Soudan du Sud : Le découpage administratif, pomme de discorde entre Salva Kiir et Riek Machar

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Soudan du Sud : Le découpage administratif, pomme de discorde entre Salva Kiir et Riek Machar

L’espoir de sortie de l’impasse politique au Soudan du Sud est encore renvoyé aux calendes grecques. L’un des points majeurs pour tourner la page triste de ce pays pour ouvrir la voie à la formation d’un gouvernement d’union nationale a été rejeté le 16 février 2020, par le leader Riek Machar. Il s’agit du nouveau découpage territorial proposé par le chef de l’Etat, Salva Kiir. Ce découpage, qui devrait permettre la création de trois zones administratives (Ruweng, Pibor et Abyei), constitue le point d’achoppement des deux camps.

Les espoirs des rebelles sud-soudanais de mettre un terme à la guerre civile ayant fait plus de 380 000 morts en six ans et provoqué une crise humanitaire catastrophique semblent être encore dans l’impasse. Or, la pression internationale sur Salva Kiir et Riek Machar leur avait permis d’aplanir leurs divergences en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale d’ici au 22 février. Mais, nouveau coup de théâtre, le chef rebelle Riek Machar vient de marquer son désaccord concernant le nouveau découpage territorial proposé par le chef de l’Etat, Salva Kiir. De ces trois « zones administratives », la région pétrolifère de Ruweng, dans le nord du pays, est au centre du contentieux.

Dans le cadre de l’accord, l’opposition avait demandé de diviser le pays en Etats. Une démarche suivie par le président Kiir. Il a annoncé que le Soudan du Sud serait désormais divisé en dix Etats pour répondre à cette demande clé de l’opposition. Ainsi, le président Kiir a relevé de leurs fonctions, les gouverneurs des 32 Etats fédéraux et a indiqué que la question des Etats serait définitivement réglée une fois le gouvernement formé. L’opposition a même salué l’annonce surprise de Salva Kiir avant de formuler des critiques sur la décision de faire de Ruweng, une région essentielle pour la production de pétrole, une « zone administrative ».

En effet, cette partie du pays est revendiquée à la fois par les Dinka, l’ethnie du président Kiir, et par les Nuer, celle de Machar. Elle a été l’une des régions où se sont déroulés les combats les plus rudes pendant la guerre civile. Pour le chef rebelle Riek Machar, la création de ces trois zones administratives risque de poser de nouveaux problèmes.

Il s’agit de la zone la plus riche en pétrole du Soudan du Sud et c’est justement du pétrole que le pays tire l’essentiel de ses revenus. Cette nième guéguerre semble encore avoir pour fondement l’ethnie, puisque dans le découpage, les deux camps ont pour préférence la zone Ruweng et de deux zones, Pibor et Abye.

Le Soudan du Sud, lorsqu’il a obtenu son indépendance en 2011, comptait dix Etats, conformément à sa Constitution. Et le président Kiir a porté le chiffre à 28 en 2015, puis ultérieurement à 32 ; un moyen pour augmenter le nombre de ses alliés à placer dans des postes de responsabilités.

Cette situation met en danger la formation du gouvernement d’union nationale prévue par l’accord de paix, qui avait pour date butoir le 22 février prochain. Espérons que les vieux démons de la guerre sauront raison gardée afin de permettre à la pauvre population de vivre dans une certaine inquiétude.

Issoufou Ouédraogo

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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