Sécurité informatique : 80% de comportement social et 20% de technologies

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Ils veulent du changement dans leurs pays respectifs, sur le continent africain et le reste du monde. Et sur un continent où le souhait de parvenir au changement est souvent source d’ennuis pour les citoyens engagés, réunis au sein Africtivistes, la ligue des blogueurs et cyber-activistes africains pour la démocratie, ils comptent former en cybersécurité plus de 500 journalistes et acteurs des médias de la société civile dans 10 pays de l’Afrique de l’Ouest pour atteindre le but.

Le programme Afrique média cybersécurité lancé en juin est dédié à Anna Guèye, membre fondatrice,  « une personne qui était très spéciale » pour les Africtivistes. Jusqu’au 26 janvier, les participants au programme seront outillés dans les locaux de Sira Labs, un incubateur avec pour cœur de métier « la transformation digitale » et la construction d’un écosystème nécessaire pour le développement des PME.

Le Dr Cyriaque Paré, enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication, produit de « l’époque traditionnelle » avec une formation classique de journalisme est un des participants. Le fondateur du site d’informations lefaso.net ne doute pas de l’utilité d’une telle offre de formation. Et pour cause. « Les questions de sécurité demeurent. Lefaso.net même a été plusieurs fois attaqué. La dernière attaque grave remonte à 2014. Chaque jour nous sommes confrontés à des attaques ».

Blackout. Dr Paré a encore en mémoire les tentatives de restriction d’accès à Internet en fin 2014 alors que le pays était en ébullition en raison de la modification constitutionnelle qui n’aura finalement pas lieu. Même scénario l’année d’après en septembre 2015. « Il a fallu du génie pour continuer à se connecter, à naviguer. En 2015 pire. On a même été jusqu’à tirer sur des appareils de l’ONATEL espérant interrompre les communications parce que ceux qui étaient derrière le coup d’Etat avaient compris que si Internet était une puissante arme qui pouvait entraver leur dessein »,  se remémore-t-il.

Menaces. Les Africtivistes ne minimisent pas les risques qu’il y a à manifester sa « faim pour la démocratie », à « dénoncer une situation qui était dommageable à l’intérêt général». La plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) non plus. D’où le partenariat « naturel » entre les deux structures. Les citoyens, les employés qui dans le cadre de leurs activités professionnelles tombent sur des faits délictuels ou criminels qui nuisent à l’intérêt général ne sont pas à l’abri d’intimidations, de menaces, d’arrestations, d’emprisonnement.

« Ces gens qui prenaient par devers eux la responsabilité de dénoncer une situation qui était dommageable à l’intérêt général se retrouvaient dans de grandes difficultés, victimes de représailles, parfois au risque de leur vie, ils n’étaient pas du tout protégés », réalise Charles Sanchez, coordinateur à PPLAAF.

Se former, « dénoncer avec les moyens dans le bon sens »

 « Il y a beaucoup de menaces, de censures sur le réseau Internet, les réseaux sociaux », analyse Peter Nkanga dAfrictivistes (Nigéria). Parce qu’il y a des cas d’attaques au Burkina, avec le coordonnateur Cheick Fall, Cyriac Gbogou et Cheick Oumar Ouédraogo, tous des avertis de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication, les Africtivistes sont à Ouagadougou pour apprendre comment faire pour aider, encourager et donner le soutien aux journalistes, aux blogueurs, aux cyber-activistes burkinabè.

Sécurité informatique : 80% de comportement social et 20% de technologies
Les participants de Ouagadougou à la formation Afrique média cybersécurité © Bonaventure Paré

La formation est certes essentielle mais, la sécurité informatique c’est 80% de comportement social et 20% de technologies détaille le Dr Cyriaque Paré, qui conseille d’ « intégrer dans nos comportements un certain nombre de règles pour nous protéger des dangers qui vont avec ce que nous faisons ». En observant ce minimum,  notamment le respect de la loi, parce que « Internet n’est pas une zone de non droit », le citoyen utilisateur d’Internet évite ainsi de « prêter le flanc ». Son conseil : « il faut certes exercer son droit d’expression, mais il faut le faire dans les règles de manière à être irréprochable». 

La lecture de Charles Sanchez de PPLAAF est sans appel. « On est sûr au niveau de PLAAF que ça (protection des lanceurs d’alertes ndlr) va être un des gros enjeux des années à venir. Il y a un progrès technologique phénoménal mais en même temps, la démocratie n’a jamais été autant charriée, défiée. Il y a une résurgence aujourd’hui d’une forme d’autoritarisme qui est de retour ».

Cyriac Gbogou, arrêté en 2013 parce qu’il voulait « juste aider avec d’autres amis (affaire drame du Plateau) des familles à retrouver leurs parents » s’en souvient comme si c’était hier. Il déplore qu’ils aient été « mal compris » lors de leur intervention et que les autorités aient cru qu’ils voulaient leur « barrer » le chemin parce qu’elles faisaient de la rétention d’informations.  

Les Africtivistes veulent aider les femmes et hommes qui font le changement ou qui seront les moteurs du changement. Parmi ces acteurs figurent les journalistes. Le coordonnateur Cheihk Fall dit croire « fortement que le changement va venir de l’information qui va être accessible, lisible et exploitable » par les citoyens africains.

Affilier à ceux qui veulent forcément faire descendre des pouvoirs ?

« Ce n’est pas notre but », a tenu à préciser Cyriac Gbogou, l’un des formateurs. Les Africtivistes ne sont « pas que des cyberactivistes juste pour dénoncer pour dénoncer ». Ils font leur dénonciation « avec les moyens [qu’ils ont] dans le bon sens ». « Notre but, a décliné l’ingénieur,  c’est qu’on veut du changement dans nos pays, en Afrique, dans le monde ».

Oui KOETA

Burkina24

     

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