Burkina – Luc Damiba : « Thomas Sankara voyait les choses en grand »

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À l’occasion du 31e anniversaire de l’assassinat de l’ancien président burkinabè, le Comité international mémorial Thomas-Sankara (CIM-TS) relance sa campagne de financement populaire du mémorial. Le secrétaire général du comité, Luc Damiba, revient pour Jeune Afrique sur sa vision du mémorial et les avancées dans l’affaire Sankara.

Le 15 octobre 1987, le leader de la révolution burkinabè, le capitaine Thomas Sankara était assassiné. Égérie panafricaine d’une jeune génération en panne de héros, plus de trente ans après sa mort, Sankara continue de fasciner.

En octobre 2017, une campagne de souscription pour la construction d’un mémorial lui rendant hommage est lancée en grande pompe, en présence de Jerry Rawling et de Roch Kaboré et de nombreux acteurs de la société civile de la sous-région.

Un an plus tard Luc Damiba, secrétaire général du Comité international mémorial Thomas-Sankara (CIM-TS) revient pour Jeune Afrique sur l’état d’avancement de cette campagne et les activités prévues pour la commémoration de cet anniversaire.

Jeune Afrique : Vous aviez lancé en octobre 2017 une campagne de financement participatif pour la construction du mémorial Thomas Sankara. Quels sont les besoins et où en êtes-vous dans les contributions ?

Luc Damiba : Cette campagne a été suspendue, car nous attendions les maquettes des concours architecturaux. Nous ne les avons finalement pas obtenu. Mais nous allons relancer la campagne : dimanche, nous procéderons à la pose de la première pierre du mémorial.

Lors du premier bilan partiel, l’estimation des ressources mobilisées est de 1,23 milliard de Francs CFA. Ce sont des promesses de dons qui prennent en compte des contributions en nature et en espèces.

Nous avons besoin de ce qui va constituer le contenu du mémorial : les archives audio-visuelles et écrites, les témoignages et les contributions d’intellectuels à travers des écrits et d’artistes. Toutes les intelligences sont nécessaires pour honorer un homme comme Thomas Sankara. Outre les ressources financières, nous avons également besoin de contributions en nature, du ciment ou du matériel de construction par exemple.

Certains estiment que le mémorial est contraire à l’idéologie que véhiculait Thomas Sankara, considéré comme un homme modeste. Que leur répondez-vous ? 

Certes, Thomas Sankara menait une vie modeste. Mais il a toujours fait les choses en grand. Lorsque vous considérez les vestiges tels que le Stade-du-4-août, le barrage hydroélectrique de Kompienga ou encore le chemin de fer Ouaga-Kaya… aucun de ces chantiers de la révolution n’était petit.

Pour l’honorer, lui et la révolution, nous nous devons de faire les choses en grand également. Thomas Sankara aimait dire qu’il valait mieux avoir de l’eau potable pour tout le monde que du champagne pour quelques personnes. C’est dans cet esprit d’intérêt général que nous allons construire un mémorial assez grand pour que tout le monde puisse y avoir accès.

D’ailleurs, nous sommes interpellés par beaucoup de Burkinabè qui veulent savoir comment contribuer à la réalisation du mémorial. C’est cela qui compte.

Photo : Sophie Garcia / HansLucas

Nous voulons mettre en valeur les grands chantiers de la révolution tels que l’écologie, les droits des femmes, la consommation de produits locaux…

Que trouvera-t-on dans ce mémorial ?

Nous aimerions avoir un musée qui raconte l’histoire de la révolution, une salle polyvalente et un atelier d’art traditionnel pour faire la promotion des produits locaux.

Nous voulons également mettre en valeur les grands chantiers de la révolution tels que l’écologie, les droits des femmes, la consommation de produits locaux… Des idées qui concernent le Burkinabè et l’Africain. Nous n’allons pas ériger uniquement une statue.

Où en est le conflit avec le cabinet d’architecture burkinabè Imhotep auquel vous avez retiré le projet du mémorial pour « plagiat » ?

Nous n’avons pas retiré le marché au cabinet Imhotep. Mais je ne souhaite pas en parler pour l’instant. Il nous a assigné en justice et nous attendons de nous présenter devant le juge pour donner nos arguments.


>>> À LIRE –  Qui a tué Sankara ? Retour sur une affaire d’État, 30 ans après…


Comment allez-vous commémorer ce 31e anniversaire ?

Il y aura un panel sur le thème « Politique sécurité sous le CNR : quels enseignements pour la situation sécuritaire actuelle au Burkina Faso et en Afrique de l’Ouest ? », samedi 13 octobre à l’Université Ouaga I Pr-Joseph-Ki-Zerbo.

Le contexte sécuritaire au Burkina et dans la sous-région s’est beaucoup dégradé ces dernières années. Nous voulons réfléchir autour des solutions mises en place par la révolution en terme de sécurisation endogène. Pour nous, compter sur l’extérieur pour se sécuriser n’est pas la solution.

Dimanche, à Pô, où Sankara a servi, nous allons relancer la campagne de souscription populaire pour la construction du mémorial.

Puis, lundi ce sera la pose de la première pierre sur le site du Conseil de l’Entente, suivi de dédicaces de livres. Il y a eu plusieurs écrits qui ont été publiés sur la vie de Thomas Sankara depuis l’insurrection de 2014 et nous voulons les faire connaître au public

Lors de sa visite en décembre dernier à Ouagadougou, le président Français Emmanuel Macron a promis la déclassification de certains dossiers dans l’affaire de l’assassinat de Thomas Sankara. Avez-vous des nouvelles concernant l’enquête ?

Nous suivons cela de près. Nous avons appris que le juge d’instruction Burkinabè avait déjà reçu certains documents et attendons d’en savoir un peu plus, pour voir si cela peut aider à faire avancer le dossier Thomas Sankara.

Mais cette déclassification en France ne suffit pas pour nous. D’autres pays tels que la Libye, la Côte d’Ivoire et les États-Unis devraient également ouvrir les archives de leurs services de renseignement durant cette période afin que l’on sache la vérité.

Jeune Afrique