Chronque : Le 13, favori ou non partant ?

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Décidément, le chiffre treize n’a pas bonne presse. Certains s’en méfient même au point d’y voir le pire. Il y en a par exemple qui ne misent jamais sur le cheval numéro treize. Il y a des élèves qui n’aiment pas la note treize sur vingt. Il paraît que même dans les hôtels, il n’y a pas de chambre treize. Il ne faut jamais sceller une amitié à treize.

Il faut éviter d’être treize sur un coup. Il faut se méfier d’être dans un groupe de treize. Il ne faut jamais lire une chronique un treize et un vendredi de surcroît. Alors, si vous n’êtes pas initié, ne continuez pas. J’ai oublié une chose : il ne faut pas faire la politique à treize, parce qu’à treize, vous marchez sur des braises. Ce n’est pas vérifié mais essayez et vous verrez ! Ce n’est pas scientifique, c’est presque biblique, mais tant pis pour les «hérétiques». Quand les intérêts politiques divisent au point d’atteindre le chiffre treize sur l’échelle du ventre, il n’y a plus rien à espérer de l’espèce politique. Quand la politique devient le terrain de toutes les incertitudes, à qui faut-il confier sa voix pour être sur la bonne voie ? Quand le politicien nous caresse dans le sens du poil pour prendre nos suffrages et en faire son héritage, il y a problème. Depuis que la politique est devenue une profession et une spécialité, la roublardise est un credo. Depuis que l’éthique a quitté le sérail politique, la fin justifie les moyens.
Il paraît que la politique, c’est l’art de gérer la cité ; chez nous, la politique, c’est l’art d’user de toutes les possibilités. On prend les voix du peuple pour arracher des strapontins et on troque la confiance du peuple avec le beurre de la compromission. Mais le beurre laisse toujours des traces sur les babines. Quand on mange à plusieurs râteliers, on finit par avaler un morceau qui ne passe pas. Ceux qui doivent vous donner de l’eau pour faire descendre la bouchée encombrante vous regardent vous débattre seul jusqu’à étouffement. Il y a des gens qui pensent qu’on mange de l’atiéké au poisson comme on avale un simple couscous de petit mil. Dans les détours des poignées huilées, une arête peut se glisser et rester en travers de la gorge. Quand on se noie, on est prêt à s’agripper à un serpent pour se tirer d’affaire. Mais parfois, c’est trop tard. Comme dit l’adage, on ne piétine pas deux fois les bijoux d’un malvoyant. Il y a des erreurs qui ont la taille d’un monument. Il y a des fautes dont la lourdeur fait même peur au pardon.
Mais en politique, la honte n’existe pas et ce qui n’existe pas ne tue pas. De toute façon, il y en a qui en sont immunisés ; ils ont l’antidote de la honte ; même quand tout s’écroule autour d’eux, ils survivent au désastre. Pourquoi donc chercher parmi les morts, les immortels de la déchéance ? Pourquoi s’en émouvoir quand pouvoir rime avec déboire ? Le pourboire de la disgrâce reste la honte. Les acrobaties politiciennes sont souvent périlleuses ; même les initiés avisés se méfient des pirouettes à haut risque. Quand c’est bien exécuté, on vous accorde un «standing-ovation» ; vos inconditionnels «vuvuzéleurs» vous jetteront des fleurs. Mais quand vous chutez, personne ne tombera avec vous dans le trou. Ils entrent souvent en politique avec un idéal, mais rares en ressortent avec l’honneur indemne. Mais à quoi sert un honneur qui ne nourrit pas son homme ? Regardez un peu la scène politique nationale, chacun court en se grattant et en gesticulant pour défendre son gombo. Chacun se bat pour poser sa fondation et monter son mur en dur. Au nom de la démocratie, on peut appartenir à un parti et être contre le parti. On peut même quitter le parti en restant dans le parti ; c’est une question de subtilité politicienne. Il y en a qui sont tellement souples qu’ils savent passer à travers le trou d’une aiguille, sans toucher les rebords. La contorsion politicienne est un art ; ceux qui ont le don d’ubiquité sont des génies de la discipline, parce qu’ils peuvent être à deux lieux différents au même moment.
C’est ça la politique sous nos tropiques ! Surtout ne parlez pas de bon sens ; n’évoquez même pas la Raison ; éviter de penser honnêtement, nous sommes en politique ! De nos jours, la politique ne bâtit plus la nation, elle construit les hommes qui la pratiquent. Voilà pourquoi certains ne mangeront pas le chien, parce que c’est leur totem, mais ils sont friands de la soupe du même chien. C’est contradictoire, voire effarant, mais c’est le propre des MPM, ces «Mutants politiquement modifiés» du cataclysme d’une génération à scandale. Nous sommes dans l’œil du cyclone sous le signe 13. Vivement, que les dieux de notre démocratie agonisante sortent de leur sarcophage. En attendant, faites vos pronostics : le 13, est-ce un favori coup sûr ou un non partant ?

Clément ZONGO
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