Réforme préélectorale au Bénin: Patrice Talon dans le feu des critiques

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« Il est normal en démocratie, que dans un Parlement, les uns soutiennent le gouvernement et prennent fait et cause pour lui. Tout comme il est normal que les autres, ceux de l’opposition, critiquent, dénoncent, fassent des contre-propositions», a désamorcé Adrien Houngbédji, du haut de son perchoir pour son discours de rentrée parlementaire. Jusqu’au jeudi 12 avril, dans un contexte préélectoral, les 83 députés de l’Assemblée nationale devraient entamer l’examen des lois dont une des plus importantes concerne le code électoral.

A une année des législatives de 2019, l’ancien palais des gouverneurs de Porto-Novo, devenu le siège de l’Assemblée nationale devrait être le théâtre de quelques pics et phrases assassines entre les supporteurs et les détracteurs du pouvoir.

Si l’on ajoute à cela, l’ouverture des questions au gouvernement dès jeudi dans une atmosphère sociale précédemment marquée par une grève générale et des «crimes rituels sur des enfants», tous les ingrédients sont réunis pour une ambiance électrique qu’Adrien Houngbédji a voulu désamorcer dans son discours de la reprise de la session parlementaire.

Ambiance de réforme préélectorale à l’Assemblée

Outre la réforme du code pénal, les 83 députés de la 7ème législature devraient examiner des dossiers brûlants comme la parité au sein de l’institution ou encore le code électoral, le tout au moment où les concernés se projettent déjà sur l’échéance de renouvellement de l’hémicycle. L’opposition qui ne détient que 21 sièges veut remonter la pente pour peser au niveau de l’Assemblée nationale, tandis que le nouveau parti de Sébastien Ajavon ambitionne de montrer son poids politique.

Mais pour les sessions qui se tiennent jusqu’à jeudi, la Cour constitutionnelle a renvoyé devant l’hémicycle des dossiers pour lesquels Adrien Houndgbédji ont été épinglés pour non-respect de la constitution. L’Assemblée nationale a en effet pris du temps pour désigner des députés devant siéger au Conseil d’orientation et de supervision de la Liste électorale permanente informatisée (Cos-Lépi). Cet organe est chargé de la révision et de la réactualisation du fichier électoral béninois avant les élections.

« Je nous exhorte donc à nous exécuter. Sans débat. La guerre des institutions n’aura donc pas lieu ici. Il nous arrivera bien sûr, à vous et moi, simples législateurs, de nous tromper dans notre approche des textes, ne pouvant deviner a priori l’approche de ces mêmes textes par le juge constitutionnel. Admettre que nous ne sommes pas infaillibles est un signe de grande sagesse », a fait savoir le président de l’Assemblée lors de la séance inaugurale en présence des présidents des parlements togolais, burkinabé et nigérien.

Une réforme peut en cacher une autre ?

Ce retard rattrapé, les parlementaires devraient notamment se pencher sur la réforme du code électoral qui s’appliquera non seulement pour les législatives de 2019, les municipales de 2020 mais aussi la présidentielle de 2021. Selon des indiscrétions, le retard dans le renouvellement du Cos-Lépi serait dû au fait que le pouvoir envisagerais de chambouler l’organisation des instances impliquées dans l’organisation des élections.

Cette réforme ramènerait le Cos-Lépi à un statut de partenaire périphérique dans un processus électoral qui acterait la prédominance du ministère de l’Intérieur. De même, avec une exhortation des partis à réécrire leur charte, l’Assemblée nationale devrait limiter le « pluripartisme » à outrance qui fait que le Bénin compte pas moins de 250 partis.

Vent debout, l’opposition dénonce une injection à petites doses du contenu de la réforme constitutionnelle avortée de Patrice Talon dans l’ordre juridique, sous forme de lois proposées par des députés acquis au pouvoir. Les débats s’annoncent houleux dans l’hémicycle. « Il me faut en parler pour prévenir les débats passionnés qui pourraient s’instaurer ici, soit qu’on approuve soit qu’on désapprouve. L’effet le plus évident d’un tel débat, serait d’ouvrir les hostilités entre institutions, facteur de déstabilisation de notre jeune démocratie », prévient le président du parlement. A-t-il seulement convaincu une opposition qui semble lui répondre : une réforme peut en cacher une autre.

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