Antiterrorisme : le Conseil de sécurité de l’ONU en visite au Mali et au Burkina Faso

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Une délégation du Conseil de sécurité de l’ONU a entamé ce vendredi 22 mars un déplacement au Sahel. Cette visite a pour but de renforcer la politique de l’organisation dans une région en proie à de nombreuses attaques terroristes.

Menée par la France, l’Allemagne et la Côte d’Ivoire, la délégation du Conseil de sécurité de l’ONU est arrivée ce vendredi 22 mars au Mali, où elle a rencontré les dirigeants pour se pencher sur la situation préoccupante de la région du Sahel, en proie aux menaces terroristes. Après Bamako – quatrième visite du Conseil de sécurité au Mali depuis 2014 – les émissaires onusiens prendront le chemin du Burkina dimanche, où ils effectueront leur deuxième visite en cinq ans.

Les puissances mondiales sont divisées sur l’attitude à adopter vis-à-vis de la menace islamiste au Sahel, la France étant en désaccord avec les États-Unis à propos du financement de la force anti-jihadiste G5 Sahel – dont sont membres le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Cette visite intervient alors que le Conseil de sécurité doit par ailleurs réfléchir à l’avenir de la Mission de maintien de la paix au Mali (Minusma).

Une entente difficile

Selon des diplomates, un nouveau débat entre la France et les États-Unis se prépare concernant le sort de cette mission, forte de 14 000 membres et mise en place après l’intervention militaire menée par la France en 2013 pour chasser les jihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du Mali. Une date butoir sera atteinte en juin pour décider de l’avenir du mandat de la Minusma, avec une réunion clé programmée pour le 29 mars.

Selon l’ambassadeur français aux Nations Unies, François Delattre, la visite du Conseil de sécurité « doit permettre de renforcer l’information des membres sur le processus de paix au Mali, la montée en puissance de la force conjointe du G5 Sahel et la situation au Burkina Faso, particulièrement affecté par la menace sécuritaire ».


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Dans le cadre de l’opération Barkhane, la France compte 4 500 soldats dans les pays du Sahel, dont 2 700 sur le territoire malien. Un accord de paix avait été signé à Bamako en 2015, mais trois ans et demi après, des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU, régulièrement visées par des attaques.

Financements limités

La France a laissé entendre qu’elle pourrait une nouvelle fois demander au Conseil d’approuver un financement direct du G5 Sahel. Une proposition que les États-Unis avaient fermement rejetée l’année dernière. Les Américains ont contribué à cette force à hauteur de 111 millions de dollars, mais s’opposent régulièrement à un financement annualisé passant par l’ONU. Le gouvernement de Donald Trump a sensiblement réduit les fonds alloués aux opérations de maintien de la paix.

« Les Américains doivent regarder les choses sous un angle différent », a estimé Jerry Matjila, ambassadeur sud-africain à l’ONU, qui fera partie du voyage. Cette visite a pour but de montrer « que les Nations Unies peuvent parler d’une seule voix sur ce problème », a-t-il dit.

Plutôt que d’ouvrir la voie à un plus grand financement de l’ONU, le plus gros impact de cette visite pourrait être la préservation des ressources déjà limitées au Mali

« Plutôt que d’ouvrir la voie à un plus grand financement de l’ONU pour le Sahel, le plus gros impact de cette visite pourrait être la préservation des ressources déjà limitées au Mali », estime pour sa part Jean-Hervé Jezequel, spécialiste du Sahel à l’International Crisis Group (ICG).

Au total, près de 237 attaques ont été recensées en 2018 au Mali, soit 11 de plus qu’en 2017. Au Burkina Faso, les attentats se sont également multipliés. La région du Sahel compte près de 4,3 millions de personnes déplacées, dont un million ayant dû fuir leur maison l’année passée, selon l’ONU.

Jeune Afrique