Affaire Naïm Touré : Me Farama dénonce une tentative de musèlement des réseaux sociaux

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Naïm Touré, un internaute burkinabè, très actif sur Facebook, est confronté à la justice de son pays depuis quelques jours. Il a été entendu hier 19 juin 2018 par le Procureur du Faso, avant d’être déféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO).

L’épée de Damoclès de la justice burkinabè plane sur la tête d’un utilisateur des réseaux sociaux, Naïm Touré. Ce dernier est accusé de vouloir entre autres participer à une entreprise de démoralisation des Forces armées nationales.

Dans une publication en date du 13 juin 2018, le facebookeur s’indignait du cas d’un gendarme qui n’avait pas été évacué alors qu’il a été blessé lors d’une opération antiterroriste et suggérait aux forces de sécurité à plus de solidarité. Est-ce la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ?

L’accusé a été en tout cas interpellé par la Gendarmerie nationale le 14 juin 2018 où il a été gardé à vue jusqu’au 19 juin 2018 avant d’être transféré à la MACO. Le sieur Touré est poursuivi pour trois chefs d’accusation notamment « participation à une entreprise de démoralisation des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) », « incitation de troubles à l’ordre public » et « proposition aux FDS de former un complot contre la sûreté de l’Etat ». La date de son procès n’est pas encore connue.

Après l’annonce de son arrestation, plusieurs organisations de défense des droits humains, dénonçant une violation de la liberté d’expression, ont fait une déclaration conjointe exigeant sa libération immédiate. Ces OSC avancent que la publication de Naïm Touré fait suite à un écrit du Quotidien d’Etat, Sidwaya, dans sa rubrique Kantigui attirant l’attention du public et des autorités sur le sort d’un soldat qui a failli laisser sa vie au service de son pays.

L’avocat de l’inculpé, Maître Prosper Farama, contacté ce 20 juin 2018, estime qu’à la relecture de la web-publication, aucune interprétation ne peut déboucher sur une incitation à la révolte.

Appels à renverser le régime Compaoré…

« Des gens ont parlé plusieurs fois et ouvertement de coup d’Etat salvateur ici. Personne n’a jamais été poursuivi pour cela. Même des tenants de l’actuel régime ont clairement dit qu’ils étaient les pères de l’insurrection populaire et que ce sont eux qui ont appelé à l’insurrection. Je pense que certains tentent de museler notamment les réseaux sociaux parce que c’est aujourd’hui le premier vecteur de communication de ceux qui s’opposent au régime actuel », a-t-il commenté.

A écouter l’homme de droit, le véritable décollage de la démocratie burkinabè ne réside ni dans l’embastillement, ni dans la réglementation des réseaux sociaux. Citant l’exemple des nombreux tweets du Président américain Donald Trump, l’avocat, connu comme le loup blanc chargé de défendre les veuves, les orphelins et les opprimés, va plus loin.

« Donald Trump passe son temps à injurier les gens. C’est vrai que ce n’est pas un bon exemple. Mais, dans les faits qui sont reprochés à Naïm Touré, avez-vous entendu une injure dedans ? Souvenez-vous, il y a eu ici des appels à renverser le régime de Blaise Compaoré. Est-ce que le parti CDP a envoyé des gens en prison ? », ne cesse de formuler l’avocat membre du conseil de défense des familles Sankara et Zongo.

Noufou KINDO

Burkina 24

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