Consommation : « Les Burkinabè s’intéressent de plus en plus aux produits bio et locaux », constate Sylvain Ramdé, promoteur de Bio Farmer Market

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Consommation : « Les Burkinabè s’intéressent de plus en plus aux produits bio et locaux », constate Sylvain Ramdé, promoteur de Bio Farmer Market

Comme la plupart des secteurs d’activités au Burkina Faso, le domaine de la promotion des locaux n’a pas connu une année rose. Dans une interview accordée à Lefaso.net, le promoteur de « Bio Farmer Market : le Marché du paysan », la première boutique spécialisée du genre, Sylvain Ramdé, dresse un bilan mitigé à cause de certaines difficultés rencontrées durant l’année 2019.

Lefaso.net : Présentez-nous votre structure et dites-nous quels sont les produits locaux promus ?

Sylvain Ramdé : Bio Farmer Market ou marché du paysan est une boutique qui permet à tous les paysans qui produisent des fruits ou légumes bio ou à tous les transformateurs et transformatrices de produits locaux, de déposer et de faire vendre leurs produits aux consommateurs. On trouve de tout à Bio Farmer Market, c’est-à-dire, la plupart des produits locaux du Burkina Faso.

Il s’agit notamment des fruits et légumes bio, des épices, des jus naturels, des produits forestiers non ligneux comme le miel, le pain de singe, des produits alimentaires issus de la transformation locale (beurre de karité, fonio, sésame, confitures, vins, sirop), du riz local, de la farine, de la charcuterie (saucisse de volaille, de bœuf, des merguez, des poulets et pintades frais ou fumés, de la dinde…) et du poisson d’eau douce, etc.

Qui sont vos clients ?

Il faut dire qu’on reçoit tout type de client dans notre boutique, les Burkinabè comme les expatriés. Mais pour la plupart du temps, nos clients réguliers sont des Burkinabè.

Vous qui êtes impliqués dans la promotion de ces produits locaux, quel bilan faites-vous de l’année 2019 ?

Pour ma part, le bilan a été mitigé, parce que Bio Farmer Market est une nouvelle boutique et nous sommes peu connus des consommateurs, ce qui explique ce bilan. Mais on peut retenir que les Burkinabè s’intéressent de plus en plus aux produits bio et locaux. Avec les différents scandales sur les produits importés et l’apparition de plusieurs maladies qui seraient liées à l’alimentation, ils ont pris réellement conscience de l’importance de consommer ‘’local’’. Nous espérons donc que pour cette nouvelle année, ils s’intéresseront davantage aux produits locaux et surtout à nos fruits et légumes bio qui ne subissent aucun traitement chimique.

Ces produits locaux sont-ils réellement appréciés des Burkinabè ?

Oui, surtout quand ces produits sont bien emballés, ils font une certaine concurrence aux produits importés. Il faut noter cependant que les prix des produits locaux sont relativement élevés par rapport aux produits importé, ce qui ne permet pas à ceux qui ont un faible pouvoir d’achat d’en consommer régulièrement. Une cherté due au fait que la production ou la transformation est artisanale ou manuelle d’où le coût de revient élevé des produits.

Quelles sont les difficultés majeures que les acteurs du secteur ont rencontrées en 2019 ?

En 2019, les difficultés que nous avons rencontrées ont été surtout financières. La plupart de nos fournisseurs ne disposent pas d’un fonds de roulement qui leur permet de produire et d’exposer leurs produits pour la vente. Ils réclament que nous achetions cash leur production pour revendre. Pourtant, Bio Farmer Market ou marché du paysan n’est pas une boutique comme les alimentations ordinaires où on achète les produits pour revendre. C’est plutôt un marché destiné à tous les paysans, c’est- à -dire les producteurs bio ou les transformateurs ou transformatrices de produits des quatre coins du Burkina pour exposer leur production.

Une vue de Bio Farmer Market (Marché des paysans)

Une fois les produits vendus, nous reversons la somme due, bien sûr en tenant compte aussi des charges de la boutique, qui sont prises en compte dans le prix de vente des produits. Malheureusement, le concept n’est pas compris. Pour éviter les ruptures, nous avons été amené à préfinancer certains producteurs ou à acheter leurs productions pour exposer, ce qui limite pour le moment les variétés de produits, vu les moyens dont nous disposons.

A vous écouter, c’est un marché qui est réel mais qu’il faut conquérir ; qu’est-ce qui doit être alors fait afin de l’améliorer ?

Selon moi, il faut d’abord passer par la sensibilisation, parce que les consommateurs comparent toujours les prix des produits locaux aux produits importés. Et lorsqu’ils le font, ils trouvent que les produits locaux coûtent très cher. Ils préfèrent donc aller vers ce qui est moins cher même si ces produits sont de moindre qualité. C’est une mentalité à changer, car la référence en matière de prix, c’est ce que nous produisons sur place. Après la sensibilisation, il faudra rendre disponibles les produits afin que ceux qui en consomment ne manquent pas de ces produits.

Parlant de la sensibilisation, il y a déjà une politique mise en place en la matière ; que pensez -vous de son impact ?

C’est une bonne politique mais elle a des limites, parce qu’il ne suffit pas seulement de dire aux gens de consommer local. Comme nous l’avons signalé, le problème réside au niveau de la quantité de production et du coût de revient des produits. Il faut d’abord soutenir la production ou la transformation locale afin qu’on passe de la phase artisanale à une phase industrielle ou semi-industrielle. Cela permettra de produire en grande quantité mais également de réduire le coût de revient des produits. Les produits étant disponibles et à la portée de tous, les populations n’auront pas le choix que d’en consommer. Sinon, si on reste seulement au niveau de la sensibilisation sans une action concrète à la base, cela n’aura pas d’impact majeur ; le citoyen lambda achètera toujours les produits disponibles et qui sont à sa portée.

Quelles sont vos perspectives pour cette nouvelle année 2020 ?

Pour 2020, nous avons en projet d’abord de plus communiquer sur le concept de la boutique et nos offres de produits. Nous comptons ensuite développer le volet ‘’production ’’ et ‘’transformation’ ’afin d’augmenter nos offres et éviter les ruptures. Enfin, nous comptons ouvrir d’autres boutiques à travers la ville.

Propos recueillis par Yvette Zongo

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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