Rama la Slameuse : « Dans le monde de l’art, il faut choquer pour plaire »

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Rama la Slameuse : « Dans le monde de l’art, il faut choquer pour plaire »

Rama la Slameuse est l’une des artistes burkinabè les plus connus, non pas pour ses œuvres, mais beaucoup plus pour ses frasques sur les réseaux sociaux. Récemment, elle a annoncé sa décision d’arrêter le buzz pour se consacrer à sa carrière. Le vendredi 1er novembre 2019, nous l’avons reçue en entretien. Même si elle a refusé d’aborder ses problèmes judiciaires, l’artiste nous a parlé de ses projets. Avec elle, le buzz est-il vraiment terminé ? Lisez et faites- vous votre propre opinion.

Lefaso.net : Vous êtes artiste slameuse. Il y a certainement une raison qui vous a poussée à embrasser ce style musical…

Rama la Slameuse : Le choix est né du fait que j’avais un message à transmettre au monde. Mon domaine de prédilection, c’est le slam. C’est une voie par laquelle je pouvais transmettre ce message. C’est la raison de mon choix sur le slam.

Pourquoi « Rama la Slameuse » comme nom d’artiste ?

Mon nom à l’état civil est Rasmata Diallo. Rama est le diminutif de mon prénom. Dans mon prénom, on retrouve le « Ra » et le « ma ». On enlève le « s » et le « ta » et on a « Rama ».

Combien d’albums avez-vous à votre actif ?

J’ai fait mon entrée dans l’univers du showbiz burkinabè en 2008. J’ai sorti mon premier album en 2016. C’est un album de huit titres. En 2019, j’ai fait sortir un maxi de quatre titres. J’ai un single intitulé « La récréation ». Il bat son plein actuellement dans les médias burkinabè.

Votre single s’intitule « La récréation ». Cela a forcément un sens. Expliquez-nous pourquoi vous semblez sonner la récréation.

« La récréation », c’est pour ramener dans l’esprit des Burkinabè que Rama a une longueur d’avance sur toutes ces personnes qui pensent qu’elle est quelqu’un de ceci et cela. Juste leur dire que tout ce qu’ils ont pensé était le fruit de leur imagination. Ma carrière de buzzwoman est quelque chose qui a été bien planifiée par Rama et son équipe en 2016. Il faut dire que Rama est venue dans la musique en 2008. Avec ces quelques années hors de mon pays, je sentais que mon peuple m’avait oubliée. Les internautes m’ont oubliée. Qu’est-ce qu’il faut faire pour ramener Rama dans l’esprit des Burkinabè, des mélomanes ? Il faut mettre en place une stratégie pour forcer l’admiration de mon peuple en choquant pour plaire. La stratégie était le buzz.

Le buzz a été planifié en juin 2016. Notre objectif était de faire parler de nous. C’était d’avoir une cote de popularité. Après, on s’arrête deux ans plus tard en 2019. On sonne la récréation avec le nouveau titre. On commence maintenant à travailler. On ne peut pas travailler quand nos internautes ne nous connaissent pas. Ça ne se sert pas pour un artiste de multiplier des œuvres quand on ne te connaît pas. Il faut te faire connaître d’abord et pousser les gens à aller découvrir ce que tu fais. Quand Rama réplique à une injure sur les réseaux sociaux, ça amène quelqu’un à dire : « mais attends, elle chante quoi ? Je vais aller découvrir ». Ça les amène directement vers ta carrière.


Parlez-nous des conditions dans lesquelles vous avez réalisé votre nouveau clip.

Il faut dire que « La récréation » est quelque chose qu’on a préparé depuis 2016. On s’est préparé pour que ça soit d’une grande envergure. Ce clip m’a coûté plus de 23 685 000 F CFA. Le clip a été tourné au Burkina Faso avec d’abord des Français.

Ensuite, nous sommes partis au Ghana où nous avons tourné avec des stars hollywoodiennes du Ghana. Nous sommes revenus pour tourner avec nos frères burkinabè. Au dernier tournage, nous avons fait venir des stars ivoiriennes pour boucler le clip. Il faut dire que Rama essaie de toucher un peu l’Afrique avec ce clip. Mais la source, c’est le Burkina Faso. Le clip a été réalisé par un Burkinabè. Le drapeau burkinabè, pour dire que ça vient de chez moi. Pour dire qu’au Burkina, on peut réaliser des clips de ce genre.

Vous visez un million de vues sur YouTube. Quelles sont les dispositions que vous avez prises pour atteindre cet objectif ?

Les dispositions que j’ai prises, c’est de me retirer tout d’abord des réseaux sociaux. Plus précisément du buzz. Je vais remettre ma communication à la presse de mon pays. C’est pour que la presse burkinabè se tourne vers non seulement ma réputation, mais aussi mon image. Aussi, de me guider à relever mes défis, afin de pouvoir vendre l’image du Burkina Faso au-delà de nos frontières. C’est sans forcément passer par la communauté burkinabè de l’extérieur. Mais, il s’agit de signer des contrats dignes de mon nom, dignes de la culture de mon pays. Ma communication appartient désormais à la presse de mon pays.

Pour faire la promotion d’un produit, il faut un plan de communication. Est-ce que vous en avez pour votre clip ?

J’ai un plan de communication. Dans deux semaines, la presse burkinabè sera du côté de la République ivoirienne où ils [les journalistes, ndlr] passeront sept jours. C’est pour communiquer et écrire le nom de Rama dans le livre culturel ivoirien. De retour d’Abidjan, ils seront du côté de Bamako, au Mali. Après cela, nous embarquerons pour mon prochain clip qui sera préparé à l’extérieur.

Le buzz c’est terminé. Vous allez certainement laisser certaines personnes sur leur soif. Mais, il y a certaines femmes qui estimaient, à un moment donné, que vous en faisiez trop. Elles disaient même que vous « gâtiez » leur nom. Que leur répondez-vous ?

C’est le fruit de leur propre imagination. La preuve, c’est que nous ne sommes pas des amies. On peut gâter quelqu’un quand nous sommes des amies non ? Moi, je n’ai jamais conseillé à quelqu’un de faire comme moi. Suivez ce que je fais, ne faites pas comme moi. Il ne faut pas juger un artiste quand on n’est pas du monde de l’art. Le monde de l’art, c’est du show et du biz. C’est du showbiz. Dans le monde de l’art, il faut choquer pour plaire. Tout vrai artiste sait qu’aucun artiste ne peut grimper par la sagesse. Quand on est artiste du showbiz, la réputation, il faut à un moment la sacrifier pour avoir sa cote de popularité tout en gardant sa dignité intérieure. Nos valeurs ne sont pas physiques. Elles sont intérieures.


Comment vous trouvez le showbiz burkinabè ?

Pour moi, le showbiz burkinabè doit travailler encore. Il n’a pas atteint son apogée. Le showbiz burkinabè, c’est du faux. Je demande aux artistes burkinabè de réaliser des clips de qualité. Nous avons des réalisateurs haut de gamme. Il faut éviter la précipitation dans nos œuvres. Il faut prendre le temps de travailler. Mon clip a pris neuf mois de tournage. Les artistes doivent arrêter de penser que c’est en faisant des featurings avec des stars qu’on devient une star. On peut créer sa propre célébrité soi-même. Ce que je peux dire aussi aux artistes, c’est de respecter la presse de notre pays. Aucun artiste ne peut avancer sans la presse. La presse est une épaule incontournable dans la vie d’un artiste. Même quand un journaliste marche, un artiste ne peut pas vivre sans lui, même s’il roule dans une grosse voiture. Le journaliste, c’est celui qui fait de l’artiste ce qu’il est. Sans eux, je ne suis personne. La preuve, ce sont vos caméras, c’est votre énergie que vous avez utilisée pour m’écouter afin de transmettre mon cri de cœur au reste du monde. Sans vous, je ne suis personne.

Quelles sont vos relations avec les autres slameuses burkinabè, surtout Malika la Slamazone ?

Je vais répondre en général. Malika n’est pas la seule slameuse du Burkina Faso. Je n’aime pas trop que, quand on parle de slameurs, on parle de Malika et Rama. Quand on fait cela, on ferme la carrière des autres slameurs. Ce n’est pas normal. A force de parler de nous deux, on éteint la lumière de ces slameurs qui sont dans l’ombre, qui se battent pour se faire voir. Ma relation avec les artistes slameurs burkinabè est comme ma relation avec mes frères et mes sœurs du showbiz en général. Je n’ai aucun problème avec quelqu’un. Mais, on ne peut pas connaître tous ses collègues. Ceux qui me connaissent et que je connais aussi, j’ai de très bonnes relations avec eux. Nous avons, chacun, apporté sa touche pour que le slam prenne de la verdure aujourd’hui.

Rama la Slameuse a des détracteurs sur les réseaux sociaux. Mais, il y a aussi des personnes qui rêvent de faire comme vous.

Tout d’abord, il faut dire que Rama n’a pas des détracteurs sur les réseaux sociaux. Ceux que vous appelez détracteurs, chez moi, ce sont mes vrais fans. C’est grâce à eux que je suis aujourd’hui une célébrité. A force de m’insulter, ils donnent envie aux gens de me connaître. Qui est cette artiste sur laquelle tout le monde s’acharne ? Ce ne sont pas tous ceux qui nous insultent dans la vie qui nous détestent réellement. Ce sont mes vrais fans incapables d’exprimer leur amour.

Que conseillez-vous à un jeune qui veut faire comme vous ?

Cela dépend. Est-ce qu’il a le courage ? Est-ce qu’il est moralement posé ? La musique est un chemin très glissant. Il faut avoir de la détermination, de la vie en général, avant de venir dans cet univers où priment le mensonge, les accusations. C’est un milieu très dangereux, le showbiz.


Pour faire des investissements pareils dans vos clips, il faut des moyens. D’où proviennent vos ressources ?

Rama est dans le commerce depuis l’âge de 17 ans. Je possède l’une des plus grandes boutiques de ce pays appelée « Le palais des stars ». On ne peut pas me demander des années plus tard d’où vient mon argent ! Mon argent me vient de ma bataille. J’ai puisé ma dignité dans le travail depuis mon plus jeune âge. Mon argent me vient de mon travail.

Vivez-vous de la musique ou du commerce ?

Je vis de la musique et du commerce. Je suis la seule artiste au Burkina à vendre un CD à 17 000 F CFA. Je suis la seule à vendre des gadgets, des t-shirts à 100 000 F. Je vis de mon art. Je vis aussi de ma vie de commerçante.

Peut-on espérer un concert de Rama la Slameuse un jour ?

Bien sûr ! Comme je suis artiste, ça va venir. Pour le moment, il n’y a pas de date.

Dans cinq, dix ans, où voyez-vous votre carrière ?

Dans cinq ans, je serai une méga star, une multimilliardaire.


Rama la Slameuse revendique des propriétés immobilières mais elle est toujours en location. Pourquoi ?

Je suis toujours en location parce que le genre de maison que je veux construire dans ma vie, je ne peux pas le faire au Burkina Faso tant que le pays n’est pas stable. Rama est une fille qui n’aime pas faire les choses dans l’à-peu-près. Le jour où je vais déposer une maison au Burkina Faso, cela marquera l’histoire. Ça sera même un lieu de tourisme pour la jeune génération. Le genre de maison que je veux, si je le construis maintenant, on va m’arrêter pour rougissement d’argent et non blanchiment d’argent. Je dors en location mais un fonctionnaire de l’Etat burkinabè ne peut pas dormir là-bas. Une seule voiture de Rama peut payer une maison au Burkina.

Entretien réalisé par Dimitri OUEDRAOGO

Vidéo : Mariam Sagnon

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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