Burkina : Ces violences faites aux enfants

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Une association française, nommée ECPAT France, lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants dans le monde. Au Burkina, ECPAT France met l’accent sur le renforcement du dispositif de protection de l’enfant dans les régions du Centre et de l’Est. Et dans son programme 2018-2020, elle entend réduire la vulnérabilité des enfants face à l’exploitation sexuelle, à faire évoluer les politiques, législations et programmes de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants. Pour atteindre ces résultats, l’association a initié une formation de 48 heures avec les hommes et femmes de médias du Burkina Faso, pour que ces derniers puissent renforcer leur participation aux actions de sensibilisation des populations sur les violences faites aux enfants. C’était du 21 au 22 mars 2019 à Ouagadougou.

Un père qui a des rapports sexuels avec sa fille de 13 ans parce que pour lui, la coutume l’y autorise lorsque cette dernière a ses premières menstrues. Un grand-père qui viole sa petite fille, une mère qui incite son enfant à avoir des relations sexuelles avec elle, etc. Ces cas sont monnaie courante dans les sociétés africaines, selon les témoignages faits par des participants lors de la formation initiée par l’association ECPAT France. Et peu de personnes en parlent, surtout les victimes. Les raisons sont souvent, entre autres, la peur, la crainte, l’ignorance que ces pratiques sont contraires à la morale et punies, ou la pesanteur des coutumes.

Selon une enquête réalisée auprès de 243 filles mineures âgées de 13 à 17 ans en situation de prostitution et ses liens avec la migration et la traite à Ouagadougou, Burkina Faso, faite par ECPAT France, en 2014, 63% sont Burkinabè, 30% Nigérianes, 2% sont du Ghana et de la Côte d’Ivoire, et 1% viennent du Mali, du Togo et du Bénin.

15 filles mineures ont affirmé avoir plus de dix (10) clients par jour. L’âge de leurs clients varie de moins de 20 ans à plus de 60 ans.

Toutes les études faites démontrent que la question d’exploitation sexuelle des enfants est une réalité au Burkina, fille comme garçon. En atteste le nombre de cas de viols pendants devant les tribunaux, dans les familles, etc.

« Plus de 80% des filles interrogées ont connu un acte sexuel quand elles avaient moins de 16 ans. L’étude nationale faite par le gouvernement, avec l’appui de l’UNICEF et de Save, plus d’un enfant sur 4 au Burkina Faso subit des violences quelles soit sexuelles, physiques ou psychologiques », déplore Tamba Kourouma, directeur de l’association ECPAT/Burkina

Pour lui, il faut mettre les victimes en confiance, et amener les populations à dénoncer tout cas d’abus sexuel aux services compétents pour une prise en charge rapide et efficace du problème. Cela passe par la sensibilisation des hommes de médias qui relaient plus facilement l’information.

La sensibilisation sur les violences faites aux enfants

Depuis son implantation en 2012  au Burkina Faso, l’association ECPAT mène plusieurs actions, vient en appui au gouvernement dans la lutte contre la protection des enfants qui sont victimes d’abus sexuels, à travers des sensibilisations, des formations, des plaidoyers auprès des autorités etc. Pour cette formation, il a été donné aux hommes de médias des connaissances sur les généralités des violences faites aux enfants.

Supprimer les juridictions pour enfants au Burkina ?

Pour mener à bien la lutte contre les violences faites aux enfants, au Burkina Faso, existe un système de protection de l’enfant, et un cadre légal de protection d’enfants. Le non-respect de ce cadre juridique est suivi de sanctions pouvant aller de l’amende à la privation de liberté.

Selon un des communicateurs de cette formation, Matthieu Lompo, Magistrat spécialisé en protection et droits de l’enfant/Juge des enfants du ressort du TGI/Ouaga qui a développé avec les journalistes le thème sur « le cadre légal du Burkina Faso protégeant les enfants », la législation en matière de protection des enfants au Burkina, connait des forces mais aussi des faiblesses.

Plusieurs actions attestent de la faiblesse de la législation. Les textes et lois ne sont pas suffisamment diffusés et portés à la connaissance des acteurs, la suppression imminente des juridictions pour mineurs qui,  selon lui,  vient en contradiction flagrante avec les standards et principes  internationaux en matière de justice juvénile. Il  souhaite que l’Etat revoie sa position en décidant de leur maintien. Il a également soulevé le manque d’harmonisation entre la notion de mineure et l’âge autorisé par le Code des Personnes et de la Famille (CPF) pour se marier

Concernant les forces, il y a l’existence de la répression des violences et l’exploitation sexuelle des enfants ainsi que de toutes les violences faites aux filles. En sus de cela, avec l’avènement du nouveau code pénal, le législateur a voulu être suffisamment exhaustif en matière de protection des enfants en regroupant dans le code pénal toutes les dispositions des lois spéciales protégeant les enfants. Cela a l’avantage de la simplicité dans la recherche des éléments de base juridiques de protection des enfants.

Irmine KINDA

Burkina24

Burkina24.com