Adhésion du Maroc à la CEDEAO : L’avis de Paul Yaméogo

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Lors de la réunion tenue le 26 mai 2017 à Morovia au Libéria, et l’idée des chefs d’Etat et de gouvernements Ouest-africains d’intégrer le Royaume du Maroc au sein de la Cedeao, Monsieur Yaméogo Paul, président du Mouvement pour la Démocratie et le Développement (MDD) parti sankariste, après mure réflexion et vue la situation sécuritaire de l’heure affirme : « la lutte contre le djihad n’est pas seulement une lutte armée. C’est d’abord une lutte politique ». Il livre son analyse sur cette question d’actualité à Burkina 24. Lisez plutôt.                          

LA FIN DE L’UNITE AFRICAINE ?

Si ce n’est la fin de l’Union Africaine, c’est le début de la fin. Ce qui détruit une famille, un ensemble politique, un pays, c’est le triomphe de la cupidité.

Il parait que le Maroc est riche ! Si le Maroc était riche, il aurait commencé par développer le Maroc. Tel est, du reste, la revendication de la région du Rif qui fut elle aussi, sous protectorat espagnol. Certes l’occupation militaire de 80% du territoire du Sahara Occidental au détriment du peuple Sahraoui, et l’exploitation éhontée du sous-sol de cette République Arabe Sahraoui Démocratique (RASD), a fait pousser des ailes au royaume chérifien.

Ce ne sont pas les 115 milliards de $us du PIB marocain qui nous intéresse, ni le fait que la Cedeao dépasse la Turquie et s’approcherait d l’Indonésie en puissance économique qui nous intéresse. Quel est l’impact de notre puissant Nigéria sur le PIB du Burkina Faso ? La puissance du Maroc ne lui suffit pas pour rendre heureux le peuple Marocain, et les réclamations des populations pour un meilleurs accès aux soins de santé, de formation professionnelle et d’emplois sont là pour nous le rappeler. Au moins, ceux-là ont compris que le savoir est une arme pour leur avenir.

En politique, il n’y a pas d’amis, mais des intérêts, dit-on. Ses investissements ciblés dans certains pays de l’Afrique visent deux objectifs : 

–   revenir coûte que coûte au sein de l’Union Africaine                                                                                                        

–   détruire son isolement politico-diplomatique, suite à son occupation militaire de la RASD                                                                                                                                                                     

–   trouver de nouveaux débouchés économiques en Afrique      

Nous savons tous, que le Maroc a plus de 200 jeunes combattants en Irak et en Syrie, et qui mènent le djihad aux côtés de l’Etat Islamiste (ex Daesh). Au moment où l’étau se desserre dans ces territoires occupés, est-ce vraiment le moment de créer un appel d’air de ces djihadistes vers nos pays de la Cedeao ? Autrement dit, est-ce vraiment le moment d’autoriser à ces djihadistes marocain, la libre circulation depuis la pointe nord du Sénégal jusqu’à la pointe sud du Nigéria ou du Tchad ? Les dernières attaques de djihadistes marocains en Espagne sont inquiétantes.

De toute évidence, en ces moment où nos dépenses militaires explosent et nos officiers, sous-officiers et Hommes du rang sont au front, et nos populations du nord du Burkina Faso sont éplorées suite aux multiples attaques djihadistes, devons-nous faciliter les recrutements et multiplier le nombre de «Malam Dicko*» sur le territoire de la Cedeao ? Dans nos pays si pauvres, la paix et la stabilité resteront toujours la chose la plus précieuse.               

LA CEDEAO : ENFANT INDOCILE DE L’UA ?

Depuis la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), la subdivision de l’Afrique en ensembles viables a toujours été respectée. Ce regroupement sous forme de « pax africana », prenant en compte les relations ancestrales, les relations économiques et les relations culturelles au sein de ces ensembles régionales, a permis l’épanouissement d’une organisation comme la nôtre : la Cedeao.       

Nous savons que, depuis des années déjà, la zizanie est la chose la mieux partagée entre les pays du Maghreb. Soit. Comment nos chefs d’Etats dont certains veulent porter la casquette de panafricanistes, peuvent-ils faire fi de leur africanité, préférant écouter les sirènes de la division ?                                                                                                                                      

Mobiliser les meilleurs ministres des Affaires étrangères et autres négociateurs des pays de la Cedeao (chefs spirituels et moraux), afin de réconcilier ces frères ennemis, tout aurait été à l’honneur de nos chefs d’Etats. Ont-ils oublié les bienfaits de l’arbre à palabre ?

L’adhésion du Royaume du Maroc viendrait fragiliser l’UA, qui a déjà du mal à se faire entendre lors des crises multiformes qui secouent l’Afrique. Que deviendra le Continent africain sans l’Union du Maghreb ainsi dépecé et humilié ? A ce rythme et dans ce désordre qui s’installe, ne soyons pas étonnés que le Nigéria devienne un jour, le 51ème Etat des Etats Unis d’Amérique !

ROYAUME DU MAROC ET ISRAEL, MÊME COMBAT

Les relations économiques, tant du Maroc qu’Israël, cachent mal des objectifs avoués par le Premier ministre Israélien : « casser le bloc des 54 Etats de l’Afrique, afin de rompre son isolement politique, diplomatique et économique ». J’affirme que des relations en situation normale avec ces deux pays, pourtant amis du Burkina Faso, nous seraient mutuellement bénéfiques.

Toutefois une question reste posée : les Palestiniens attendent toujours la décolonisation de leurs territoires militairement occupés depuis juin 1967 par Israël, et la possibilité des deux Etats et des deux peuples indépendants de vivre côte à côte, dans la paix.                                                                                                                       En outre, Le peuple Sahraoui attend depuis plus de quarante ans, sa libération du joug colonial et de son territoire occupé par le Royaume du Maroc. Il est bon de noter qu’en 1974 la Cour Internationale de Justice de la Haye, avait reconnu des liens entre des tribus sahraoui et marocain et même avec la Mauritanie, avant la colonisation du Sahara occidental par l’Espagne en 1884 : le Sahara occidental n’était pas une « terra nullius », (une terre sans administration), affirme-t-elle.

La Juridiction conclut que l’existence de ces liens « n’établit en aucun cas une relation de souveraineté territoriale ni du Maroc, ni de la Mauritanie ».

Dans un passé récent, nos Etats ont œuvré pour une Afrique du Sud indépendante, aujourd’hui débarrassée du joug de l’apartheid. Les compliments obséquieux de nos chefs d’Etats à l’endroit des responsables marocains et israéliens ne sont pas de bon augure.                                                                                                                                    L’unité de l’Afrique ne deviendra réalité, que lorsque son dernier territoire sera libéré et indépendant du joug colonial d’un Etat, le Maroc, qui a lui-même conquit son indépendance au prix du sang de son peuple et des peuples africains.                                                      

Quid du développement régional des pays africains, leur stabilisation et leur approfondissement ?                       

Quel sort nos chefs d’Etat de la Cedeao réservent-ils aux peuples de la République Arabe Sahraoui Démocratique (RASD), et de la Palestine ?

Le Burkina Faso est un partenaire important et peut  jouer le rôle essentiel dans la stabilité dans la sous-région et la résolution des crises. Tout, sauf une adhésion du Maroc dans la Cedeao.

Paul YAMEOGO                                                                                                                                                                   

Burkina Faso

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