Yiyé Constant Bazié: «Notre première victoire, c’est d’avoir réussi à sensibiliser les gens et à ouvrir leurs yeux sur ce drame…»

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Yiyé Constant Bazié, conseiller municipal à l’arrondissement 2 de Ouagadougou a fait de la lutte contre les accidents liés aux camions poids lourds son cheval de bataille. Il est celui qui a initié le sit-in contre les « camions de la mort », le 11 mai dernier à la place de la Nation. Fasozine l’a rencontré pour en savoir un peu plus sur le sens de son combat…

Fasozine : D’où est née l’idée de mener ce combat contre la circulation des poids lourds aux heures de pointe ?

Yiyé Constant Bazié : C’est parti du constat qu’il y a des gens qui se font écrasés régulièrement dans la circulation. Pour ceux qui sont à Ouagadougou, ils ont au moins une fois entendu qu’on a écrasé malheureusement une personne en circulation. Donc partant de ce constat, je me suis dis qu’est-ce que l’on peut faire par rapport à cette situation. En me renseignant, je me suis rendu compte qu’il y avait une loi dans ce sens qui disait que les camions ne devaient pas circuler entre 5h et 20h. Il a fallu travailler dans un temps à informer les gens que les camions ne doivent pas circuler entre 5h et 20h

Avez-vous eu un proche qui a perdu la vie par la faute d’un camion poids lourd ?

Non. C’est en décriant cette situation qu’un ou 2 mois en arrière que j’ai appris qu’un camion avait roulé sur les orteils d’une de mes cousines. C’est aussi dramatique, mais comparativement à ceux qui ont perdu la vie on peut dire que nous on s’est estimé heureux. Mais il ne faut pas attendre d’être touché par la situation pour se sentir concerné. Parce que ce qui arrive aux uns malheureusement peut arriver à soi-même ou à un de nos proches. 

Depuis quand  avez-vous initié cette lutte ?

Cela fait 3 ans de cela. Déjà quand on pense que quelque chose n’est pas correct et qu’on commence déjà à sensibiliser sur cette chose, je pense que la lutte est engagée à partir de ce moment. 

Lors de votre sit-in vous avez dit qu’on cherche à vous mettre des bâtons dans les roues…

Je m’abstiendrais de les nommer pour ne pas poser un autre type de polémique qui risque de nous éloigner de notre objectif de départ. Il y a également des associations qui œuvrent dans la sécurité routière qui se sont réunies pour démobiliser les gens.  Pour moi ce n’était pas forcément  ni nécessairement avoir la présence massive des personnes ou le soutien des entités lors du sit-in. Quand j’ai commencé mon engagement, il y a 3 ans de cela, je n’avais pas connaissance de l’existence de ces structures qui œuvrent dans le domaine de la sécurité routière.  L’idée principale pour moi, c’est de faire en sorte que les gens ne meurent plus dans les artères de la ville. Je prends ce qui s’est passé avec une petite touche d’amertume. Parce que je crois qu’on aurait pu utiliser cette énergie déversée pour préserver des vies.

Vous êtes conseiller municipal de l’UPC, est-ce que ce n’est pas votre appartenance politique qui pose problème ? 

A partir du moment où on est conseiller, on appartient à la commune. On ne doit même plus parler de conseiller de l’UPC, du MPP, etc. En étant conseiller, je travaille pour développer la commune et non pour les intérêts personnels de tel ou tel parti politique. Quand les camions renversent les gens, ils ne cherchent pas à connaitre ton appartenance politique. Quand j’ai organisé le sit-in, j’ai vu des gens d’autres partis qui étaient présents. Certains ne savaient pas que j’étais conseiller municipal. C’est lorsque je me suis présenté à la presse qu’ils l’ont su. Certains ont même dit que si je n’étais pas conseiller municipal, ils allaient entreprendre des démarches pour que je rejoigne leur parti, quoique cela ne les a  pas empêché de le faire. Je fais ce que je fais en tant que citoyen, c’est mon devoir. Il faut que les Burkinabè arrêtent de mettre les bâtons dans les roues de ceux qui veulent faire quelque chose pour le développement du pays et qui sont capables de le faire. 

Le maire a pris un nouvel  arrêté qui réglemente la circulation des poids lourds…

Ce n’est pas suffisant. Mais nous sommes contents que l’arrêté ait été pris. Cela veut dire que les lignes ont bougé et qu’on a été entendu quelque part. Et l’arrêté répond déjà à une urgence. C’est un Burkinabè avant d’être maire, et il est le premier concerné par un certain nombre de choses qui se passent dans sa commune. Et si les gens se plaignent énormément, c’est normal qu’il fasse quelque chose. Et il faut reconnaître que quelque chose a été fait.  Il n’empêche que, tous ceux qui partagent l’objectif de la lutte ne sont pas satisfaits. L’objectif de départ je le rappelle, est de faire en sorte qu’il n’y ait plus de morts dans nos villes. Alors que le jour même où l’arrêté a été pris, une personne a perdu la vie renversée par un camion. 

Mais que proposez-vous concrètement comme solutions ? 

L’arrêté en lui-même ne va pas faire changer les choses s’il n’y a pas de contrôle sur le terrain et des répressions. Ce qui va être bien, c’est que l’on puisse construire des aires de stationnement hors de la ville de Ouagadougou. C’est bénéfique même pour le pays parce que là où on construit généralement des aires de stationnement lorsque c’est bien fait, cela développe l’économie de la localité, avec les différentes activités de commerce qui vont se développer tout autour. Ce sont des choses qui devaient être faites. Mais souvent lorsque la population ne monte pas au créneau, ce n’est pas facile pour un homme politique de prendre certaines décisions. Notre première victoire c’est d’avoir réussi à sensibiliser les gens, à ouvrir leurs yeux sur un drame qui se passait quasiment au quotidien et que personne ne trouvait anormal à part les familles qui étaient endeuillées. Mais je répète que nous ne sommes pas contre le développement de l’activité économique liée aux déplacements des camions poids lourds. Nous voulons que la lutte soit profitable à tout le monde. Alors que là l’arrêté ne se limite qu’à la ville de Ouagadougou. Nous aurions aimé que ce soit une loi qui soit votée à l’Assemblée nationale pour qu’elle s’applique sur l’ensemble du territoire national. C’est pourquoi nous sommes sur une pétition pour pouvoir demander une relecture de l’arrêté au niveau de l’Assemblée nationale pour que l’on puisse trouver une solution globale et efficace à ce phénomène lié aux camions poids lourds.

Mais nous sommes conscients qu’au sein de la population il y a des parents inconscients qui payent des motos, souvent de grosses cylindrées pour des enfants. Et visiblement quand on les regarde on sait qu’ils ne peuvent pas tenir avec ces engins-là. Sans oublier que certains font des acrobaties en pleine circulation avec ces engins. Nous disons qu’il faut des mesures répressives pour ce cas-là. Nous militons pour faire voter des lois pour qu’à partir d’un certain âge à Ouagadougou en particulier et au Burkina de façon générale, qu’un enfant ne puisse pas avoir une moto sans avoir le permis et sans avoir atteint un certain âge. C’est un devoir citoyen pour nous de faire voter ces textes s’ils n’existent pas. 

Dans pleins de cas, les gens sont renversés parce qu’ils ne respectent pas le code de la route. Certains n’en ont même pas connaissance. Que proposez-vous pour résoudre cela ?

Cela arrive parce qu’à l’achat d’une moto, on n’exige pas un permis de conduire. C’est une erreur et il faut à la limite faire voter une loi pour exiger le permis de conduire désormais lors de l’achat d’une moto. On peut également introduire des cours de sécurité routière dans les établissements classiques pour que les élèves aient un minimum de connaissances. Au Burkina Faso si vous voyez quelqu’un qui a le code comme on le dit ou des notions sur la sécurité routière, c’est qu’il veut conduire un véhicule et, il paye pour faire la conduite. Etant donné qu’il est obligé de le faire pour pouvoir acheter un véhicule. Je n’ai pas encore entendu dire que quelqu’un est allé faire le code juste pour apprendre. Moi-même, c’est lorsque je voulais acheter un véhicule que j’ai fait le code. Et c’est un gros problème qu’il va falloir chercher à résoudre.

 

                                                                                    

 

Source : Fasozine.com

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