UE-G5 Sahel: les zones fragiles du Sahel au cœur de la 4e session ministérielle

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Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alpha Barry et ses homologues des quatre autres pays membres du G5Sahel se sont réunis, lundi 18 juin 2018, à Bruxelles avec la Haute Représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité/Vice-Présidente de la Commission européenne, Mme Federica Mogherini pour se pencher sur les problèmes des zones fragiles dans la région du Sahel. 

Cette quatrième session ministérielle annuelle à laquelle prenait part le secrétaire permanent du G5Sahel, Maman Sambo Sidikou visait à faire le point de la mise en œuvre du partenariat entre les pays du G5 Sahel et l’UE. Au cours de cette rencontre, ministres du G5sahel et Mme Mogherini ont fait l’état des lieux de la concrétisation des annonces faites par les partenaires lors de la Conférence internationale de haut niveau sur le Sahel tenue le 23 février 2018 à Bruxelles. 

Au cours de cette conférence, les bailleurs avaient annoncé un soutien de 414 millions d’euros pour l’opérationnalisation de la Force Conjointe du G5Sahel (FC-G5S). Mais d’après de nombreuses sources, la concrétisation de ces annonces tarderait à faire jour alors que la préoccupante situation sécuritaire au Sahel est caractérisée par des attaques terroristes de plus en plus récurrentes contre les populations civiles et les forces de défense et de sécurité des pays de la région mais aussi des Casques bleus onusiens basés au Mali. 

Il s’agissait aussi de faire le point des engagements propres de l’Union européenne (UE) qui, lors de la conférence des donateurs du 23 février avait annoncé un appui de 100 millions d’euros, soit autant que l’Arabie Saoudite. Selon le ministre burkinabè des Affaires étrangères Alpha Barry, les engagements pris par les partenaires commencent effectivement à se concrétiser quoiqu’il soit encore tôt d’en avoir une vision exhaustive. 

«Même s’il n’y a pas eu de point fait à l’euro ou au franc près, le hub mis en place au niveau de l’Union européenne commence à recevoir l’argent annoncé par les pays européens mais il faut se rappeler que certains pays avaient fait des annonces de dons en nature et d’autres avaient privilégié des aides bilatérales» en lieu et place d’un appui direct au secrétariat du G5Sahel, a-t-il indiqué, soulignant que le secrétaire permanent du G5 Sahel a été instruit de mettre en place rapidement les outils d’opérationnalisation du Fonds fiduciaire du G5Sahel chargé de recevoir l’argent annoncé par les partenaires au compte de la FC-G5S. 

Concernant justement la FC-G5S, les ministres et surtout le secrétaire permanent a dressé un état des lieux de son opérationnalisation sur le terrain ainsi que l’état de mise en œuvre de sa composante «droits de l’homme» et de l’opérationnalisation de sa composante police car, tous les pays du G5sahel et leurs partenaires sont d’accord que la FC-G5Sahel pour être efficace a besoin d’une entente parfaite avec les populations de sa zone d’intervention voire au-delà. Le secrétaire permanent du G5Sahel a aussi exposé à cette rencontre le Programme d’investissement prioritaire (PIP) du G5Sahel dont la conférence des donateurs, sans cesse repoussée, est désormais fixée au 6 décembre prochain à Nouakchott au lieu de Bruxelles. Selon le ministre nigérien des Affaires étrangères, Kalla Ankouraou, les préannonces de certains partenaires permettent de croire à un succès de la table-ronde de financement du PIP/G5 Sahel. 

«Il nous reste à faire la communication, le portage du PIP auprès de nos partenaires bi et multilatéraux pour assurer un franc succès de cette table-ronde» de Nouakchott, a indiqué M. Ankouraou lors d’une conférence de presse conjointement animée avec Mme Mogherini à la clôture de la réunion. 

Le thème principal de cette rencontre ministérielle conjointe UE-G5Sahel qui porte sur les zones fragiles des cinq pays du G5Sahel a permis d’examiner la situation, les besoins et l’engagement des pays du G5 Sahel dans les zones sahéliennes où l’Etat est le moins présent. Ces zones caractérisées par la non présence ou le peu de présence de l’Etat manquent d’infrastructures socio-économiques de base notamment l’eau potable pour les populations locales, l’éducation, la santé, les infrastructures routières, et la sous ou la non présence des forces de sécurité (police, gendarmerie) et de défense. La question de la gouvernance dans ces zones a été également débattue. 

Les zones fragiles dans le Sahel sont également caractérisées par le développement de trafics de drogues, d’êtres humains, de cigarettes, d’armes, la criminalité transfrontalière et, l’UE, après l’exposé des Etats du G5 Sahel a apporté également ses réflexions sur les solutions envisagées par les Etats pour remédier à l’état de fragilité de ces zones. 

L’UE a ainsi indiqué être prête à augmenter son aide au développement qui, combinées avec ses Etats membres s’élève à 8 milliards d’euros en faveur des pays du Sahel. 

Le ministre Barry en droite ligne du sujet principal en débat, a, dès l’ouverture de la session, dressé l’état de la mise en œuvre du Programme d’Urgence pour le Sahel (PUS-BF), une sous-composante du Plan National de Développement Economique et Social (PNDES) exécutée exclusivement dans les régions administratives du Sahel et du Nord (en partie) du Burkina Faso. Ce programme, une première du genre dans un pays du Sahel est salué par les partenaires de l’Union européenne. D’un coût global de 465 milliards de F CFA, le PUS-BF qui s’étale sur la période 2017-2020 est une réponse holistique apportée par le Burkina Faso au double défi socioéconomique et sécuritaire que connaît la région du Sahel et une partie de la région du Nord du pays, frontalières du Mali et du Niger. 

Concrètement, le PUS-BF permet à l’Etat burkinabè de mettre à la disposition des populations des Centres de santé et de promotion sociale ( CSPS), des forages et des Adduction d’eau potable et simplifiée (AEPS). Il permet aussi d’aménager des périmètres maraichers pour la production agricole. Ce programme devra également permettre de construire des infrastructures routières et d’aider les jeunes et les femmes de cette partie du pays touchée par les attaques et menaces terroristes et djihadistes à mettre en place des activités génératrices de revenus. Il prévoit par ailleurs la (re)construction de nouvelles brigades de gendarmerie et de postes de commissariats de police dans le cadre de l’amélioration de l’environnement sécuritaire.

L’UE qui se félicite de la mise en œuvre de ce programme a conclu le 5 juin dernier, en marge de la participation du président du Faso Rock Marc Christian Kaboré aux 12è Journées européennes de développement (JED) un accord d’appui budgétaire de 50 millions d’euros pour la mise en œuvre des infrastructures socioéconomiques dans le cadre du PUS-BF. 

Selon le ministre Barry, l’UE est toujours prête à accorder davantage de financements au Burkina Faso et à tous les pays membres du G5sahel dans le cadre de son propre programme d’urgence pour le Sahel basé essentiellement sur les questions de développement comme le fait le Burkina Faso actuellement. 

Le Burkina, pays d’accueil de la prochaine conférence ministérielle G5 Sahel-UE

Dressant la situation actuelle dans le Sahel burkinabè, le chef de la diplomatie burkinabè a indiqué dans sa déclaration, qu’à ce jour, plus de 124.000 euros ont déjà été injectés au Sahel dans 202 projets de développement dans le cadre du PUS-BF. Selon le ministre, 235.000 autres euros seront mobilisés cette année 2018 pour la réalisation d’infrastructures sociales de base, l’amélioration de la qualité des infrastructures économiques, le soutien et le renforcement de la gouvernance administrative et locale. 

«C’est convaincu que la fragilité des populations aux plans économique et social constitue un terreau fertile pour le terrorisme et le grand banditisme que le Gouvernement du Burkina Faso a mis en place le PUS-BF en vue d’apporter la riposte à travers le tandem sécurité-développement économique». 

Pour montrer l’urgence et la nécessité d’un tel programme, M. Barry a rappelé qu’à cause des attaques et des menaces terroristes, 216 établissements scolaires dont 60 au nord et le reste dans le Sahel ont été fermés. Avec le départ d’au moins 895 enseignants, plus de 20.000 élèves n’ont plus accès à l’éducation, a déploré le ministre. 

Pour le chef de la diplomatie burkinabè, la situation dans le Sahel nécessite une approche globale liant opérations militaires et sécuritaires et actions de développement en faveur des populations locales. 

Avant le début des travaux en plénière, chacun des cinq ministres des pays du G5 Sahel a eu un tête-à-tête avec la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité/Vice-Présidente de la Commission européenne, Mme Mogherini. Il s’agissait pour chacun d’eux d’évaluer avec Mme Mogherini la mise en œuvre des engagements de l’UE pour chaque pays individuellement pris et de dresser les perspectives, bref de faire l’état de la coopération bilatérale avec l’UE. 

A la fin de leur rencontre, les ministres qui ont aussi échangé sur les enjeux des prochaines élections au Tchad et au Mali ainsi que la situation en Libye et son impact sur le Sahel ont convenu de tenir leur cinquième session à Ouagadougou en 2019. Cela coïncidera avec la prise de la présidence en exercice du G5Sahel par le président Roch Marc Christian Kaboré qui, en janvier prochain, succèdera normalement à son homologue nigérien Mahamadou Isssoufou qui assure actuellement la présidence tournante de l’organisation. 

Outre le nigérien Maman Sambo Sidikou, secrétaire permanent du G5 Sahel, la délégation des ministres comprenait le ministre des Affaires étrangères du Niger, Kalla Ankouraou dont le pays assure la présidence tournante du G5 Sahel, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Burkina Faso Alpha Barry, ses homologues de la République islamique de Mauritanie, Ismael Ould Cheikh Ahmed, du Mali Tiéman Hubert Coulibaly et du Tchad Mahamat Zene Cherif. 

Du côté européen, outre Mme Mogherini, d’autres hauts responsables européens ont participé à cette rencontre parmi lesquels le commissaire européen à la Coopération internationale et au développement Neven Mimica, le haut représentant de l’UE pour le Sahel Angel Losada, le directeur de la Coopération internationale et au développement de l’UE, M. Stefano Manservisi et le directeur du Service européen de l’action extérieure Koen Vervaeke dont les services ont abrité la rencontre.

Romaric Ollo HIEN

Ambassade du Burkina Faso

Mission auprès de l’Union européenne

 

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