Recrutement d’étudiants pour l’enseignement : « Populiste et électoraliste », selon Léonce Zagré

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Ce samedi 5 mars 2016, Burkina 24 a joint Léonce Zagré. Il est le Secrétaire national à la jeunesse, président de l’Union nationale des jeunes de l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Il est par ailleurs député à l’Assemblée nationale. Dans cette interview, Léonce Zagré revient sur la mesure de recrutement de jeunes au profit du ministère en charge de l’enseignement, la problématique des Kolgwéogo et la naturalisation de l’ancien président du Faso, Blaise Compaoré.

Burkina 24  (B24) : Une politique de recrutement massif de titulaires d’un diplôme universitaire, Bac + 2 au profit du ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation a été lancée. Quelle analyse faites-vous de cette mesure gouvernementale ?

Léonce Zagré (L. Z.) : Vous savez qu’aujourd’hui, le peuple burkinabè est à majorité jeune et la question du chômage est très préoccupante. Je pense que c’est l’une des raisons qui a prévalu  à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. Dans ce sens, il aurait été mieux de penser très sérieusement ce volet emploi des jeunes.

Les mesures prises lors du dernier conseil des ministres, nous reconnaissons un tant soit peu que cela peut contribuer à résorber la question de l’emploi. Mais ce sont des mesures à court terme et qui comportent des risques.

Pour le recrutement d’enseignants d’un  niveau Bac + 2, il y a des jeunes qui se sont formés dans des écoles de formation, notamment les ENEP. On aurait déjà dû commencer par s’occuper de ces jeunes. Quand vous prenez aussi le volet des agents communautaires, on avait déjà le bénévolat. C’est vrai qu’à ce niveau, il n’y a pas eu assez de détails, mais il faudrait travailler à tenir compte de ce bénévolat.  

Pour résoudre le problème de l’emploi des jeunes, il faut prendre en compte trois secteurs pourvoyeurs d’emplois. Il y a le secteur public, le secteur privé et surtout l’auto-emploi.

B24 : Vous avez tantôt parlé de risques. Pouvez-vous y revenir avec plus de détails ?

L. Z. : Les risques sont surtout liés au fait qu’en réalité, ces mesures que nous jugeons populistes tendent à endormir sérieusement les jeunes parce qu’on pense être en train de résoudre le problème de l’emploi de la jeunesse mais en réalité, ce sont des mesures populistes parce que la fonction publique ne peut pas résoudre les problèmes de l’emploi.  

Ce sont ces mêmes mesures qui ont été utilisées pendant 27 ans.  Au lieu de traiter la question de l’emploi, on trouve des mesures palliatives où les gens applaudissent en un temps record et après on retombe dans de sérieux problèmes.

Il aurait fallu que le Premier ministre, dans sa déclaration, nous dise ce qu’il compte mettre en œuvre pour accompagner les jeunes dans leur quête d’emploi. En plus du secteur public, qu’est-ce qu’il compte faire dans le secteur privé et dans l’auto-emploi.

Recrutement d’étudiants pour l’enseignement : « Populiste et électoraliste », selon Léonce Zagré

Léonce Zagré trouve « dommage » la naturalisation de Blaise Compaoré – ©Burkina 24

Aussi, nous sommes en période électorale et rien ne dit que la précipitation avec laquelle on avance dans la mise en œuvre de la question de l’emploi, surtout en ce qui concerne le recrutement des agents communautaires, ne soit en rapport avec des visées électoralistes.

B24 : Lors de la rencontre entre le Premier ministre et les syndicats, expliquant cette mesure, Paul Kaba Thiéba a parlé d’une formation de six mois pour les recrutés avant leur injection dans l’enseignement. D’aucuns y voient un danger pour la qualité de l’éducation. Qu’en pensez-vous ?

L. Z. : C’est un risque pour le système éducatif. Vous savez que les encadreurs pédagogiques par leur quête d’amélioration de la qualité de l’enseignement, plaident pour avoir plus de moyens financiers pour plus renforcer la compétence des enseignants.

Pour des enseignants qui sont formés un an et d’autres deux ans, ce que les encadreurs pédagogiques trouvent insuffisant, et on se retrouve à former des gens pour 6 mois, je trouve qu’on risque fort bien de baisser le niveau de l’enseignement au Burkina.

B24 : Sur le volet sécuritaire, il y a la présence controversée des Kolgwéogo. Quel est votre avis sur le sujet ?

L. Z. : Ce sont des regroupements qui existaient bien avant. La question sécuritaire, c’est une des missions régaliennes de l’Etat. Il lui revient d’assurer la sécurité des citoyens. Et si vous voyez qu’il y a des groupes d’auto-défense, c’est parce que quelque part, il y a quelque chose à reprocher à l’Etat.

Il faut peut-être poser la question de savoir qu’est-ce qui amène ces groupes à s’organiser pour s’auto-défendre ? Il est temps que l’Etat ait un regard sérieux sur la question sécuritaire. Le gouvernement parle d’organiser les kolgwégo. Nous jeunes de l’UPC, on se demande comment cela va se faire ? Du peu que je sais de ces organisations, elles interpellent, auditionnent et sanctionnent. Là, ce sont déjà des missions régaliennes de l’Etat.

Si on n’arrive pas à nous situer sur le rôle exact de ces kolgwéogo, à un certain moment, on aura des difficultés à les cadrer.

B24 : Mais êtes-vous pour ou contre l’existence des Kolgwéogo ?

L. Z. : Pour ou contre, là n’est pas la question. C’est le pourquoi de leur existence qui est le plus important. Qu’est-ce que l’Etat a fait pour que ces groupes d’auto-défense puissent prospérer et s’imposer sur l’échiquier national ? Tant que l’Etat ne prend pas ses responsabilités, qu’on soit pour ou contre, il sera difficile de les réguler.

B 24 : Blaise Compaoré naturalisé ivoirien, quelle a été votre réaction à cette information ?

L. Z. : Personnellement, j’étais désagréablement surpris d’apprendre que l’ex chef d’Etat burkinabè, en l’occurrence Blaise Compaoré ait été naturalisé ivoirien. Je ne connais pas les raisons qui ont poussé l’ex-président Blaise Compaoré à prendre la nationalité ivoirienne, mais je pense personnellement, que c’est dommage.

B 24 : Pour les raisons, d’aucuns estiment que c’est pour échapper à la justice de son pays…

L. Z. : Je ne pense pas que le fait de prendre la nationalité ivoirienne puisse lui faire échapper à la justice. Que ce soit la justice burkinabè ou la Cour pénale internationale, un jour ou l’autre, quelle qu’en soit sa nationalité, il  répondra.

Propos recuellis par Yannick SAWADOGO

Burkina

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