Terrorisme: Haro sur les discours légitimant la stigmatisation et le «génocide» ! (Tribune)

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Ceci est une Tribune de l’Enseignant chercheur, Jérémie Yisso BATIONO

Le repli identitaire est un grand piège dans la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso. Il faut de la lucidité dans l’appréciation des faits.

« Génocide ! ». Le terme est de plus en plus usité par certains politiciens, individus et certaines associations lorsque les FDS mènent des représailles contre certains groupes terroristes. Il en a été question pendant les évènements de Yirgou. Il y a quelques semaines, certains acteurs et web-activistes ont prétendu qu’il y ‘aurait génocide contre une ethnie à l’Est suite à l’attaque terroriste contre une église protestante qui avait coûté la vie à 14 fidèles. Il n’en fallait pas plus pour que le gouverneur de la région sorte de sa réserve. Le colonel Saidou Toussaint Prosper Sanou a été on ne peut plus clair:«Ceux qui parlent de la stigmatisation d’une communauté sont les vrais acteurs de la division ». Parler de génocide ou de stigmatisation d’une communauté donnée en matière de lutte contre le terrorisme au Burkina Faso est un raccourci très dangereux. Les auteurs de tels propos péremptoires doivent être recherchés et entendus car ils finiront par inoculer un venin à la société. En 1948, l’ONU signe la « convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ». L’article II précise: « Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) meurtre de membres du groupe; b) atteinte à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe; c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe. e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. ».En clair, come cela a pu être constaté au Rwanda en 1994, le génocide est un crime consistant en l’élimination physique intentionnelle, totale ou partielle, d’un groupe national, ethnique ou religieux, en tant que tel, ce qui veut dire que ses membres sont détruits ou rendus incapables de procréer en raison de leur appartenance au groupe.
Les terroristes sont des individus sans foi ni loi. Lorsqu’ils attaquent, comme cela se constate sur le terrain, ils ne s’embarrassent pas de circonlocutions liées à l’ethnie, à la classe sociale, à l’appartenance politique ou religieuse,… Leur objectif, c’est de semer la terreur, de déstructurer le tissu social, de faire le maximum de victimes. Au Burkina Faso, le terrorisme n’est pas l’apanage d’une ethnie spécifique. Les groupes sont disséminés en maints endroits du pays. Il est donc très dangereux que certains groupes se disent victimes de représailles systématiques chaque fois que des terroristes sont abattus. Certains individus ou structures associatives ruent très souvent dans les brancards avec des discours aux forts relents identitaires sans la moindre once de preuve. C’est un véritable fonds de commerce pour eux. Même s’il faut dénoncer comme il se doit les bavures, dans cette lutte contre un ennemi invisible, il faut savoir raison garder. Ouvrir l’œil et le bon. Certains médias internationaux et certaines officines n’ont pour unique dessein que d’attiser la haine et le feu pour créer des conflits ethniques qui vont par la suite occasionner des pogroms et compromettre totalement la lutte contre le terrorisme.

Agir au nom de la patrie

Dans la construction de l’Etat-nation, chaque citoyen doit faire preuve de clairvoyance et ne pas se laisser manipuler par tous ceux qui crient à hue et à dua au « délit de faciès », à « l’épuration ethnique systématique au Burkina Faso ». La célébration du 11 décembre à Tenkodogo a été l’occasion pour le Président du Faso d’appeler à l’union sacrée et à la réconciliation nationale. En ce sens, il annonce l’écriture de l’histoire générale de la Haute-Volta au Burkina Faso, l’édification d’un panthéon de tous les bâtisseurs de la nation. Pour relever les différents défis, Roch KABORE indique la voix : « Nous devons bannir à jamais la stigmatisation de l’autre. Nous devons combattre avec la dernière énergie toute forme de repli identitaire et de discrimination, fondée sur le genre, l’ethnie, la religion ou la région. Ces dérives dommageables à la cohésion sociale sont de nature à compromettre notre quête permanente d’unité nationale. » Les FDS surfent sur une belle dynamique actuellement. Les succès s’enchainent. Plus les Burkinabè seront unis, plus la résistance populaire sera efficace ; plus les boys seront ragaillardis et galvanisés sur le terrain. L’heure n’est donc pas aux discours exclusionnistes.

Jérémie Yisso BATIONO
Enseignant chercheur
Ouagadougou

Source : Minute.bf

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