Putsch RSP: «J’ai fouetté un manifestant, mais involontairement»

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C’est un accusé qui, de par son tempérament, a contraint le Tribunal militaire à suspendre l’audience pour quelques minutes ce lundi 20 août 2018. Le Caporal Lankoandé Seydou, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’hésitait pas à répondre à la plupart des questions par « Je n’en sais rien », « Je ne réponds pas »… L’ex-élément du Groupement de commandement et de services du RSP a par ailleurs reconnu avoir « fouetté » un manifestant, mais « involontairement ».

L’assistance a eu droit à un débat agité, ce 20 août 2018 à la Salle des Banquets de Ouaga 2000. C’était au tour du Caporal Lankoandé Seydou de comparaître devant le Tribunal militaire. Né en 1990, le jeune soldat de l’ex-RSP est célibataire, père de deux enfants. Moniteur des sports de son état, il a une voix de fausset.

Dans ses galons de Caporal, il se dit jamais condamné, ni décoré. Trois chefs d’accusation pèsent contre lui : attentat à la sureté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires. Comme la plupart de ses prédécesseurs, il n’a reconnu aucun des faits susmentionnés. Le Juge militaire lui demande alors de se justifier. Dans sa narration des faits, le Caporal reconnaîtra pourtant avoir « fouetté » un manifestant le 17 septembre 2015.

« En tant que Moniteur des sports, je devrais être présent tous les jours au corps. Le 16 septembre, j’ai participé au rassemblement de 7h. Après, je suis allé au terrain pour préparer un match de volleyball. C’est de là-bas que j’ai appris qu’il y a encore un rassemblement. Je suis allé porter ma tenue et assister. On nous a dit que le quartier était consigné », raconte le prévenu.

« J’ai poursuivi un (manifestant) qui nous lapidait »…

Le 17 septembre, l’accusé avoue encore avoir participé au rassemblement de 7h. Mais, il a aussi accompagné le Sergent Ouédraogo Zoubélé Jean-Martial à moto. Cette mission les a conduits vers la Place de la Nation. « Nous avons aperçu des manifestants au rond-point du 2-Octobre. J’ai poursuivi un qui nous lapidait. Je l’ai rattrapé. Je l’ai fouetté avec ma cordelette, mais vraiment, c’était involontairement », se défend-il.

Le Caporal Lankoandé, qui souhaite le retrait de certaines déclarations des pièces à conviction, a été également désigné dans la soirée du 17 septembre pour une autre mission vers la frontière Burkina-Togo. « Nous sommes allés chercher quelque chose, mais je ne saurais dire quoi exactement », s’explique-t-il. Le Procureur militaire note plusieurs incohérences dans les dires de l’accusé. Il tente alors de lui poser quelques questions pour comprendre, mais il se heurte à un mutisme total.

 « Je n’en sais rien », « Je n’étais pas le chef de mission », « Les chefs viendront préciser », « Qui a dit ça ? », « Je ne réponds pas »… Face à la réaction insistante du prévenu, le Président du Tribunal décide de suspendre l’audience afin de permettre à l’avocat de consulter son client. Environ 20 minutes après, le Tribunal refait son entrée. « A force de vous énerver, vous risquerez de dire des choses que vous ne voulez pas. Je vous exhorte à maîtriser votre tempérament », avertit le Parquet.

Le Caporal Lankoandé s’est excusé. Il a également demandé pardon au manifestant qu’il a frappé le 17 septembre. Pour Maître Somé de la Partie civile, « la messe est déjà dite et les faits mis à sa charge sont entièrement constitués ». Quant à l’avocat du Caporal, Maître Babou Bama, il a exhorté les membres du Tribunal à ne considérer que les déclarations faites à la barre. L’audition de Lankoandé Seydou a pris fin vers 13h15. Rendez-vous est pris pour le 22 août 2018 avec un autre accusé.

Noufou KINDO

Burkina 24

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