XXe JNP : des doléances et des promesses

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L’entretien direct entre le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré et les producteurs a eu lieu, le samedi 13 mai 2017, à Kaya, capitale de la région du Centre-Nord. A cette occasion, le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba a dévoilé les ambitions du gouvernement pour le monde rural, contenues dans le Plan national de développement économique et social (PNDES).

Le Chef du gouvernement a dressé un « bilan satisfaisant » des actions menées au cours de l’année écoulée en faveur du monde rural et annoncé les couleurs pour 2017. C’était le samedi 13 mai, à Kaya lors de la XXe Journée nationale du paysan. Au titre du ministère de l’Agriculture et des Aménagements hydrauliques, Paul Kaba Thiéba a souligné « l’indispensable nécessité de la mécanisation et de la modernisation de l’agriculture » burkinabè. D’où la volonté de l’exécutif de créer une Unité de production d’engrais minéraux à base de phosphate, une Société de production de semences agricoles, et une Centrale d’approvisionnement des intrants et des matériels agricoles dont l’étude de faisabilité est déjà effective et le processus de sa réalisation engagé. Pour ce qui concerne l’irrigation, 6 542 ha de bas-fonds ont été aménagés sur les 35 000 ha prévus dans le Plan national de développement économique et social (PNDES) et 1 636 autres hectares ont été réhabilités. 1 013 ha de nouveaux périmètres irrigués ont été aménagés pour le maraîchage en 2016, selon M. Thiéba. Pour 2017, 4 440 ha de nouveaux bas-fonds et 4 963 ha de périmètres irrigués seront réalisés. « Nous envisageons aménager plus de 1 000 ha pour l’irrigation goutte-à-goutte de vergers de mangues », a précisé le Premier ministre. Les pôles de croissance agricoles de Bagré, du Sourou (en cours de constitution) et de celui de Samandéni constituent l’un des maillons de modernisation de l’agriculture. Le Chef de l’exécutif a soutenu que des aménagements sont en cours à Bagré. Quant à la vallée de Sourou, le cadre juridique connaîtra des modifications, en attendant des investissements structurants. « La mise en eau du barrage de Samandéni sera effective en fin juin », a promis Paul Kaba Thiéba. A cela, il a ajouté la création de lycées agricoles par région et la banque agricole dénommée Faso banque, à capital de 15 milliards de FCFA. « La banque agricole est en train d’être créée. Nous avons quasiment finalisé le dossier d’agrément qui sera soumis certainement au mois de septembre à la commission bancaire », a-t-il dit. Dans le domaine de l’eau, 1 619 forages, sept barrages neufs ont été réalisés en 2016. Pour cette année, l’objectif est de construire 2020 forages et 55 AEPS, sept autres barrages neufs et de réhabiliter une vingtaine. Dans le département en charge de l’environnement, un certain nombre d’initiatives ont été prises en faveur du monde rural, à en croire les premiers responsables. Il s’agit, entre autres, de l’appel à projet du Fonds d’intervention pour l’environnement, du développement de la filière anacarde dans les Cascades et des Hauts-Bassins. Pour le secteur de l’élevage, un programme de construction de laiteries est en cours. En 2016, le gouvernement Thiéba a réalisé 11 marchés de bétail et 15 aires d’abatage. Au cours de cette année, il promet un abattoir frigorifique à Bobo-Dioulasso, cinq abattoirs modernes, trois complexes de marchés de volaille.

Invite aux producteurs

La XXe JNP intervient dans un contexte d’opérationnalisation du PNDES, selon le chef du gouvernement. D’où son invite aux producteurs et à leurs organisations faitières d’y adhérer pour le bonheur de tous. « La réflexion sur les perspectives de la JNP doit s’articuler autour de la problématique de la mise en œuvre réussie du PNDES et de la contribution des organisations paysannes à son succès », a affirmé Paul Kaba Thiéba. Il a indiqué que l’objectif stratégique de son gouvernement est de ramener le taux de pauvreté en milieu rural de 47% actuellement à 38% en 2020. A travers l’exécution réussie du référentiel de développement, l’exécutif entend augmenter la productivité du secteur primaire de 350 000 Fcfa de nos jours à 535 000 Fcta en 2020. L’ambition est aussi d’accroître la part du monde rural dans la production du Produit intérieur brut (PIB) de 30% en 2017 à 28% 2020. « Cela voudrait dire que nous avons réussi la transformation structurelle de notre économie en faisant en sorte qu’une plus grande partie de la production agricole soit valorisée, à travers des industries agro-alimentaires et avons réussi à augmenter le taux de commercialisation des produits agricoles de 25% de nos jours à 37,5% en 2020 », a-t-il expliqué. Dans le second volet des échanges, le président du Faso a rompu avec les habitudes des JNP passées où les questions étaient regroupées par région. Ainsi, chaque producteur a eu la latitude de poser sa préoccupation. L’engouement des intervenants a été manifeste avec plus d’une quarantaine d’inscrits. Mais au préalable, le président les a invités à intervenir sur le bilan des précédentes JNP qui, pour lui, comporte des aspects positifs et négatifs. « Nous devons transformer les choses en des forces qui nous permettent d’améliorer l’efficacité de nos rencontres, de faire des analyses plus pointues qui nous permettent de noter de bonnes pratiques qui seront diffusées à travers les structures régionales », a-t-il souhaité. Les préoccupations des paysans ont tourné autour de la transformation structurelle de l’agriculture, l’absence de marchés pour l’écoulement des produits et de pistes de bétail, l’insuffisance des barrages et forages, le mauvais état des routes, etc. Dans le lot, les producteurs de la région du Centre ont lancé un cri du cœur. C’est le cas de Daouda Barry qui a attiré l’attention des organisateurs de la JNP afin que le Centre qui n’a jamais abrité la rencontre puisse aussi le faire. « Le Centre héberge tous les bailleurs de fonds qui accompagnent le monde rural mais peu de programmes financent les producteurs de la région », a-t-il regretté.

Annonce d’une usine de montage de tracteurs

En vue d’apporter des éclaircissements à toutes les préoccupations soulevées, Roch Marc Christian Kaboré a invité les ministres concernés à se prononcer. Ayant pu constater lui-même que la vallée du Sourou rencontre de nombreux problèmes, le ministre de l’Agriculture et des Aménagements hydrauliques, Jacob Ouédraogo, a dit travailler pour y apporter des solutions. Pour cela, il a informé que des infrastructures de stockage y ont été réalisées et quatre (4) comptoirs sont prévus pour la province du Sourou en 2017. Par rapport à la mécanisation agricole, le ministre Ouédraogo a indiqué que chaque année, son département met à la disposition des producteurs 10 000 charrues dans le cadre de l’opération 100 000 charrues. Outre cela, a-t-il poursuivi, il y a la distribution dans toutes les régions des semences améliorées, subventionnées à hauteur de 90%, sans oublier les engrais NPK et Urée. L’autre bonne nouvelle du ministre pour les paysans est l’annonce de la mise en place d’une usine de montage de tracteurs au Burkina dont le dossier est suffisamment avancé. Le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sommanogo Koutou, lui, a informé l’assistance de la réalisation de 150 forages, 20 boulis, 5 marres…, pour un coût de 2 milliards 600 millions de FCFA, prévue pour 2017. « Nous accordons la priorité de ces installations dans les zones pastorales et tout au long des pistes de transhumance », a-t-il précisé. Pour la construction des marchés à bétail dans toutes les régions, il a assuré qu’un milliard de FCFA est prévu, tandis que 350 km de pistes de bétail sont en projet pour cette année. Des voix se sont cependant élevées contre la lenteur dans la construction de l’abattoir de Kaya. Et le ministre Koutou de rassurer que l’infrastructure sera fonctionnelle d’ici à la fin de l’année. Pour répondre aux soucis des paysans sur la question des barrages et des forages, le ministre de l’Eau et de l’assainissement, Niouga Ambroise Ouédraogo, a relevé que des investissements allant jusqu’à 135 milliards de FCFA sont prévus pour 2017 ; une première, selon ses dires. Il a signalé que 7 barrages en moyenne sont réalisés par an au Burkina et cela est dû au fait qu’il n’existait pas d’études. Tout en indiquant que la construction d’un barrage coûte cher (entre 500 millions et 300 milliards FCFA), le ministre a dit que des efforts sont faits pour que les besoins en eau soient satisfaits dans toutes les régions.

Difficile choix des producteurs

Le responsable du département des Infrastructures, Eric Bougouma, a aussi rassuré les producteurs de l’Est et de la Boucle du Mouhoun que leurs doléances trouveront ou sont en train de trouver des réponses. « Je voudrais rassurer les producteurs et les usagers de la région de l’Est que les travaux d’entretien d’urgence ont effectivement commencé. En ce qui concerne la région de la Boucle du Mouhoun, des travaux de bitumage sont en cours sur l’axe Dédougou-Tougan », a-t-il clarifié. A la suite des ministres, les organisations faîtières se sont aussi prononcées sur la JNP. Ainsi, le président de la Confédération paysanne du Faso (CPF), Bassiaka Dao, a salué les efforts du gouvernement dans l’accompagnement des producteurs pour la création de la banque agricole et la tenue régulière de la JNP malgré le contexte économique et sécuritaire assez difficile. Toutefois, il a noté quelques contraintes liées aux risques climatiques, à l’insécurité foncière, à l’absence de prix incitateurs des produits agricoles, etc. Au termes des échanges que le président du Faso a trouvés longs, les producteurs n’ont pas pu trouver un consensus sur le format de la JNP. « Ce long débat est certes intéressant mais nous a éloignés de notre thème central, car le format n’est pas choisi. On demande encore à l’Etat de choisir le format et cela n’est pas normal. La JNP, c’est d’abord une affaire des producteurs », a estimé le chef de l’Etat. Pour lui, il n’est pas question de quitter Kaya sans trancher cette question essentielle. Les points sur lesquels les participants sont convenus sont la création d’un Secrétariat permanant (SP) de la JNP, son organisation chaque deux ans et la gestion du SP par des acteurs non étatiques. En attendant qu’une mini commission puisse réfléchir aux autres aspects non élucidés, le président Roch Marc Christian Kaboré a donné rendez-vous aux producteurs en 2019 pour la prochaine JNP.

Mady KABRE
Djakaridia SIRIBIE

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L’agression d’un journaliste et les excuses du président du Faso

La XXe Journée nationale du paysan (JNP) a été difficile pour les hommes de médias. En effet, arrivés sur le site de la cérémonie officielle de la JNP aux alentours de 8h15, les journalistes ont du attendre au soleil, par manque de places. Le hangar sous lequel était disposé 17 chaises pour une centaine de chasseurs d’informations a été pris d’assaut par des participants. Seulement une dizaine de journalistes, venus plutôt, ont pu s’asseoir. Dès lors, débuta le « sit-in ». Après plus d’une heure d’attente, le comité d’organisation a érigé un autre hangar, sans chaises, pour les autres confrères. Dans l’attente que celui-ci soit équipé de bancs, il a été encore occupé par d’autres festivaliers, sous le regard des membres de la commission Accueil et installation. Ce qui a le plus irrité les hommes de médias est l’agression du journaliste de la Radio Burkina, Guézouma Sanogo, par ailleurs président de l’Association des journalistes du Burkina (AJB). Installé sous le premier hangar, M. Sanogo a franchi le cordon de sécurité pour se soulager. Au retour, un gendarme lui refuse l’accès, alors que celui-ci était déjà sous le hangar. Il pousse à trois reprises, mais à chaque fois les cordes retiennent le journaliste. Pour la quatrième, l’agent de sécurité le propulse au sol, derrière le cordon. L’infortuné a été blessé. Cet incident a mis les autres confrères hors d’eux-mêmes, menaçant de ne plus couvrir l’évènement. Même les excuses du lieutenant-colonel Baggna, commandant du Groupement de sécurité présidentielle n’a pas eu raison de la colère de la presse et de la directrice générale de la RTB, Danielle Bougaïré, visiblement indignée. Après que la commission santé lui a administré les premiers soins, M. Sanogo a invité ses camarades à reprendre le travail pour leur « dignité, pour le respect du monde paysan, 86% des Burkinabé ». Aux dires des gendarmes, le président de l’AJB « n’aurait pas respecté les consignes sécuritaires, régissant la pénétration dans le périmètre de la cérémonie », selon Burkina 24. A la fin de la cérémonie, le ministre en charge de la Communication est venu s’enquérir de l’état de santé du journaliste. A sa suite, c’est le président du Faso, him-self, qui a « solennellement regretté ce qui s’est passé ». « Je voudrais dire qu’il n’est pas normal qu’à notre époque encore, de telles choses se passent. (…) J’ai toujours dit et répété que la sécurité doit respecter les individus », a-t-il ajouté. Avant de souhaiter « prompt rétablissement » au blessé.

D. S.

Bayiri.com