Sermon de la prière de la fête de tabaski

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Sermon de la prière de la fête de tabaski

Que sa paix et son salut soient sur le Sceau des prophètes (Saw), sa famille, ses compagnons et les croyants, jusqu’au jour dernier.
La célébration de l’Aid El Kabir est un grand moment de souvenir et de reconnaissance à Allah pour ses multiples faveurs.
Elle couronne la pratique du 5e pilier qu’est le pèlerinage aux Lieux Saints et nous rappelle au souvenir d’Ibrahim, le patriarche, dont la figure emblématique illumine tous les itinéraires spirituels.
Un voyage vers Allah, pour se réconcilier, se purifier et apprendre.
Passer des jours et des nuits d’une intensité spirituelle sans égal, à Mina, déferler sur Moudzalifah, Prier et pleurer à Arafat, Courir pour Dieu entre Safaa et Marwa, se recueillir dans l’enceinte sacrée de la Kaaba.

Les rituels du Hajj avec la diversité de visages humains, où l’on prie, l’on pleure, l’on implore, l’on espère en Dieu, nous enseignent que le seul approvisionnement valable est la piété (Attaqwa) comme le proclame le Coran, ‘‘Habillez-vous des vêtements de la piété, ce sont les meilleures parures’’. Sourate 2
Assurément, toutes les stations du Hajj portent la marque de l’appel divin incarné dans l’appel d’Abraham (sourate Hajj).

La signification du hajj dans son aspect symbolique, correspond à ce voyage intérieur que nous sommes constamment censés entreprendre pour revenir à notre état primordial, à la réconciliation avec le Créateur.
Le pèlerinage, une leçon de renoncement aux biens de la vie ici-bas, aux soucis du quotidien, à la famille, … On s’y adresse à Dieu.

L’Etat de sacralisation (ihrâm) retranche le pèlerin de sa condition ordinaire pour le remette en harmonie avec celle de l’état primordial ; et la talbiya (réponse à l’Appel divin) formulée par le pèlerin vise précisément à renouveler le pacte primordial scellé entre Dieu et les hommes : « Ne suis-Je point votre Seigneur ? Ils dirent : oui, nous en témoignons »(Coran 7/172).

Le pèlerinage tout comme les autres piliers éduque les sens pour qu’ils fassent plus de bien que de mal et nous édifie que les cœurs et les âmes ont soif et faim de Dieu : seule la présence divine rassure et comble.
En ce jour de souvenir, celui qui est nommé le père des Prophètes nous inspire une belle leçon d’abnégation, de sacrifice et de renoncement.

Le Seigneur lui dit : « Je vais faire de toi un exemple à suivre pour les gens ». 2/125
Son itinéraire tout comme celui de tous ces prophètes nous montre que la foi signifie résister à soi, aux hommes et aux sociétés. Résister, se battre, lutter et tous les jours persévérer. Du haut des sept cieux, Dieu proclame : « Ceux qui luttent pour protéger leur foi, Nous les guiderons sur notre voie. Dieu est avec les bienfaisants », Coran 29 verset 70.

La première leçon est qu’il a vécu les épreuves : quitter son père, son pays, sa famille, être insulté être rejeté par son peuple, obéir au sens du sacrifice de son fils jusqu’à l’ultime limite.
Il entretient et développe, au fil de ses épreuves, un rapport de fidélité et de confiance avec Dieu. Celui-ci l’éprouve mais ne cesse de lui parler, de l’inspirer et de faire jalonner sa route de signes qui l’apaisent et le rassurent.

La deuxième leçon c’est que ceux qui déploient toutes leurs forces pour la cause de la vérité et la rectitude, placent leur confiance en Allah et lui confient toutes leurs affaires, obtiennent de Lui, soulagement et réconfort.
Il nous laisse un message : la foi veut aussi dire résister à soi, aux hommes, à la société. Résister, se battre, lutter tous les jours. ‘’Sois patient et que ta persévérance soit en Dieu’’ réconforte le Coran.

Les épreuves, les déchirures, les séparations, les douleurs, les joies, les sourires sont autant de leçons et d’enseignement sur la route de la foi et qui nous guident vers Dieu.
Ibrahim a cru de toute l’énergie de son cœur et n’a eu cesse de demander à Dieu de parler à son cœur ‘’pour que mon cœur s’apaise’’ 2/260 ; murmurait-il.

Il fut l’exemple de ceux qui portent la foi, ‘’l’ami de Dieu » choisi, élevé, et rapproché.
La fête du Sacrifice. Un signe, un souvenir, un rappel… Une leçon de persévérance et d’abnégation : on doit lutter de toutes ses forces pour réaliser son idéal et Dieu est avec ceux qui sont dans une posture optimiste. ‘Ne désespèrent de la miséricorde de Dieu que les incroyants’’. 12/87.

Abraham (AS) le père modèle, l’invocateur assidu et confiant, l’amoureux de Dieu, le patriote, autant de repères pour tous et toutes qui nous exhortent à développer une spiritualité citoyenne, c’est à dire, cheminer sur la terre de Dieu, avec ses signes, au profit de l’humanité et être un citoyen utile à toute la communauté.
Un hadith nous enseigne que « Toute la créature constitue la famille de Dieu et le meilleur d’entre vous est celui qui est utile aux humains »

Dans l’organisation du Hajj au Burkina Faso, des efforts louables ont certes été accomplis et ces avancées à saluer sont à l’actif des pouvoirs publics, des communautés et des agences. Il faut donc travailler à préserver les acquis.
Cependant, il faut scruter toutes les perspectives qui pourraient améliorer l’organisation, notamment la concurrence dans le choix du transporteur, (qui doit être anticipé d’ailleurs), l’exigence d’un encadrement de qualité à travers la formation des encadreurs et des pèlerins, etc.

Il nous apparait important d’exiger la reddition des comptes dans l’organisation du Hajj, à travers un bilan sans complaisance pour en tirer les leçons qui s’imposent.
Cela permettra de crédibiliser l’organisation et d’assurer la transparence, conformément aux exigences de sincérité de notre religion.
Les pouvoirs publics tout comme les autorités musulmanes doivent avoir la possibilité de sanctionner les défaillants.

Il faut appeler à plus de professionnalisme, car ce sont des prestations qu’on offre ; et l’Islam prône l’excellence, pas seulement dans le culte pur, mais aussi dans tous les aspects de la vie du croyant : tout doit te rappeler Dieu, c’est le sens de la sacralité.
Chers frères et sœurs, nous voyons que le parcours d’Ibrahim (AS) à travers le respect de ses concitoyens, la piété filiale, l’amour du prochain, la bonté, la discipline, nous révèle un croyant soucieux du bien-être de la communauté dans laquelle il vit et il s’engage dans un processus de réforme, pour savoir être avec Dieu et savoir vivre avec ses créatures.

Ainsi, il nous faut dénoncer avec force, les comportements inciviques qui prennent de l’ampleur dans notre pays et qui handicapent le développement.
Des retards aux services aux comportements à risques tels que l’usage du téléphone au volant ou encore l’excès de vitesse sur nos voies, les actes de corruption, les paroles obscènes tant chez les plus âgés que chez les jeunes, la destruction des édifices publiques, la défiance à l’autorité, etc. La liste est aussi longue.

Il faut donc appeler les burkinabé à un changement de comportement tant dans les faits, gestes que dans les mentalités en vue de réinstaurer l’éthique, la morale et la discipline pour se concentrer sur les véritables chantiers du développement et aussi mériter l’appellation ‘’Pays des hommes intègres’’.

En cela, les croyants doivent se référer aux enseignements du prophète (SAW) à propos du comportement du citoyen musulman dans la cité : être des modèles.
C’est cette dimension de la foi citoyenne qui nous conduit à nous préoccuper de la situation sécuritaire de notre pays, frappé de plein fouet depuis un certain temps par des groupes terroristes semeurs de discorde et de terreur dans nos localités.

Du centre au Sahel passant par le Nord et l’Est, cette hydre continue d’endeuiller des familles.
Quelques soient les moyens techniques, l’armement, la performance des services de renseignements de nos Forces de Défense et de Sécurité, quelque soit le dévouement de nos vaillants combattants, le Burkina Faso ne pourra jamais arriver à bout de cette hydre assoiffée de sang d’innocents, sans l’accompagnement et la collaboration de tous.

Nos prières accompagnent nos Forces de Défense et de Sécurité et notre compassion aux familles endeuillées.

Le Burkina Faso a besoin d’hommes et de femmes loyaux et compétents pour promouvoir le vivre-ensemble et un développement harmonieux et partagé.
Le Burkina Faso a besoin de véritables hommes d’Etat qui ne pensent pas seulement aux élections, mais aussi et surtout aux générations à venir.
Cette exigence qualitative induit que notre système éducatif soit en perpétuel progrès.
Aussi, invitons-nous les différents acteurs de la vie universitaire, à engager les actions fortes en vue de normaliser le déroulement des années académiques dans les universités publiques.

De la part des gouvernants, une meilleure gestion des deniers publics, une plus grande attention aux couches défavorisées, qui ressentent plus une exigence de solidarité, une hiérarchisation des priorités pour ne pas gaspiller les maigres ressources dont nous disposons.

Ils devront être attentifs aux défis liés à la sécurité alimentaire, la réduction de la pauvreté, le chômage des jeunes, les conditions d’études de plus en plus dégradantes dans les universités, le récurrent déficit énergétique, la corruption, la préservation de la paix et de la cohésion sociale, la protection des libertés publiques et le respect des différences.

En un mot, promouvoir une gouvernance politique, institutionnelle, administrative et économique vertueuse.
C’est également le lieu d’interpeller les populations musulmanes à une participation citoyenne de qualité, en étant présent partout.
Tout ce qui concerne la vie du pays doit intéresser le musulman.
Notre foi induit une responsabilité vis-à-vis de Dieu, mais aussi des hommes.
Notre identité musulmane et notre statut de communauté exemplaire (Coran 3 :110) nous invite à la visibilité de l’engagement citoyen.

Si la foi est véritablement une lumière, qui guide, éclaire, illumine, montre le chemin, protège des déviations dans l’obscurité, cette foi doit donc faire de nous des combattants de tous les défis et des instants.

‘’Sois bon comme Dieu l’a été à ton égard’’ proclame le livre sacré.

Notre foi, notre éducation, nos adorations nous préparent à nous rendre utile à tous. C’est pourquoi le message de l’Islam est appelé An-Nour (la lumière) Al Houda (la direction), Ar-Rahmah (la miséricorde) Al Fadl (la grâce), As-Salam (la paix).
Le musulman doit s’efforcer dans sa vie quotidienne de refléter ces attributs et d’être pour tous ce que Dieu a placé autour de nous, une lumière et une miséricorde.

Pour l’Islam, porter la foi, c’est assumer une responsabilité devant Dieu et devant les hommes et Vivre une foi des finalités ; qui fait sortir ‘’des ténèbres vers la lumière.
C’est cette spiritualité citoyenne qui fonde l’engagement de l’AEEMB et du CERFI dans la formation spirituelle des musulmans et dans des projets à caractère socio-éducatif (écoles, centres de santé, centres culturels, …).

Ils sont nombreux, ceux qui dans la discrétion, d’hier à aujourd’hui, par leur apport multiforme, ont fait de l’AEEMB et du CERFI, ce qu’elles sont aujourd’hui.
A tous et à toutes, Allah L’exalté saura trouver la juste récompense ici et là-bas.
Ensemble, nous espérons poursuivre cette noble ambition, qui se renouvelle de génération en génération : offrir à notre nation, des hommes et des femmes de foi, qui parce qu’ils ont intégré le divin dans leur quotidien, se mettent au service des autres, grâce à une spiritualité citoyenne.

Le meilleur, sans nul doute est à venir, grâce à Allah et à votre présence et votre soutien.
A cet effet, nos structures espèrent toujours bénéficier de votre soutien pour ses ambitieux projets dans les différents domaines.

Dans cette quête de bien-être, comment ne pas être solidaires de tous ces peuples, à la recherche de la paix et d’une stabilité durable (Egypte, Syrie, Irak, Somalie, Yémen etc.)
Nos prières et invocations accompagnent toutes les populations qui vivent dans l’insécurité, les crises sociales, l’injustice.

Ces mêmes élans de solidarité et de compassion sont pour le peuple palestinien qui vit toujours le martyr et l’injustice au quotidien, dans une indifférence sélective.
Que le dialogue israélo-palestinien au point mort, puisse reprendre et apporter réconfort et paix à cette partie du monde, berceau des plus importants itinéraires spirituels ; et que la paix et a justice règnent dans le monde entier.

DEUXIEME PARTIE

En ce jour de souvenir et de gratitude, nous devrions avoir une pensée pieuse pour tous ces hommes et femmes éprouvés et leur témoigner notre compassion et notre solidarité.
Certains ont perdu leur emploi, traînent des maladies, sont orphelins, d’autres endettés, pleins d’angoisses, vivent dans la misère et la pauvreté, la peur et désespèrent souvent de la vie et des hommes.

A tous, nous devons rappeler qu’il faut lutter de toutes ses forces pour réaliser son idéal et Dieu est avec ceux qui sont dans une posture optimiste.
Dieu n’oublie personne et sa Miséricorde est plus grande que toute chose « Il s’est prescrit la miséricorde », dit le Coran, sourate 7.
Dieu est à proximité : « Certes, Je suis proche. Je réponds à l’appel de qui m’appelle » 2/186.

Dieu nous invite à avoir le lien permanent avec lui : ‘’Ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu et Dieu fît qu’ils s’oublièrent eux-mêmes’’. (Coran 59 : 19)
Pour maintenir notre cœur éveillé et attentif, Dieu a fait de nous, une communauté de souvenir : cinq fois par jour, un cœur présent à travers la prière ; chaque vendredi, un bilan hebdomadaire ; une fois dans l’année au mois de Ramadan, le retour à lui pour nous recharger spirituellement ; répondre à son appel, une fois dans sa vie en allant aux lieux saints.

Chaque jour, à chaque instant, le cœur du croyant ne peut que désirer Dieu.
Habillons-nous des vêtements de la piété, ce sont les meilleures parures, dit le Coran.
Le mystique Hassan Basri disait à son disciple : « Un homme n’est qu’un ensemble d’heures, de jours et d’années ; prends garde à ne pas être consommé par le temps ». Chaque jour qui passe est une partie de notre vie qui s’en va, multiplions alors nos bonnes œuvres pendant que notre vie diminue.
La fête ne doit pas nous conduire à faire ce qui est interdit par Allah, notamment dans la consommation de l’illicite.

Nous devrons rester dans le strict respect des prescriptions, comme nous l’a enseigné justement le mois de Ramadan et faire preuve de solidarité autour de nous, en partageant le repas aux plus démunis.
Puissent les jours et années à venir, nous offrir une gradation dans l’échelle de rapprochement avec Dieu !

Que les instants à venir nous apportent à tous la joie et le bonheur, dans nos familles et dans la nation !
Qu’ils nous procurent la joie d’être en compagnie des gens qui nous font aimer Dieu, qui partagent avec nous leur amour de Dieu et qui veulent nous faire connaître le vrai bonheur, celui d’être parmi les bien-aimés de Dieu, ici et demain !
Qu’Allah nous guide, nous protège et nous comble de sa grâce !

Bonne fête d’Aid El Kabir à toutes et à tous !

Lefaso.net