Situation nationale : « Un gouvernement avec un bilan comme celui-là, la sanction du peuple doit être lourde », juge Pr Augustin Loada

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Situation nationale : « Un gouvernement avec un bilan comme celui-là, la sanction du peuple doit être lourde », juge Pr Augustin Loada

L’équipe dirigeante du Mouvement patriotique pour le salut (MPS), parti politique de l’opposition dont l’ancien président du Faso et ancien Premier ministre, Yacouba Isaac Zida est le président d’honneur, a animé une conférence de presse ce mardi, 12 novembre 2019 à Ouagadougou. Un véritable arrêt sur la situation nationale.

« La constitution du MPS, le 9 mai 2019, trouve son fondement dans la trajectoire inquiétante prise par notre patrie ces dernières années ; une trajectoire devenue un sujet de préoccupation non seulement pour les Burkinabè mais aussi pour les amis du Burkina Faso », a, en propos liminaires, rappelé le président du parti, Pr Augustin Loada. Puis, il plonge dans la situation nationale, notamment le volet sécuritaire.

« On entend aussi dire que nous serions tous responsables et coupables de la situation actuelle. Le MPS, en tant que parti politique porteur de valeurs démocratiques et éthiques, a le devoir de dire aux Burkinabè la vérité. A supposer que nous soyons tous responsables, la vérité c’est que certains de nos compatriotes le sont plus que d’autres. (…). Si la situation nationale avait été meilleure, si les Burkinabè vivaient en paix et en sécurité, certaines personnes s’en seraient attribué le mérite. Et pourquoi, quand rien ne va, personne ne veut prendre la responsabilité de ce qui nous arrive ? », charge le président du MPS.

En réaction à une préoccupation des journalistes sur la gouvernance, le conférencier s’est voulu sans ambages : « Objectivement, dans une démocratie normale, un gouvernement avec un bilan comme celui-là, honnêtement, la sanction du peuple doit être lourde. Qui a envie de revivre la situation dans laquelle nous sommes encore ? Ces gens ont fait ce qu’ils pouvaient, ils ont fait le maximum de ce qu’ils pouvaient. Une orange, vous la pressez n’importe comment, elle ne peut pas donner plus de jus qu’elle n’en contienne. Vous pressez et vous la jetez. Et ça, c’est le rôle du peuple ».

Selon les animateurs de la conférence, la situation nationale, en particulier celle sécuritaire, que traverse le Burkina « est grave et même très grave » depuis la fin de la Transition en novembre 2015. « Malgré le déni de nos gouvernants, l’autorité de l’Etat est en train de s’effondrer, et on assiste à l’extension de l’implantation physique des groupes armés, lesquels se superposent aux groupes criminels préexistants », dépeint l’ancien ministre de la Fonction publique, du travail et de la sécurité sociale, Pr Loada, s’appuyant ici sur les travaux de chercheurs sur ce sujet crucial.

Pour le MPS, dans ce contexte de mauvaise gouvernance, il ne faut pas s’attendre à ce que la gestion du secteur de la sécurité soit meilleure. Malgré le regard mitigé sur la gouvernance actuelle, le MPS affirme aux Burkinabè qu’un autre Burkina est possible. « Ceux qui disent qu’un Burkina meilleur n’est pas possible et qu’un autre leadership n’aurait pas pu faire mieux ont en réalité un parti pris, celui du conservatisme, de l’immobilisme, du statu quo. Non, il n’y a pas de fatalité. Mais il est clair que sans un leadership gagnant, il n’y a pas de victoire.

Des leaders transformateurs, il y en a pourtant au sein du peuple burkinabè qui dispose en effet de toutes les ressources, de toutes les compétences, de tous les talents nécessaires pour relever les défis qui lui sont posés à chaque moment critique de son histoire récente, que ce soit par le dialogue ou par la force », galvanise Pr Augustin Loada, principal animateur de la conférence de presse, premier du genre depuis son lancement.

L’opinion du MPS sur un éventuel report des élections

La phase des questions a embrassé plusieurs aspects liés à l’actualité. Ainsi, sur l’éventualité d’un report de l’échéance de 2020, Augustin Loada et ses camarades expliquent : « Les élections, c’est la pierre angulaire de la démocratie pluraliste. Quand bien même les élections ne peuvent pas épuiser toute la problématique de la construction démocratique, mais ce sont elles qui permettent de conférer la légitimité aux gouvernants ».

Pour le MPS, l’organisation des élections est donc un point très important. « C’est essentiel que les élections se tiennent au Burkina ; parce que si vous n’avez pas d’élections, cela veut dire que vous n’avez pas de légitimité démocratique. E plus, on risque d’ajouter de la crise à la crise ; parce que si à la fin du mandat de l’équipe dirigeante actuelle, les élections ne sont pas organisées, il va se passer que ceux qui sont au pouvoir n’ont plus de légitimité démocratique. Donc, ils n’ont plus aucun titre juridique, constitutionnel à ordonner des décisions dans ce pays-là ». Pour le constitutionnaliste, Pr Loada, le report des élections n’est pas une décision facile et serait une « grave décision » que de ne pas respecter les échéances fixées par la Constitution (qui est la volonté du peuple.

« Cela dit, on peut comprendre que des impératifs puissent permettre éventuellement aux gouvernants de reporter des élections. On l’a déjà expérimenté dans ce pays pour les élections législatives, mais on ne l’a jamais fait pour l’élection présidentielle. Pour moi, ce serait une grave décision qui ne devrait pas être prise à la légère. C’est une décision, si elle devait être prise, il faut qu’on en mesure les tenants et les aboutissants. (…). Si les conditions d’une organisation optimale ne sont pas réunies, il est important qu’il y ait un consensus au sein de la classe politique, au sein du peuple burkinabè, parce que, après tout, c’est le peuple qui choisit de se prononcer. Donc, si c’est une décision qui est conforme aux aspirations du peuple, le MPS a prévu n’y être pas opposé. Mais je dis, c’est une grave décision dont il faut mesurer les conséquences », relativise le président du MPS pour qui, il ne faut d’ailleurs pas opposer les élections aux questions sécuritaires.

« Il n’y a pas à dire que la question sécuritaire est prioritaire, celle des élections n’est pas prioritaire. Non ! Les deux sont nécessaires. C’est clair que s’il n’y a pas de sécurité, il n’y a pas d’élections. Mais, est-ce qu’on a fait la démonstration que c’est impossible de conjuguer nos efforts pour que ces deux impératifs-là soient pris en compte ? Je trouve donc que ce serait trop facile de dire que la question sécuritaire nous empêche d’organiser des élections. Ce sont deux impératifs dans un Etat de droit, que nous devons absolument conjuguer », souligne-t-il, insistant que sans élections, le pays entre encore dans une crise constitutionnelle et politique.

Le MPS, le retour de Blaise Compaoré et la question de la réconciliation nationale

« Je dois rappeler qu’il y a des enquêtes par sondages qui ont montré que la majorité des Burkinabè est favorable au retour de Blaise Compaoré. Mais je ne pense pas qu’il y ait eu des sondages pour dire aussi que les Burkinabè étaient favorables à l’impunité ! Nous l’avons dit dans notre discours de lancement du MPS, nous ne sommes pas opposés à ce que des Burkinabè qui ont quitté le Burkina Faso puissent revenir au pays. Nous avons dit tout simplement que parce qu’ils ont des droits, il faut garantir ces droits-là ; des droits constitutionnels.

Pour ceux qui ont à répondre à la justice, la présomption de l’innocence, le respect de la dignité humaine et le droit également à ce que leur cause soit entendue par une juridiction impartiale. Sous ces réserves-là, je ne vois pas qu’est-ce qui pourrait s’opposer à ce que des Burkinabè puissent rentrer au Burkina Faso », réagit l’ancien directeur exécutif du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), Augustin Loada.

Sur le volet relatif à la réconciliation nationale, le MPS estime que chacun doit faire un pas vers l’autre et avoir le sens de l’écoute de l’autre. « Bien -ûr, nous savons qu’il y a des fractures profondes qui traversent la société burkinabè. Mais, prenons les fractures les plus récentes ; ceux qui disent avoir été victimes de l’insurrection, est-ce qu’on a entendu ces personnes ? Bien sûr, nous avons les victimes qui sont considérées comme nos martyrs, ceux qui ont été blessés, ceux qui ont perdu la vie, auxquels nous devons bien entendu rendre un hommage. Mais si nous voulons la réconciliation nationale, nous avons le devoir aussi d’écouter ceux qui ne partagent pas nos points de vue et qui disent avoir été victimes ; vous savez très bien qu’il y a des gens qui ont vu leur maison incendiée, injustement ! Moi-même, personnellement, en rentrant chez moi, le 31 octobre (je crois), j’ai assisté impuissant à la mise à sacs de Joly hôtel », témoigne l’enseignant de droit.

De l’avis du Pr Augustin Loada, il y a des gens qui ont été injustement touchés et qui doivent être écoutés dans leur douleur légitime « sans, bien entendu, faire bon marché » de ce que des morts et des blessés ont été enregistrés à la faveur de ces évènements. « C’est comme cela que nous pouvons nous comprendre et nous pardonner mutuellement », parlant de ce qu’il a qualifié de fractures les plus récentes. « Ce que je dis, ça vaut également pour ceux qui ne pensent pas comme nous. On l’a vu également lors du procès (du putsch) ; il y a des acteurs du putsch qui ont refusé d’assumer leur responsabilité, des gens qui disent que si c’était à refaire, ils ne se seraient pas laisser faire. Ces gens aussi doivent comprendre que s’ils ne changent pas d’attitudes, la réconciliation va être difficile. C’est pour cela nous insistons pour dire qu’il faut que celui qui pense avoir raison puisse écouter également celui qui pense le contraire », recommande le président du MPS.

L’opinion d’un gouvernement d’union ou de large rassemblement

Le MPS ne pense pas qu’une telle parade puisse résoudre la situation dans laquelle se trouve ce pays. « Il n’y a pas de lien direct entre la constitution d’un gouvernement d’ouverture, national…et la situation problématique. Si on met en place ce genre de gouvernement, et que ce gouvernement se comporte exactement comme l’équipe dirigeante, vous pouvez être sûrs que nous allons nous enfoncer. Donc, ce n’est pas ça la solution », explique le conférencier, plaçant le dialogue politique national au même titre. « Ce n’est pas parce qu’on va dialoguer que la situation sécuritaire va s’améliorer. Donc, on a beau dialoguer aussi, si les mesures qu’il faut prendre pour venir à bout de l’hydre terroriste ne sont pas prises, il n’y aura pas l‘impact », a poursuivi le président du parti.

Le legs du gouvernement de la transition (dont nombre d’animateurs sont membres du MPS)

« Notre président d’honneur (Yacouba Isaac Zida) a dit qu’il a eu un entretien avec le nouveau président (Roch Kaboré, ndlr). Michel Kafando a aussi eu des entretiens avec le nouveau président. Et de toutes les façons, quand on conquiert le pouvoir, il ne faut pas prendre toute son énergie pour la conquête, il faut laisser une partie aussi pour la réflexion ; quand on va accéder au pouvoir, on fait quoi ? Les menaces sécuritaires, qui pouvait dire qu’il n’était pas au courant de ce qui se passait dans les pays voisins ? Et pourquoi croit-on qu’au Burkina Faso, on serait épargné, si nous ne montrons pas une capacité de résilience par rapport à ce qui arrive dans les autres pays voisins ? On nous dit que c’est parce que le RSP a été démantelé. Je pense qu’il faut avoir une lecture moins superficielle. Nous l’avons dit, c’est seulement une centaine de putschistes. Donc, il y a encore environ mille soldats aguerris au Burkina Faso, il me semble. Si ce n’est pas le cas, qu’on nous fasse le point ! Où sont passés toutes ces compétences, tous ces talents ? C’est la question que nous posons », confie l’ancien ministre. De son avis donc, il y a des problèmes structurels qui expliquent la situation actuelle, quand bien même dit-il admettre que la dissolution a affaibli une capacité opérationnelle quelque part. « Mais, les gens sont encore là. Ce ne sont pas les 1300 éléments qui sont enfermés, le reste est là. Où sont passés les autres, ceux qui n’ont pas été mêlés, qui sont, il me semble, dans les garnisons. S’ils sont à l’extérieur aussi, il faut qu’on nous le dise. C’est la question que nous devons poser au gouvernement », soutient Pr Augustin Loada.

Lire ici la déclaration intégrale :

Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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