Sit-in des avocats : Matinée de plaidoirie devant la MACO

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Sit-in des avocats : Matinée de plaidoirie devant la MACO

Des robes noires devant la Maison d’arrêt et correction de Ouagadaougou (MACO). Scène inédite dans la matinée du 20 mai 2019. Des avocats ont observé un sit-in en ce haut lieu de détention des accusés et des prévenus. Les auxiliaires de justice entendaient par cette démarche, dénoncer la paralysie du système judiciaire depuis quelques mois et plaider pour le respect des droits des pensionnaires des prisons, car, ont-ils soutenu, tout le monde est un prisonnier en sursis.

Assise au parking situé de l’autre côté du bitume, Adjaratou Zongo lance des regards lointains sur le mouvement en cours à la devanture de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Foulard bien noué et dégoulinant de sueur, elle est là chaque semaine depuis maintenant plus de deux mois, pour voir son fils Issaka Bonkoungou, 23 ans incarcéré. Peine perdue. Les gardes de sécurité pénitentiaire sont en grève et ont suspendu toute visite aux détenus. C’est la phrase qui lui est chaque fois opposée. « Je souhaite que les protagonistes s’entendent et trouvent une solution. Si chaque partie refuse et campe sur sa position, le pays n’ira pas bien », soutient Adjaratou Zongo.


Tout comme elle, les avocats ne peuvent voir leurs clients incarcérés, pour la même raison de grève des gardes de sécurité pénitentiaire (GSP) et autre acteurs de la chaine judiciaire. Et c’est pour dénoncer cette situation que ces auxiliaires de justice ont décidé d’observer un sit-in devant la MACO afin d’attirer l’attention de l’autorité. Sous un soleil qui a commencé à darder ses rayons, ils sont là.

« Non à une justice en panne », « Non aux détentions sans possibilité de visites », « Non aux détentions sans jugement », « Oui à un système judiciaire efficace, respectueux des droits humains », reprenaient en chœur les mécontents du jour, assis sur des chaises et sous les regards curieux et appuyés des passants.


Un sit-in d’avocats devant la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou, de mémoire de jeune journaliste, c’est bien la première fois que cela a lieu. Et foi de Me Ignace Tougma, chargé de la communication et de l’image publique du barreau, c’est un grand symbole pour les avocats de se réunir devant la MACO. « C’est le haut lieu de la détention des accusés et des prévenus. Lorsqu’on emprisonne quelqu’un et on empêche ses parents, ses amis de lui rendre visite, de lui donner à manger, de lui donner ses médicaments. Lorsqu’on empêche son conseil de communiquer avec lui, vous comprenez qu’il y a une violation grave des droits de ces détenus que nous dénonçons », a-t-il martelé.


Tous des potentiels prisonniers

Quant à Me Soumaïla Ouattara du cabinet Kéré, un des animateurs du sit-in, tout le monde sans exception est un prisonnier en sursis. « L’histoire récente de notre pays a démontré que nul n’est à l’abri d’une maison d’arrêt et de correction. Certains hier étaient des intouchables dans ce pays, qui décidaient de qui doit jouir de sa liberté et de qui ne doit pas en jouir. Ils ont fini par se trouver dans cette maison, dans cette grande université ».

Pour cette raison, il a soutenu que l’autorité doit comprendre que la paralysie du système judiciaire est un problème de société, de démocratie. « La tergiversation dans la résolution du problème du système judiciaire peut nous amener plus loin. Il est plus que jamais nécessaire, qu’au lieu de se chercher des faux fuyants (du genre les avocats ont des agendas cachés), de s’interroger sur les véritables raisons d’une détermination des hommes aux robes noires », ajoutera-t-il, tout en précisant que c’est leurs robes qui sont noires, sinon leur tête ne le sont pas. « Nous voyons ce qui se passe, nous anticipons et nous alertons. Nous demandons à ce que celui qui doit prendre ses responsabilités, prenne ses responsabilités », a poursuivi Me Soumaïla Ouattara.


L’une des raisons de la saute d’humeur des avocats, c’est la grève des gardes de sécurité pénitentiaire qui dure depuis des mois. L’assistant Léopold Belemkoabga, représentant du Syndicat national des agents de la garde de sécuritaire pénitentiaire du Burkina Faso (SYNAGSP) à la MACO nous confiera que les lignes ne bougent pas vraiment pour la résolution de leurs revendications. Le syndicat réclame, entre autres, le rétablissement des carrières de tous les GSP et la reprise des 10 révoqués.

Sur ce dernier point, le Conseil d’Etat a décidé le 8 février 2019 de la suspension du décret de révocation de 10 agents de la Garde de sécurité pénitentiaire (GSP). Ils avaient été radiés des rangs de la fonction publique le 14 novembre 2018 pour « commission de faute d’extrême gravité”. Avec la décision en leur faveur du Conseil d’Etat, le syndicat estime que les éléments doivent réintégrer les rangs. « Nous ne savons pas pourquoi le ministre n’a pas exécuté l’ordonnance de référé du juge. S’il voulait un apaisement, il pouvait le faire », clame L’assistant Léopold Belemkoabga.

Tiga Cheick Sawadogo

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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