Tasséré Kindo, international burkinabè : « Je pourrai dire non au Kenya si le Burkina m’appelle »

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Tasséré Kindo, international burkinabè : « Je pourrai dire non au Kenya si le Burkina m’appelle »

Lefaso.net : Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Tasséré Kindo : Je suis joueur professionnel en deuxième division aux Etats-Unis. Après trois saisons et demie, je suis en train de changer de club. A la première saison, mon club, New York Metro Stars, a terminé septième du championnat. Lors de la deuxième saison, j’ai pu montrer ce dont j’étais capable. J’ai terminé meilleur milieu de terrain, meilleur passeur et le club a été deuxième.

Comment se passe la saison en cours ?

D’abord la deuxième saison s’est bien passée parce que nous sommes arrivés en demi-finale de la United State Cup. C’est la première fois dans l’histoire du club. C’était aussi la première fois que le club terminait deuxième du championnat de D2.
Pour la moitié de saison que j’ai jouée, je peux dire que ce n’était pas bien pour nous. Beaucoup de joueurs étaient blessés. Le club s’est donc retrouvé à la douzième place sur vingt équipes. Grâce au travail de mes agents, j’ai eu des pistes en Europe. Il s’agit notamment de Cagliari, Udinese en Serie A italienne et Pescara en série B. J’avais aussi eu une piste avec Levante mais finalement elle a été annulée.

Pourquoi la liste Levante a été annulée ?

C’est à cause d’un malentendu entre les managers.

Comment es-tu arrivé dans le championnat américain ?

J’y suis arrivé par l’intermédiaire d’un ami. Après des centres de formation au Ghana et au Cap-vert, je suis venu en vacances au Burkina. C’est pendant ce temps que j’ai contacté l’ami qui est gardien aux Etats-unis. Il m’a dit que son club était à la recherche d’un joueur polyvalent. Ce qui me convenait bien puisque je joue presqu’à tous les postes sauf ceux du défenseur central et de gardien. Il a parlé de moi à son entraineur qui a demandé à me voir. Je suis allé faire le test et c’est ainsi que je suis arrivé dans le championnat américain.

Polyvalent oui, mais quels sont tes postes de prédilection ?

A Metro Stars, je joue comme milieu offensif ou défensif. Des fois, je suis utilisé comme ailier.

Entre Udinese, Cagliari et Pescara, quelle piste se précise plus ?

Udinese.

Pourquoi le choix de Udinese ?

C’est vrai que je pouvais choisir Cagliari. Mais j’ai opté pour Udinese parce qu’en regardant les matchs de ce club, je ne vois pas de meneurs de jeux comme Bertrand, Messi. Pourtant, mes spécialités sont la technique et la vitesse. Je ne vois pas un joueur pareil dans ce club. Le jeu là bas est plus physique et endurant. Donc si je travaille un peu mon physique et avec la technique que j’ai, je crois que je peux avoir une bonne place dans ce club et aller de l’avant.

Le choix de l’Italie est comme un choix par défaut car tu aurais préféré Levante en Espagne…
Si tout se passait bien, j’allais jouer à Levante.

Pour quelle raison ?

Parce que le championnat espagnol est, à mon avis, le meilleur. Dans les compétitions internationales, les clubs espagnols s’illustrent toujours bien. En Europa League, on a par exemple Seville. En Champions League, on voit toujours Real, Athletico, Barça. Ils s’imposent toujours plus que les clubs des autres championnats.

Dans ton parcours, tu as reçu la proposition de jouer pour le Mexique et le Kenya. Tu as préféré attendre d’être appelé à l’équipe nationale du Burkina. Pour un tel choix ?

Tasséré Kindo, international burkinabè : « Je pourrai dire non au Kenya si le Burkina m’appelle »D’abord j’aime le Burkina. Pour moi, jouer pour son équipe nationale n’est pas une occasion de se faire de l’argent. C’est un plaisir de défendre les couleurs nationales. Si je veux de l’argent, je dois plus travailler au club parce que c’est là bas qu’on gagne de l’argent. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas joué pour le Mexique.
La deuxième raison est que je devais jouer avec les cadets et participer à une compétition avec les juniors. Mais je n’étais pas sûr de jouer un jour dans l’équipe A. Sinon je pouvais accepter de jouer avec les petites catégories mais où vais-je aller après si je ne joue pas avec l’équipe A ?
Pour le Kenya, j’ai également eu des propositions pour jouer avec l’équipe nationale. Mais j’attends d’abord le Burkina.

La porte n’est pas totalement refermé totalement ?

Si le Burkina veut que je joue ici, je dirai non au Kenya. Pour l’instant je reste patient.

Jusqu’à quand ?

D’ici la CAN 2019.

Suis-tu l’actualité des Etalons ?

Oui. Je suis même en contact avec la Fédération, le Ministère des Sports, le staff technique de l’équipe.

Les Etalons sont troisièmes africains, ils ont manqué de peu d’aller au Mondial 2018, ils ont été battus récemment par le Kosovo. Es-tu au courant et qu’en penses-tu ?
Le fait de ne pas aller au Mondial, on ne doit pas leur en vouloir. C’est le football et la décision de la FIFA a eu un impact négatif sur le moral des joueurs. Quand tu n’es pas en confiance, en sport, c’est difficile voire impossible de faire des résultats positifs.
En ce qui concerne la défaite contre le Kosovo, c’était un match amical. L’entraineur avait de nouveaux joueurs à essayer et devait tester ses systèmes. On peut certes chercher des places dans le classement FIFA mais ce n’est pas le premier objectif des matchs amicaux. C’est fait pour préparer d’autres matchs plus importants.

Tu attends l’appel de l’équipe national. Quel pourra être ton apport au groupe ?

Je ne me dis pas fort. Si les médias s’intéressent à moi, je crois que je peux apporter quelque chose à l’équipe. Je suis un joueur. Et un joueur doit croire en lui-même. Donc je crois que je peux apporter ma part à l’équipe.

Tes postes, transposés à l’équipe nationale, sont ceux occupés par Alain Traoré, Charles Kaboré ou Préjuce Nakoulma. Penses-tu pouvoir les remplacer valablement un jour ?

Ce n’est pas un défi. Je ne suis pas pressé de les remplacer. Au contraire, je souhaite même avoir l’opportunité de jouer avec eux, d’apprendre avec eux et surtout profiter de leurs conseils. Je ne souhaite pas venir trouver qu’ils sont déjà absents. Je préfère les voir jouer, rester sur le banc et apprendre de leur savoir-faire.

As-tu déjà été contacté par le staff technique ?

Oui. Je suis en contact avec le staff technique.

Tu séjournes au pays pour un projet de centre de formation que tu comptes ouvrir. Peux-tu nous en parler ?

Tasséré Kindo, international burkinabè : « Je pourrai dire non au Kenya si le Burkina m’appelle »Je suis effectivement là pour l’ouverture d’un centre de formation. Ce sera l’un des plus grands sinon le grand centre en Afrique. Ce centre aura quinze managers internationaux qui se donnent pour ambition de faire partir au minimum 30 joueurs par an pour des testes en Europe. Ce sera un centre sport-études. Les jeunes vont également apprendre des métiers comme la soudure et la menuiserie.

Qui sont ces managers ?

Il y a le manager de Yohan Gourcuff, celui de Wakasso, mon manager et plein d’autres. On a aussi des liens avec la FIFA qui entend nous soutenir, Cagliari où je suis pisté est aussi prêt à nous soutenir. Disons qu’on a même signé. On est actuellement en discussions avec PSG.

Comment tu as eu l’idée de créer le centre ?

Au départ, le centre devait être implanté au Togo mais à cause d’un malentendu entre managers, la chance a souri au Burkina. Parce qu’un jour, j’ai dit à mon manager que j’envisageais ouvrir un centre au Burkina. Il m’a demandé si la procédure n’était pas compliquée. Je lui ai dit ce que je savais de la procédure. C’est là qu’il a dit que comme il y a eu un malentendu au Togo, si je voulais, ils allaient l’implanter au Burkina. C’est ainsi que le centre sera ouvert ici. C’est un groupe de managers qui veut faire ce centre et ils veulent embrasser tous les pays de l’Afrique francophone.

Comment se fera la mise en œuvre du projet ?

Les inscriptions ont déjà commencé. A Ouaga et Bobo, je crois que le nombre est déjà atteint. Mais les gens continuent d’appeler. Les tests qui devaient être faits par des entraineurs locaux étaient prévus pour Avril. Mais après, on a décidé d’associer quatre entraineurs européens dont deux Australiens et deux Espagnols qui viendront en juin pour le test.

Les travaux de construction du centre vont s’achever normalement en fin Aout. Ce sont des maisons préfabriquées, il suffira de les installer. La pose de la première pierre aura lieu la semaine prochaine (Ndlr, le mardi 10 avril 2018). Le centre va s’appeler African international soccer school academy (AISSA).

Le centre aura une capacité d’accueil de 200 joueurs. Mais nous allons recruter 150 cette année. Leur âge sera compris entre 12 et 22 ans. Une fois retenu, le joueur va payer 1,2 millions de francs CFA par an. C’était fixé à 3 millions mais vu qu’on a plusieurs managers et des soutiens, on a revu ces frais à la baisse. La somme comprend la scolarité, le logement, la sécurité, l’assurance, etc.

Les joueurs de 18 à 22 ans feront deux voyages dont un dans la sous-région et un autre dans le Maghreb. Ils iront aussi en Europe pour les tests. Ceux de 12 à 17 ans iront au Ghana, au centre de formation d’Abedi Pelé pour des stages.

Comment se fera l’administration du club ?

Nous avons mis en place un bureau. Nous avons des managers locaux différents des managers internationaux. Nous avons un directeur technique et son adjoint, un secrétaire général et son adjoint, un comptable et son adjoint et un superviseur. Le bureau est composé de jeunes burkinabè. Nous avons des conseillers qui sont pour la plupart d’anciens internationaux.

Plusieurs centres de formation existent déjà, qu’est-ce qui fera la différence de ton centre ?

Le fait déjà d’avoir 15 managers est une différence. L’ambition de faire sortir 30 joueurs par an, faire voyager des joueurs de 12 ans, recruter des joueurs jusqu’à 22 ans, constitue des différences. C’est qu’on ne forme pas un joueur de 22 ans mais on peut recadrer un joueur de 22 ans. On a décidé de faire ça pour pouvoir nous f aire remarquer.

Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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