monétaires au-delà de son cadre législatif et ne peut donc pas offrir d’évaluation de l’ensemble de leurs pratiques d’affaires.

CANAFE ne gèle pas et ne saisit pas de fonds, n’annule ou ne retarde pas les transactions et n’a pas accès aux comptes. De plus, CANAFE n’a pas le pouvoir ni le droit d’approuver des transactions financières. Nous espérons que ces renseignements vous seront utiles. »

20. http://99percentforce.com/ (29/09/2020).

21. https://www.youtube.com/watch?v=LgLDFnQcaDM (29/09/2020).

22. Pour parler de cryptomonnaie, il ne faut pas que l’information financière (soldes et transactions) soit stockée par une institution déterminée. Même une éventuelle implémentation de la technologie de blockchain sur le réseau privé de l’entreprise – ce qui ne peut être prouvé de l’extérieur – ne permet pas de remplir cette condition.

23. Alors que le Directeur Général annonce solennellement l’avènement de « notre blockchaine Kori » (https://www.youtube.com/watch?v=cyl62yK44v8), leurs sites web quant à eux affichent que Kori est basé sur Stellar (https://kori.biz/ ; https://koripay.io/) (29/09/2020).

24. Cf. https://steexp.com/assets ; https://www.stellar.org/ (29/09/2020).

25. Cf. https://www.youtube.com/watch?v=0ip1tgLRFPw (29/09/2020). En fait, lorsque des particuliers revendent leurs Fricacoins à d’autres particuliers, l’entreprise n’encaisse plus rien. De plus, si les vendeurs sont nombreux, le prix de vente risque de baisser et de ne plus correspondre à celui fixé par l’entreprise.

26. Cf. https://www.youtube.com/watch?v=Zlqv9frIZhs (29/09/2020).

27. Cf. https://challenge-international.net/des-milliers-de-burkinabes-burkinabes-soutiennent-le-simbcoin/ (29/09/2020).

28. Cf. https://www.youtube.com/watch?v=MWi67cJXsGo (29/09/2020) à partir de la 30ème minute.

29. Cf. https://minute.bf/burkina-forte-mobilisation-pour-accueillir-la-crypto-monnaie-simbcoin/ (29/09/2020). On peut y lire : « A cet effet, « le SIMBCOIN vient pour éliminer la pauvreté de gré ou de force » a souligné le PCO qui, reprenant les mots du concepteur du SIMBCOIN, Simb Émile Parfait, « nul n’a le droit d’être heureux tout seul », a invité les uns et les autres à s’y intéresser au risque de se mordre les doigts… il ne s’agit plus de se demander comment devenir riche mais plutôt comment amener son prochain à devenir riche. »

30. Cf. https://www.youtube.com/watch?v=jYEnwYC4h14 et https://www.zdnet.fr/actualites/bitconnect-fausse-cryptomonnaie-vraie-pyramide-de-ponzi-39871105.htm (29/09/2020)

31. Le début des travaux est prévu pour le 1er mars 2021 et l’inauguration pour le 1er juillet 2023, soit une durée irréaliste de 2 ans. Cf. https://www.simbcoin.net/ (29/09/2020)

32. Voir aussi l’affaire OneCoin rapportée par la BBC : « Ruja Ignatova se faisait appeler la « Reine de la monnaie numérique ». Elle a déclaré aux gens qu’elle avait inventé une monnaie électronique pour rivaliser avec le Bitcoin, et les a persuadés d’investir des milliards. Puis, il y a deux ans, elle a disparu. » Cf. BBC, Crypto monnaie : comment une femme a arnaqué le monde, puis s’est volatilisée : https://www.bbc.com/afrique/monde-50546263

33. On lira avec intérêt : Raphaël TONI, Enjeux et freins à l’adoption des cryptomonnaies au Burkina Faso : Cas du Bitcoin, (Mémoire de Master à l’IBAM), 2018, 62 pages.

Source : lefaso.net

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