Tribune : « Et pourtant, l’acte est indéfendable ! »

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Dans cette tribune, Koudraogo Ouédraogo donne son avis sur l’agression subie par Guézouma Sanogo de la part d’un agent de sécurité le 12 mai à Kaya, à l’occasion de la Journée nationale du paysan.

Dans cette « affaire du gendarme et du journaliste », plus je lis certains commentaires, plus j’ai honte pour mon pays, chose qui m’oblige à réagir par cette brève réflexion, car les tombes de nos compagnons de lutte sont encore fraiches et certains ont déjà hâte de retourner aux abus du passé que nous avons rejeté par la révolution des 30 et 31 octobre.

Si le gendarme faisait son « boulot », de quel boulot s’agit-il donc ?

Il y a une confusion monstre chez beaucoup de lecteurs, qui n’hésitent pas à donner raison au gendarme qui apparemment ne faisait que son boulot ! Choquant ! Quel boulot faisait-il donc ? La gendarmerie nationale a-t-elle pour boulot d’agresser les citoyens ?

Si le journaliste a enfreint à une loi ou à un règlement, il fallait le verbaliser, l’arrêter et le déférer au parquet ou lui coller une contravention si cela relève des pouvoirs de la gendarmerie !

Si le gendarme avait fait ainsi, et arrêter le journaliste, nul ne se plaindrait ! Si même, le gendarme avait essayé d’arrêter Mr. Sanogo, et avait été obligé d’user de la force pour le faire parce que ce dernier aurait résisté, nul ne se serait plaint !

Mais rien de cela ne transparaît dans cette affaire ! Tout ce que nous savons, c’est que le gendarme a utilisé la force publique dans un but non déterminé !  Une violence totalement gratuite !  En effet, on ne peut faire usage de la force publique que dans des circonstances bien précises, notamment si l’on rencontre de la résistance lors d’une arrestation ! Est-ce le cas ici ?

En quoi M. Sanogo représentait-il une menace ?

Le gendarme étant du GSPR, donc assigné à assurer la sécurité du président du Faso, on se demande du reste comment il a pu penser que le fait d’enjamber un cordon mettait à risque la sécurité du président du Faso qui n’était pas encore sur les lieux ?

Avant même d’être arrivé à Kaya, c’est un « bain de foule » nous dit-on que le président du Faso s’est offert à Ziniaré. Et pourtant, sa sécurité rapprochée ne s’est pas mis à terrasser tous ceux qui venaient lui saisir la main ! Comme quoi, assurer la sécurité d’un personnage publique requiert de la patience et surtout de la sérénité, de la vigilance et de perspicacité pour manager efficacement cette sécurité même dans les situations les plus difficiles comme un bain de foule.

Pourquoi alors, ce gendarme, à mille lieux du président du Faso estime-t-il que la sécurité de celui-ci est menacée par l’enjambée d’un cordon pour aller et venir dans un hangar qui n’abritera pas le président du Faso puisque réservé aux journalistes ?

Le maintien de l’ordre à cette manifestation relève-t-il des attributions du GSPR ? Ou le gendarme faisait-il du zèle à s’occuper de ce qui franchement, ne le regardait pas du tout ? Quel lien existe-t-il entre sécurité présidentielle et maintien de l’ordre autour d’un hangar de journaliste ?

Aucun !

Conclusion

Rien, mais franchement rien ne saurait justifier cette agression dont M. Sanogo a été victime ! Nous sommes dans un état de droit et les forces de défense et de sécurité doivent être les premières à respecter et appliquer la loi, ce qui veut dire, verbaliser, arrêter, mais ne certainement pas agresser. 

Nul n’est censé ignorer la loi, surtout pas un gendarme qui est censé faire appliquer la loi. C’est pourquoi, le comportement de ce gendarme n’est peut-être justifie sous aucune circonstance, encore moins être accepté. 

De plus, des burkinabè sont morts pour nous débarrasser du RSP, pour que la sécurité du président du Faso soit assurée par des forces de police, soumise à la loi et non des forces militaire en dehors de la loi. Le comportement de ce gendarme est un manque de respect pour ces martyrs, et cautionner ce comportement l’est encore plus.
Je recommanderai à M. Sanogo de porter plainte afin qu’en plus de son redéploiement hors GSPR, le droit soit dit dans toute son entièreté à ce gendarme, et que la sentence tombe sans appel !

Koudraogo Ouédraogo

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