Crise liée au Covid-19 : Le Centre Forge-Afrique attire l’attention sur les conséquences économiques

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Crise liée au Covid-19 : Le Centre Forge-Afrique attire l’attention sur les conséquences économiques

Le professeur Idrissa Ouédraogo, directeur de l’école doctorale de l’université Aube Nouvelle, et le docteur Somlanaré Romuald Kinda, enseignant-chercheur à l’université Ouaga II, ont animé une conférence de presse, le vendredi 24 avril 2020. Ladite conférence a porté sur l’impact du Covid-19 sur l’économie du Burkina Faso.

Le Covid-19 tient en haleine l’économie du Burkina Faso. Les deux luttent quotidiennement et l’économie encaisse des coups à longueur de journée. Les chiffres sont légion en la matière, et appellent à changer de fusil d’épaule. C’est en substance les conclusions de l’étude de trois éminents chercheurs du Centre de formation, d’orientation et de recherche pour la gouvernance en Afrique (Forge-Afrique).

Il s’agit du professeur Idrissa Ouédraogo, directeur de l’école doctorale de l’université Aube Nouvelle, et principal conférencier ; du docteur Somlanaré Romuald Kinda, enseignant-chercheur à l’Université Ouaga 2, et du docteur Patrice Rélouendé Zidouemba, enseignant-chercheur à l’Université Nazi-Boni de Bobo-Dioulasso. Les résultats de leur étude ont été présentés à la presse ce 24 avril 2020.

Au niveau macroéconomique, la crise du Covid-19 pourrait entraîner une perte de la richesse nationale, allant de 345 milliards à 645 milliards de F CFA. En effet, cette crise pourrait se traduire par une baisse importante du taux de croissance de 1,38%, contre une croissance prévisionnelle de 6,5% ; et ensuite par une récession économique avec un taux de -1,75%, affirment les conférenciers du jour. Le déficit public, pour sa part, pourrait atteindre -4,53% à -6,12% du PIB, contre un déficit prévisionnel, du fait de la baisse de l’activité économique.


Au niveau sectoriel, les secteurs industriels et des services pourraient être les plus affectés. Vient ensuite le secteur agricole qui subit aussi de plein fouet les effets de la crise. D’une manière générale, les productions sectorielles pourraient connaître une baisse importante qui va de -3% à -13%, en fonction du secteur. Le Burkina Faso risque aussi de voir une grande partie de ses recettes d’exportations s’écrouler.

Pour les conférenciers, en effet, les exportations sectorielles pourront atteindre -10% pour les produits de l’extraction minière et -16% pour les produits de l’agriculture de rente, du fait de la chute des productions sectorielles et de la contraction de la demande mondiale. Certaines entreprises se verront obligées de libérer une partie importante de leurs employés pour survivre à la crise, particulièrement les entreprises du secteur informel. Ils notent ainsi que la hausse du chômage pourrait être comprise entre 1,93% et 5,92%. Les pouvoirs d’achat des ménages vont être fortement détériorés et, ce, pour toutes les catégories socioprofessionnelles.

Ces résultats de la recherche de Forge-Afrique indiquent des impacts importants, tant sur le plan macroéconomique et sectoriel, que sur le bien-être des agents. Les conférenciers précisent ceci : « En menant cette recherche, les auteurs cherchent, non pas à alarmer, mais à attirer l’attention sur le fait que le phénomène qui nous affecte actuellement est assez grave de conséquences ». Après les conséquences sanitaires, un désastre socio-économique pourrait suivre, si les autorités n’adoptent pas à temps les mesures adéquates pour redresser l’économie nationale, poursuivent-ils.

Les mesures déjà prises et les affectations budgétaires laissent penser qu’il s’agit d’une gestion des effets de court terme. Pourtant, les effets de long terme seront de loin les plus importants. Ils proposent de réfléchir à une stratégie globale, structurante et endogène de relance économique, qui se fondera sur les capacités internes du pays et sur les besoins effectifs et réels des agents. En effet, le Burkina Faso va devoir compter sur ses propres forces.

Le présidium à la Conférence de presse.

Pour le professeur Idrissa Ouédraogo, les partenaires techniques et financiers sur lesquels le pays pouvait compter sont préoccupés à gérer leur propre sort. En effet, dit-il, le partenaire sur lequel le Burkina compte le plus, qui est l’Union européenne, s’est résolue à proposer 3 milliards. Cela témoigne de la nécessité de restructurer l’économie burkinabè. Entreprendre des relances, tant du côté de la demande que de l’offre ; soutenir les ménages, notamment les plus vulnérables, et soutenir spécifiquement les entreprises et les secteurs en difficulté.

« Au-delà de ces actions ponctuelles, dont certaines sont déjà en application, il importe de mettre l’accent sur la restructuration de l’appareil productif du pays pour en faire un système de production dédié à la satisfaction de la demande domestique et qui s’alimente principalement de matières premières locales », concluent les chercheurs

Le Centre de formation, d’orientation et de recherche pour la gouvernance économique en Afrique (Forge-Afrique) est un centre dédié à la recherche et aux traitements analytiques et théoriques des problèmes et faits économiques nationaux et internationaux.

L’objectif est de susciter des débats contradictoires sur des thématiques d’intérêt avéré et d’actualité. Ce qui fait de lui un centre au service des décideurs politiques, des collectivités locales, des organisations de la société civile, des entreprises et des citoyens.

Etienne Lankoandé

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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