Propos de Eric BOUGOUMA : Les cadres de l’UPC répondent au « petit président »

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Propos de Eric BOUGOUMA : Les cadres de l’UPC répondent au « petit président »

D’abord, dans la forme de son intervention, le Caucus des cadres pour le changement déplore le ton cynique, le caractère discourtois et le mépris avec lesquels ces propos ont été tenus. Dès lors, on comprend aisément Zéphirin DIABRE lorsqu’il affirme que « le gouvernement actuel n’a aucune considération pour des institutions de la République comme l’Assemblée nationale où des Ministres sont appelés mais ne viennent pas, des ordres du jour sont changés à la dernière minute, etc. ».

Honnêtement, nous ne savions pas qu’à l’épreuve du jeu démocratique, le MPP et son gouvernement seraient aussi frileux et montreraient qu’ils sont des autocrates déguisés. Sinon, comment comprendre qu’une institution comme le CFOP qui, dans son rôle de contre-pouvoir, fait des analyses pertinentes sur la vie de la nation, puisse connaitre un tel mépris de la part d’un Ministre de la République, fut-il le neveu du Président ? Monsieur BOUGOUMA tente d’infantiliser le CFOP. Mais qu’il sache que Zéphirin DIABRE est dans son rôle de mettre le doigt là où ça ne va pas ; son institution n’a pas été créée pour faire l’apologie du pouvoir en place, magnifier les actions du Gouvernement. Il revient au Gouvernement lui-même d’assurer une communication efficace qui convainc les Burkinabè.

A titre d’illustration, voici quelques extraits des dérives du sieur BOUGOUMA : « Le lion est en train de devenir une hyène », « le Chef de file de l’Opposition vient de dérouler sa stratégie à la Bouki l’hyène », « Si le Chef de file de l’Opposition aime tant l’ancien régime, qu’il continue de défendre, qu’il le rejoigne ! ». Les spécialistes doivent être vraiment écœurés devant cette manière de communiquer de ceux qui devraient montrer l’exemple par leur calme, leur humilité, leur esprit d’ouverture à la critique constructive, leur esprit d’apaisement et de réconciliation.

Quant au fond de la question, il faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre la véracité des propos du CFOP. Concernant la réalisation des infrastructures par nos Etats, Patrick ACHI , Ministre ivoirien des infrastructures, disait dans une interview : « aucun ministre des infrastructures n’inaugure des ouvrages qu’il a lui-même initiés ! ». En effet, nous connaissons tous le temps mis depuis l’initiation d’une infrastructure jusqu’à sa réalisation finale par les Etats ! Zéphirin DIABRE, parlant des réceptions de routes dont les réalisations ont été initiées par le régime COMPAORE, voulait susciter plus d’humilité de la part du Premier ministre. En effet, le dernier cité disait récemment à l’Assemblée nationale que le régime de Blaise COMPAORE n’avait rien réalisé pour le pays. Comment peut –on comprendre qu’il recycle les projets de ses prédécesseurs pour le compte du PNDES, tout en continuant de jeter l’opprobre sur eux ?
Nous disons que la sincérité des gouvernants vis-à-vis du peuple est un devoir. Et le peuple attend que cette valeur soit mise en exergue depuis l’insurrection populaire.

Les références suivantes vont vous édifier quant à la véracité des propos du CFOP. Vous verrez ci-dessous des projets d’infrastructures routières conclus par l’ancien régime et ratifiés sous la transition :

1. Loi N°006-2015/CNT portant ratification de l’ordonnance N° 2014-009/PRES du 08 Septembre 2014 portant autorisation de ratification de l’accord de prêt conclu le 20 mai 2014 à Kigali entre le Burkina Faso et la Banque Arabe pour le Développement économique en Afrique (BADEA) pour le financement partiel du projet de route Kongoussi-Djibo Tronçon 1 « Kongoussi-Yargo »

2. Loi N°011-2015/CNT portant autorisation de ratification de l’accord de prêt N°2UV-0144 conclu le 14 janvier à Rabat au Royaume du Maroc entre le Burkina Faso et la Banque Islamique de Développement (BID) pour le financement du projet de construction et de bitumage de la route Kantchari-Diapaga- frontière du Bénin.

3. Loi N°008-2015/CNT portant autorisation de ratification de l’ordonnance N°2014-17/PRES du 20 Octobre 2014 portant autorisation de ratification de l’accord de prêt ITISNA’A N° 2UV-0139 conclu le 19 Février 2014 en Arabie Saoudite14 janvier entre le Burkina Faso et la Banque Islamique de Développement (BID) pour le financement du projet de construction et de bitumage de la route Dédougou-Tougan.

4. Loi N°009-2015/CNT portant ratification de l’ordonnance N°2014-010/PRES du 8 Septembre 2014 portant autorisation de ratification des accords de prêt N°2013105/PR BF 2014 10 00 et N°2013106/PR BF 2014 10 Bis 00, conclus le 27 mars 2014 à Yamoussokro en République de Côte d’Ivoire entre le Burkina Faso et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) pour le financement partiel du projet d’aménagement et de bitumage de la route Nationale (RN 21) Didyr-Toma-Tougan au Burkina Faso.

5. Loi N°044-2015/CNT portant autorisation de ratification de l’accord de prêt N° 2013067/PR BF 2013 28 00 conclu le 25 Octobre 2013 à Dakar entre le Burkina Faso et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) pour le financement partiel du projet d’aménagement de la section urbaine de la RN04 allant du croisement RN04/RN03 à l’échangeur de l’Est à Ouagadougou au Burkina Faso.

6. Loi N°007-2015/CNT portant ratification de l’ordonnance N° 2014-007/PRES du 17 Juillet 2014 conclu le 25 Octobre 2013 portant autorisation de ratification de l’accord de prêt N° 2100150030394 conclu le 9 Janvier 2014 à Ouagadougou entre le Burkina Faso et le fonds Africain de Développement (FAD) pour le financement partiel du projet d’aménagement de routes de désenclavement

7. Loi N° 010-2015/CNT portant ratification de l’ordonnance N°2014-002/PRES du 13 mai 2014 portant autorisation de ratification de l’accord de prêt N° 088/AP/LA/BIDC/EBID/01/2014 conclu le 10 Janvier 2014 entre le Burkina Faso et la banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) pour le financement partiel du projet de réhabilitation de la route communautaire CU9 et facilitation du transport sur le corridor Lomé Ouagadougou : Tronçon Tenkodogo-Ouaga (28 km) au Burkina Faso.

Le paradigme de la continuité de l’Etat est utilisé pour justifier l’annexion des projets de l’ancien régime au PNDES. Certes, la continuité de l’Etat n’est pas remise en cause par Zéphirin DIABRE qui ne l’ignore d’ailleurs pas, puisqu’ayant assuré cette continuité tant au plan national qu’international. Cependant, la continuité de l’Etat n’empêche pas qu’il y ait des repères temporels clairs des actions entreprises par les gouvernements successifs, pour un souci d’honnêteté et de reconnaissance du travail desdits prédécesseurs. Présenter de la sorte la continuité de l’Etat, c’est un peu comme si on ne reconnaissait pas les mérites de celles ou ceux qui préparent les repas, juste parce que c’est nous qui les avons déposés sur la table. Trop facile !

De même, les programmes de gouvernement des différents candidats aux élections présidentielles ne seraient plus utiles, sinon comment conduire une évaluation si on ne connait pas la situation de départ afin de la confronter à celle d’arrivée, puis d’expliquer les écarts ?

Quant à la personnalité de Monsieur Eric BOUGOUMA en sa qualité de Ministre des infrastructures, elle nous laisse perplexe. Ce Ministre est celui qui cristallise le plus l’attention des Burkinabè au sein du Gouvernement, non pas du fait de ses compétences, mais plutôt du fait des soupçons de corruption qui pèsent sur lui, de sa mal gouvernance, de son égo surdimensionné renforcé par les relations de parenté qui le lient au Chef de l’Etat. Eric BOUGOUMA est l’incarnation de la néo-patrimonialisation du pouvoir dans notre pays.

Ce Monsieur qui passe l’essentiel de son temps à accabler l’ancien régime de tous les maux, est lui-même tout comme son mentor, comptable de la gestion du pays pendant près de 26 ans. Sachez qu’il a été le chargé de mission du Président du CDP (actuel Président du Faso) lors de la campagne de 2010 qui soutenait la candidature de Blaise COMPAORE. Il fut conseiller municipal de la commune de Meguet en 2012 au compte du CDP.

Nous ne croyons pas qu’il peut s’ériger aujourd’hui en donneur de leçon, en juge de la plaisanterie ou du sérieux !
Tout le monde connait les liens de parenté qui lient BOUGOUMA au Chef de l’Etat. En principe, pour protéger ce dernier, il devrait être le plus effacé et le plus respectueux des ministres. C’est cela, la bonne éducation africaine. Malheureusement, c’est le contraire qu’il donne à voir. Depuis ses débuts professionnels et politiques, Eric BOUGOUMA traine une sale réputation d’arrogant et de suffisant. Cette réputation alimente les conversations dans sa province, le Ganzourgou. Elle alimente aussi les conversations parmi ses collègues ministres, qui s’offusquent en silence de ses prétentions et de son attitude. Certains d’entre eux, soucieux de protéger leur carrière, sont obligés de faire ami-ami avec lui, de devenir ses « ko-kos ». Mais qu’il ne s’y méprenne pas : ils sont les premiers à rapporter ses propos, et ce qu’ils lui prêtent, y compris sur ses supposées grandes ambitions, montrent à souhait qu’il appartient à la race des politiciens amateurs qui n’ont pas encore rencontré les épreuves qui brisent les caractères.

Avant BOUGOUMA, beaucoup d’autres ont servi ce type d’arrogance aux Burkinabè. En oubliant que tout a une fin, surtout le pouvoir ; et que cette fin survient beaucoup plus vite qu’on ne le croit. Le nouveau « petit président » que BOUGOUMA est, serait bien inspiré de s’en souvenir. N’eut été le lien qui le lie au Président, serait-il devenu le ministre des infrastructures au lendemain de la victoire du MPP ? Assurément pas ! Son parti regorge d’ingénieurs spécialistes des infrastructures, qui ont laborieusement travaillé sur son programme dans ce domaine. Ils ont été royalement ignorés et s’en morfondent actuellement. Mais ils comprennent à leurs dépends que le ministère des infrastructures est devenu le ministère du Trésor de guerre, et qu‘il ne suffit pas d’être un camarade engagé et discipliné pour se voir confier ce trésor.

Le Burkina Faso étant un pays de savane où les crocs- en jambe se font en plein jour, où la visibilité est dégagée, nous exhortons Monsieur le Ministre BOUGOUMA à se ressaisir. C’est cette médisance et ce mépris pour les autres qui ont conduit hier à l’insurrection populaire, à l’alternance malheureusement non suivie de vrai changement au Burkina Faso (espoir trahi du peuple !).

Ouagadougou, le 13 juillet 2018
Pour le Caucus des cadres pour le Changement
OUEDRAOGO Issouf

Lefaso.net