SNC 2016: Les récompenses passent de 750 000 à 1 million de F CFA

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La 18e édition de la Semaine nationale de la culture (SNC) se tiendra du 26 mars au 2 avril 2016 à Bobo-Dioulasso. Les préparatifs sont en cours et déjà, les compétitions pour la sélection des finalistes sont lancées. Dans cette interview accordée, le 12 janvier 2016, le directeur général de la SNC, Sidi Traoré donne une idée de ce que sera la biennale culturelle de 2016.

Sidwaya (S) : La prochaine SNC est prévue pour se tenir dans quelques semaines. Quel bilan faites-vous de la dernière édition ?

Sidi Traoré (S.T.) : C’est un bilan que nous avons jugé satisfaisant sur plusieurs aspects, même s’il y a des aspects sur lesquels nous n’avons pas rencontré la satisfaction souhaitée. En 2014, nous avions huit disciplines et ça s’est très bien déroulé. Dans la catégorie arts plastiques, nous avions quatre disciplines et il y a eu des œuvres de très belles factures. En littérature, nous avons eu des manuscrits de qualité et plusieurs d’entre eux ont été édités par les différents auteurs. Au niveau du concours d’art culinaire, la compétition était intéressante. Il y a eu des mets très originaux avec la valorisation des produits du terroir. Le sport traditionnel aussi s’est très bien déroulé et nous espérons que les champions de 2014 seront là en 2016. Par rapport aux autres aspects, notamment tout le volet festival avec les plateaux d’animations, la foire artisanale et commerciale, le village des communautés etc., je pense que c’est une édition qui a bel et bien marché. Nos points d’insatisfactions concernent un volet assez important que nous allons rééditer pour les éditions à venir : il s’agit du marché des arts qui n’a pas connu l’engouement que nous souhaitions. C’est un cadre de rencontre que nous voulons instaurer entre les créateurs burkinabè évoluant dans les domaines des arts du spectacle et des arts plastiques, avec des promoteurs culturels nationaux, mais également venant de l’extérieur afin que justement, des contacts puissent se nouer et que ces contacts puissent déboucher sur des prestations artistiques au niveau national, mais également à l’extérieur. Egalement concernant le volet financier, nous avions un déficit prévisionnel assez important que nous avons pu résorber en majeure partie grâce à des partenaires, des entreprises publiques et privées et des institutions, avec un apport qui se chiffre à 160 millions de FCFA. Malgré tout, nous n’avons pas pu couvrir l’intégralité du budget et on est ressorti de l’édition avec un déficit autour de 59 millions qui reste à toujours régler.

S : A quel niveau êtes-vous dans les préparatifs de la SNC 2016 ?

S.T. : Pour les préparatifs de la SNC 2016, nous avons essentiellement deux étapes. La première consiste en l’organisation des sélections régionales, c’est-à-dire des représentants des régions à la phase finale de la SNC. Initialement donc, cette étape devait se dérouler courant novembre 2015, mais malheureusement, compte tenu des évènements qui sont survenus en septembre 2015, il y a eu un report et nous sommes actuellement en plein déroulement de cette phase qui consiste en l’organisation de 14 semaines régionales. Toutes les régions sont concernées, mais compte tenu de la spécificité de la province du Houet, elle apparaît comme une région autonome. Nous avons donc 14 régions au lieu de 13 comme pour les régions administratives au niveau du pays. La seconde phase qui est la phase finale est prévue pour se tenir du 26 mars au 2 avril 2016. A ce niveau organisationnel, nous avons élaboré un document qui définit en fait le contenu des grandes activités. Ce document a été soumis à la validation du cabinet, et nous attendons la mise en place des nouvelles institutions pour poursuivre le processus de mise en œuvre à ce niveau-là.

S. : Quel est le thème retenu pour la SNC 2016 ? Pouvez-vous nous expliquer les motivations de ce choix ?

S.T. : C’est un thème qui sied au contexte actuel, parce qu’il vise à nouer la réflexion sur un aspect spécifique de la culture. Comme vous le savez en 2014 et en 2015, le Burkina Faso a traversé des périodes assez difficiles et nous avons identifié, après des concertations, un thème que nous pensons être assez porteur : il s’agit donc de « Culture et cohésion nationale ». Il consiste à mener une réflexion sur la contribution de la culture à la cohésion nationale. Je pense que grâce au ressort culturel que nous avons, et à l’intervention des dépositaires de nos traditions, grâce à tout ce qu’il y a comme mécanisme de régulation et de médiation au niveau de nos sociétés, nous avons pu juguler tout cela.

S. : Quelles sont les innovations pour l’édition 2016 de la SNC ?

S.T. : C’est la première édition post-transition et post-insurrection. Je pense qu’elle va déboucher sur des chantiers nouveaux, parce que depuis sa création en 1983, les missions de la SNC n’ont pas fondamentalement évolué, alors que l’environnement a beaucoup évolué. Le développement culturel en 1983 n’est pas le même que nous avons aujourd’hui. L’environnement institutionnel, politique et économique ayant changé, il s’agira de faire en sorte que la SNC puisse s’adapter à cette évolution, et évidemment, cultiver toutes les valeurs qui sont sorties de l’insurrection de cette transition. Les innovations peuvent se regrouper en trois grands volets : le premier volet c’est la professionnalisation des acteurs culturels. A ce niveau, nous avons introduit des dispositions dans le règlement, afin que les différents groupes artistiques qui participent à la compétition en arts de spectacle puissent se spécialiser. Avant, nous avions des groupes qui pouvaient prendre part à la compétition dans deux, trois, quatre, voire cinq disciplines, question de maximiser leurs chances de remporter un prix. Alors, nous nous sommes dit qu’il fallait que les groupes aillent vers la spécialisation pour développer au mieux leurs talents dans une discipline donnée. Ce qui fait qu’il n’y a plus la possibilité pour le même groupe ou les mêmes acteurs, de prendre part à la compétition avec plus d’un groupe ou dans plus d’une discipline. A cela nous avons allié une valorisation des prix. Les prix passent de 750 000 francs CFA à 1 000 000 de francs CFA. Parce que nous nous sommes dit que si nous les poussons à se spécialiser davantage, il faut faire en sorte qu’ils puissent tirer profit de cela. L’autre volet, c’est la promotion : là nous allons rééditer le marché des arts pour faire en sorte que les promoteurs culturels nationaux et étrangers viennent découvrir nos artistes, et que cela débouche sur des contrats de prestations artistiques. Après l’édition, nous entrevoyons mettre à la disposition des publics, des supports qui vont leur permettre de continuer à communier avec les artistes à travers des CD, des clips vidéos que nous allons réaliser. L’autre aspect des innovations, c’est essentiellement lié au site et à la programmation des activités. Il y a certains lieux d’activités qui vont changer. Notamment le village des communautés qui se tenait sur l’esplanade de la mairie centrale de Bobo, du fait de son état et de son exiguïté, va être délocalisé sur un autre site. Il en est de même pour le démarrage de la compétition qui aura lieu le premier jour, pour permettre à certains jurys d’avoir deux jours entiers pour délibérer. Nous prévoyons organiser d’autres activités telles que la nuit des partenaires pour remercier tous nos partenaires qui seront sur la SNC.

S. : Si ce n’est un secret, quel est le budget alloué cette année à la SNC?

S.T. : Au stade actuel des préparatifs, nous n’avons pas suffisamment de repère, de balise pour arrêter définitivement le budget. Mais en termes de prévisions, l’édition doit coûter autour de 680 millions de francs CFA. Habituellement, nous avons une dotation de l’Etat qui tourne autour de 450 millions de francs CFA. Nous sommes déjà en pleine réflexion pour pouvoir rationaliser l’utilisation des ressources, et faire en sorte que l’activité se passe dans les meilleures conditions. Nous comptons sur l’apport de nos partenaires traditionnels que sont les sponsors. Déjà nous avons approché un certain nombre d’entreprises avec lesquelles nous sommes toujours en discussion. Nous espérons qu’avec ces entreprises publiques et privées, les institutions et les ambassades, nous arriverons à combler ce besoin de financement qui tourne autour de 230 millions.

S. : Comment la SNC fera-t-elle des recettes au cours de cette édition?

ST. : La SNC est une direction centrale du ministère de la Culture. Elle mène évidemment des activités qui peuvent générer des recettes et pour cela, il y a une régie de recettes qui est créée au niveau de la direction générale de la SNC. Toutes ces recettes sont entièrement reversées au trésor public. Rien de ces recettes ne reste au niveau de la direction, cependant, nous recevons de l’Etat une dotation pour notre fonctionnement. Ces recettes sont constituées des frais d’inscription pour prendre part aux compétitions, des droits d’entrée pour les spectacles, des frais d’acquisition des stands et des apathams, des accréditations que nous délivrons pour les photos, et l’implantation des parkings.

S. : Quels sont les espaces de compétition dont vous disposez présentement ?

S.T. : La SNC en elle-même ne dispose pas d’espaces de compétition. Nous utilisons les espaces qui existent, qui appartiennent à d’autres structures. Les compétitions en arts et spectacles se tiennent habituellement au théâtre de l’Amitié. Il y a la Maison de la culture Mgr Anselme Titianma Sanou qui a été construite pour abriter les compétitions de la SNC. Elle accueillera la compétition en arts plastiques, et toute la compétition en arts du spectacle. Le sport traditionnel se déroulera au stade Wobi. L’art culinaire depuis quelques années se tient à l’ENEP de Bobo-Dioulasso.

S. : Actuellement, la devanture de la SNC est occupée par des commerçants. Que comptez-vous faire pour mettre fin à cette situation ?

S.T. : Cette situation perdure depuis un certain nombre d’années. Nous avons plusieurs fois attiré l’attention de la mairie par rapport à cela, mais jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de réponse. Mais chaque fois que nous avons des activités qui nécessitent l’occupation de la SNC ou de la devanture, ces camionneurs déguerpissent et dès la fin de l’activité, comme la règlementation n’est pas respectée, ils reviennent s’installer.

S. : Quel message avez-vous pour les compétiteurs ?

S.T. : Pour les compétiteurs participant à la Semaine régionale de la culture, ce que je peux leur dire, c’est de persévérer dans le vécu quotidien de leur culture. C’est vrai que c’est une compétition, mais l’important c’est que les communautés burkinabé perpétuent leur expression culturelle et leur tradition. Tout le monde ne pourra pas venir à Bobo-Dioulasso pour la phase finale. Pour ceux qui ne seront pas sélectionnés, ce n’est que partie remise, et nous espérons que la prochaine fois sera certainement la bonne. C’est l’occasion pour moi d’exprimer la gratitude de la SNC et des artistes du Burkina aux délégations spéciales régionales provinciales et communales qui depuis 2013, organisent de façon pratique les Semaines régionales de la culture, ainsi que les partenaires qui soutiennent la SNC. Nous avons encore besoin d’eux pour cette édition.

Interview réalisée par
Danoaga Dominique DIAPPA
Ramata Rose Sylvestre CONGO

Bayiri.com