RDC: grand ménage au sein de la magistrature

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Hasard du calendrier ? Le grand ménage au sein de la magistrature et le resserrement des rangs dans la majorité présidentielle surviennent au même moment.

D’abord, dans le domaine de la justice, Joseph Kabila, le président congolais, a signé dimanche dernier une série de 12 ordonnances ordonnant la démission d’office ou volontaire de plus de 250 magistrats civils et militaires.

« Sont concernés, précise le site d’information congolais Direct CD, plusieurs catégories et fonctions de magistrats allant des conseillers aux juges permanents en passant par les juges d’instance, les juges de paix, les juges pour enfant, les procureurs et substituts de procureur, etc. Ces mesures, qui constituent en fait des révocations, font suite à une enquête menée au niveau du ministère de la Justice, avec le Conseil supérieur de la magistrature, suite au constat de l’intrusion, au sein de la magistrature, de plusieurs personnes n’ayant pas qualité d’y prester ou s’étant distinguées par des antivaleurs. »

Et Direct CD d’évoquer « le cas d’un préposé aux archives de l’Université de Kinshasa qui, pendant plusieurs décennies, distribuait des faux diplômes à des personnes qu’il prenait le soin d’inscrire dans les registres réguliers des vrais diplômés de la faculté de droit. »

La MP passe à l’offensive

Parallèlement, donc, Joseph Kabila a décidé de resserrer les rangs de la Majorité présidentielle.

D’après un député proche de la MP, cité par le site d’information congolais Actualité CD, « dans tous les cas, la configuration actuelle de l’échiquier politique national est appelée à disparaître. Les enjeux ne sont plus les mêmes. Nous ne sommes pas en 2006 ou en 2011. Kabila est conscient qu’il lui faut un sérieux travail de lobbying pour renforcer son camp. Il est certain que la majorité actuelle est appelée à évoluer dans ses ambitions et dans sa configuration. »

Actualité CD poursuit : « parmi les proches de Kabila, beaucoup estiment qu’il faut rapidement répondre à l’offensive de Moïse Katumbi qui a (récemment) publié les noms des animateurs de sa formation Ensemble pour le changement, avec notamment des transfuges de la MP et de l’UNC. La main tendue par Félix Tshisekedi aux députés ex-UDPS n’est pas non plus passée inaperçue. Aussi, le rapprochement (ou du moins les impressions de rapprochement) constaté parmi les membres de l’opposition interpelle. »

Comment rempiler?

Alors quel est le but du président congolais ? Pour Le Potentiel à Kinshasa, il est clair que « Joseph Kabila ne serait pas prêt à rendre le tablier. Il va se battre jusqu’au bout. (…) Le chef de l’Etat veut dissuader tous ceux qui envient son siège présidentiel : il ne lâchera pas de sitôt. »
L’hypothèse la plus plausible, poursuit Le Potentiel, est « l’intention de l’autorité morale de la Majorité présidentielle (donc Kabila) de rempiler et de rejeter un éventuel dauphin. Comment va-t-il y arriver ? Un coup d’Etat constitutionnel n’est pas à écarter pour se représenter (…). »

Autre stratégie possible, selon le site Afrikarabia, « tour de passe-passe : Joseph Kabila pourrait être tenté de “découpler” la présidentielle, les législatives et les provinciales, en donnant la priorité aux scrutins locaux remisant la présidentielle à plus tard. Avec une Assemblée nationale et un Sénat acquis à sa cause, il serait alors en mesure de changer les règles : en s’autorisant un troisième mandat ou en choisissant l’élection du président au scrutin indirect. Le feuilleton de la succession de Joseph Kabila est donc loin d’être terminé. »

Des juges trop serviles ?

D’autant que le récent coup de balai au sein de la justice pourrait s’inscrire dans cette même stratégie… C’est du moins ce qu’affirme Ledjely en Guinée. « On peut émettre des réserves quant à la sincérité des objectifs qui sous-tendent ce grand ménage, point le site guinéen. Serait-ce vraiment pour restaurer la confiance entre la justice congolaise et les justiciables congolais ? Dans ce cas, au-delà de la corruption, on devrait aussi faire en sorte que les magistrats soient moins dépendants notamment de l’Exécutif. En effet, aussi longtemps que les juges obéiront servilement aux détenteurs du pouvoir, ils n’inspireront pas confiance aux citoyens. Or, pointe Ledjely, c’est de cela dont il s’agit dans la misère que la justice congolaise fait subir depuis des années à l’opposant Moïse Katumbi. »

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