Yimdi : « Des gendarmes ont fait irruption dans mon domicile…»

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Au troisième jour du procès de l’attaque de la poudrière de Yimdi au Tribunal militaire de Ouagadougou, mettant en cause des soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), sept d’entre eux ont été entendus.

Les soldats mis en cause dans l’affaire de l’attaque de la soute d’armement de Yimdi, continuent de défiler devant la Chambre du Tribunal militaire de Ouagadougou. Au troisième jour de ce procès, sept membres du commando, constitués exclusivement d’éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), se sont expliqués à la barre. Il s’agit des soldats de première classe, Handi Yonli, Aboubakrim Ould Ahmed, Issouf Traoré, Seydou Soulama, Amadou Zongo, les caporaux Desmond Toé et Issaka Ouédraogo. Les militaires de rang, poursuivis principalement pour désertion en temps de paix et complot militaire, ont reconnu leur implication dans l’affaire à des degrés différents. Ainsi, le soldat de première classe, Handi Yonli, a plaidé coupable. S’il a reconnu avoir pris part à l’attaque de la poudrière, il a tenu à préciser qu’il n’était pas assez lucide au moment où le projet lui a été dévoilé par le sergent Ousmane Djerma. Celui-ci ayant pris le soin au préalable de l’arroser d’alcool au cours du pot qu’il l’avait invité à partager. « J’étais pratiquement saoul quand il m’a fait part de la mission sur Yimdi et il m’a transporté sur les lieux derrière sa moto. Une fois sur place, on m’a commis la surveillance des gardes qu’ils avaient ligotés, vu mon état d’ivresse », a déclaré le soldat Yonli. Son collègue Aboubakrim Ould Ahmed a affirmé également avoir participé activement à l’attaque mais il n’a cependant pu extraire aucune arme de la soute comme le lui reproche le parquet. Quant au soldat de 1re classe, Amadou Zongo né le 25 décembre 1988 à Ramongo dans le Boulkiemdé, il admet sa désertion mais ce n’était pas en temps de paix. « J’ai quitté le territoire burkinabè en direction de la Côte d’Ivoire sous la pression des menaces dont je faisais l’objet », a confié le « Ramongolais », père de deux enfants. Si les premiers-cités ont admis les accusations portées à leur encontre, cela n’a pas été le cas pour les caporaux Issaka Ouédraogo et Desmond Toé. Devant la Chambre, le caporal Ouédraogo, a dit ignorer jusque-là, les raisons qui l’ont conduit à la Maison d’arrêt et de correction des Armés (MACA). Ancien chef de la garde du domicile du président de la Transition, Michel Kafando, le natif du Yatenga, a confié que tout aurait basculé au lendemain de la dissolution de son unité, l’ex-RSP.

« Le mot de passe de Yimdi »

Une « meute » de gendarmes aurait fait irruption dans son domicile, violentant les membres de sa famille. C’est ainsi qu’il a décidé de traverser la frontière ghanéenne, pour un exil en terre ivoirienne avant de regagner le bercail quatre mois plus tard, longtemps après l’attaque de Yimdi. Desmond Toé qui a immédiatement rejoint son corps d’affectation après l’assaut sur le camp Naba Koom a nié en bloc les faits contenus dans les dépositions, faisant état de ce qu’il aurait communiqué le mot de passe de la garde de Yimdi aux « assaillants ». Les avocats-conseils commis d’office à la défense disent constater de nombreuses irrégularités depuis le début du procès. De l’avis de Me Kiemtarboum, avocat d’Aboubakrim Ould Ahmed, l’instruction a été « bâclée », et le commissaire du gouvernement tient malgré tout à faire croire qu’il n’en n’est rien. « Pour le cas de mon client à qui il est reproché d’avoir soustrait des armes dans un magasin lors de l’attaque à Yimdi, le parquet ne dispose d’aucune pièce prouvant cette infraction de vol aggravé et de détention illégale d’arme à feu », fait-il remarquer. Avant d’ajouter que le juge d’instruction aurait pu situer les juges sur la nature des armes et l’analyse des empreintes digitales retrouvées sur lesdites armes. « Conséquence, on ne peut que le relaxer purement et simplement », a indiqué l’avocat. Son collègue, Me Bali Bazyomo, chargé de la défense du caporal Issaka Ouédraogo se dit serein. « Il n’y a aucune crainte, l’accusation a présenté des charges que nous avons démontées et nous pensons que le tribunal va bien comprendre que notre client n’avait pas sa place dans cette affaire de Yimdi », a-t-il déclaré à sa sortie du tribunal. Pour lui, une audience spéciale pour débattre des faits de désertion et de détention illégale d’arme était plus indiquée. Sur les écueils, il laisse entendre, qu’il est difficile d’avoir un procès pénal sans irrégularités. « J’estime qu’on aurait pu faire mieux. Mais les avocats-conseils ont-ils bâti leur défense sur des stratégies argumentaires, face aux accusations du parquet, le dernier mot revient au tribunal », conclu Me Bazyomo. Du côté du parquet, on se dit également serein, convaincu que les moyens de défense des accusés qui nient leurs déclarations devant les juges d’instructions ne vont pas prospérer.

Beyon Romain NEBIE

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