Procès du putsch: « Je suis prêt à faire des révélations si… « 

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L’interrogatoire du Sergent-chef, Roger Koussoubé dit le « Touareg » s’est poursuivi, le mercredi 11 juillet 2018, au tribunal militaire. Il reconnaît partiellement les faits qui lui sont reprochés.

Le Sergent-chef, Roger Koussoubé, alias le « Touareg », a comparu pour sa deuxième fois devant le tribunal militaire, le mercredi 11 juillet 2018, pour répondre  des faits  d’attentat à la sûreté de l’Etat, de meurtres de 13 personnes, de coups et blessures sur 42 personnes, d’incitation de plusieurs militaires à commettre des actes contraires à la discipline, et de complicité de dégradation des biens. A la suite de son interrogatoire, il dit reconnaître partiellement son implication dans les faits qui lui sont reprochés. «Je reconnais avoir enlevé des barricades au niveau du district sanitaire de Bogodogo. J’ai reçu l’ordre d’escorter l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo à l’hôtel Laïco et d’y maintenir l’ordre », a-t-il expliqué. En dehors de ces faits, l’accusé a affirmé n’avoir pas tué ni blessé des manifestants. Cependant, il dit être prêt à faire des révélations si  le tribunal lui rassure que sa famille sera en sécurité. « Pourquoi n’avoir pas donné toutes ces informations lors de votre interrogatoire préliminaire ? », a interrogé le parquet militaire. « J’attendais le bon moment pour le faire. J’avais peur de mettre ma famille en danger. Mais si le parquet me rassure qu’elle sera en sécurité, je vais faire beaucoup de révélations », a répondu l’accusé.  Selon lui, tout  a commencé le 10 janvier 2015, quand il a pressenti qu’on voulait attenter à  sa vie. Dès lors, il a élu domicile au camp Naba Koom II et mis sa famille en lieu sûr. Ensuite,  il a été informé par deux fois de suite des tentatives d’incendier son domicile, sis à Karpala. «En ce moment, j’ai fait appel à Safiatou Lopez et Basic Soul de son vrai nom Souleymane Ouédraogo afin qu’ils invitent les gens à la retenue. ». Et de poursuivre que  par l’intermédiaire du caporal Sami Da, l’ex-Premier ministre, Yacouba Isaac Zida, a demandé à le  rencontrer. La rencontre a eu lieu, le 7 mars 2015, d’abord  à la villa « Kilo » et s’est achevée à son pied-à-terre à Ouaga 2000. «Durant 2 heures 30 mn, Zida m’a fait comprendre que s’il a pris le pouvoir c’était pour veiller à leur bien-être contrairement au  général Honoré Nabéré Traoré », a informé l’accusé. Selon ses explications, M. Zida, l’a contacté  au téléphone, après la crise du 29 juin 2015, intervenue au sein de l’ex-RSP, pour lui  demander de travailler discrètement avec le capitaine Kaboré pour une cohésion dans le corps. « Juste après,  Sami Da  est venu avec une somme de 8 000 000FCFA de la part de celui-ci. J’ai ramené cette somme pour rendre compte  au colonel-major Boureima Keré et au général Gilbert Dienderé », a rapporté Koussoubé. De son avis, après les agissements de M. Zida, c’est le tour du  camp Bassolé de tenter de le « recruter ».

« J’ai déjoué un coup d’Etat en juillet 2015 »

«Un jour,  le soldat Jean Florent Nion est venu me voir au poste de commandement pour m’informer que le général Bassolé était l’homme de la situation, si toutefois il y a un renversement du gouvernement. Quelques jours après, il est revenu me remettre une puce MTN (un réseau de téléphonie mobile étranger) à travers laquelle on allait me joindre et une somme de 50 000 FCFA », a ajouté le sergent-chef. Toutes ces tentatives de rapprochement des deux hommes montrent que chacun voulait, à en croire l’accusé, qu’il  intègre son camp, parce qu’il était le délégué des jeunes soldats. Mais tous ignoraient, en dehors de son commandement, que M. Koussoubé était en réalité un agent de renseignement secret. Il a affirmé avoir su que quelque chose se tramait une semaine avant le coup d’Etat. « J’ai rendu compte au capitaine Kaboré, parce que des réunions se tenaient à la villa Kilo nuitamment. Des informations reçues, certains voulaient qu’on mette fin au gouvernement de la Transition, d’autres étaient par contre pour l’arrestation seulement de l’ex-Premier ministre Yacouba Isaac Zida et les ministres militaires du gouvernement. Aussi,  c’est grâce à mon talent d’agent de renseignement qu’on a pu déjouer un coup d’Etat qui devrait avoir lieu en juillet 2015, dont les meneurs étaient le major Eloi Badiel, Nion et 45 autres soldats », a indiqué l’accusé. Au regard de tout cela, son avocat, Me Alexandre Sandwidi a relevé que son client  n’est pas un des auteurs du putsch manqué, parce qu’aucun fait ne peut lui être reproché.  Par conséquent, il ne peut être poursuivi pour ces chefs d’accusation. Au contraire, il est prêt à dire toute la vérité afin que la lumière soit faite sur ce dossier. L’audience a été suspendue pour reprendre le vendredi 13 juillet 2018 à 9h.

Fleur BIRBA


Les couacs du procès

Un accusé marrant

Au cours de son audition le jour 11 juillet 2018, le sergent-chef Roger Koussoubé, dit le Touareg a tenu parfois des propos qui ne laissaient pas indifférente l’assistance. En effet, quand le parquet lui a posé la question de savoir  quelle était sa relation avec dame Safiatou Lopez, l’accusé a répondu qu’il n’en était rien. Et de poursuivre qu’il n’ose pas se créer des problèmes avec des organisations de la société civile. « Elles n’ont que leur bouche à l’image de la femme  pour parler. Si tu les touches, tu ne fais que  les rendre célèbres»,  a-t-il déclaré.

Des auditions à huis clos ?

A la barre hier 11 juillet 2018, l’accusé Roger Koussoubé a affirmé qu’il est prêt à dire toute la vérité. Voulant commencer, il a tout de suite été interrompu par le procureur militaire, Alioun Zanré. Celui-ci a estimé que ce sont des informations très sensibles. « Vu que notre pays fait face à des menaces terroristes, il n’est pas approprié de donner ces informations au su de tout le monde », a-t-il argué.  En présence  des journalistes et d’autres personnes  de renseignement, ces informations peuvent être divulguées partout. Il a donc  suggéré au président du tribunal Saïdou Ouédraogo de prendre des dispositions pour que certaines auditions se fassent à huis clos si besoin en était.

Quand Koussoubé fait peur à la MACA

« Quand j’ai été arrêté en Côte d’Ivoire et transféré à la Maison d’arrêt et de correction de l’armée (MACA), certaines personnes ont eu des sueurs  froides parce qu’elles ont tenu des propos mensongers à mon égard. Elles ont fait croire que Rambo et moi étions les meneurs du coup d’Etat. Le jour de mon arrivée, certains n’ont pas mangé, d’autres ont préféré rester dans leur  cellule », a dit le Touareg à la barre.

Rassemblées par F.B.

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