Procès recrutement frauduleux CNSS : L’audience continue le mardi 23 juin 2020

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Procès recrutement frauduleux CNSS : L’audience continue le mardi 23 juin 2020

Nos confrères de l’observateur Paalaga ont suivi le jugement de l’affaire des recrutements frauduleux à la caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), suspendu le 9 juin dernier et repris le mardi 12 juin 2020 au Tribunal de grande instance de Ouagadougou. L’affaire s’est poursuivi avec, Liliane Saré ; secrétaire au moment des faits du Directeur des ressources humaines. Lisez in extenso l récit de l’observateur Paalga.

L’assistante de direction a d’abord reconnu être parmi le staff qui a conduit le recrutement depuis son annonce jusqu’à la proclamation finale des résultats. A ce propos, c’est leur équipe qui a surveillé les épreuves, rassemblé les copies, fait les calculs des notes, procédé à la levée des anonymats après les corrections. A écouter Liliane Saré, les compostions se seraient passées sans problèmes majeurs et les copies récupérées ont été déposées dans le bureau du GRH, Norbert Zéba « dans des cartons », car n’ayant pas d’armoires disponibles. Un bureau qu’avait accès au-delà du DRH, la secrétaire elle-même, l’agent de liaison ainsi que « des stagiaires du service formation qui profitaient de l’absence du DRH pour passer des coups de fil parfois longues ».

Une affirmation qui a choqué le tribunal ainsi que le parquet qui n’ont cessé d’accuser la dame de négligence du fait que son comportement pouvait être un facteur favorisant la manipulation des copies des candidats par autrui. Autre fait révélé par l’ex secrétaire Saré à l’audience de ce matin, c’est la réunion en aparté qui a eu lieue entre le chef de service gestion administrative et Prévisionnelle, Daniel Sawadogo et le DRH dans le bureau de ce dernier(respectivement Vice-président et président du Jury de surveillance). Et ce, à quelques jours de la délibération.

Pour la dame Saré, la raison avancée de cette réunion était de vérifier les travaux (calculs des notes, reportages, levées des anonymats…). Un acte « individuel » qui serait contraire aux règles de l’organisation d’un « concours d’envergure nationale », foi du Procureur.

Autre élément qui a suscité de vives réactions dans la salle d’audience, ce 12 juin 2020, c’est l’apparition, dans la salle de délibération des résultats, d’un ordinateur contenant la liste définitive des admis mais dont personne ne sait qui l’a amené ni qui y a mis les informations.

En effet Liliane Saré, répondant à une question du juge sur des ‘‘actes louches’’ qu’elle aurait remarqué pendant tout le processus du recrutement ; a déclaré avoir constaté le jour de la délibération que la machine qui contenait la liste officielle des admis a été verrouillé par le vice-Président du jury, Daniel Sawadogo. La version de la secrétaire a été corroboré par le DRH qui, appelé à la barre a déclaré ceci :

« Effectivement, la veille de la délibération, Daniel et moi avions eu une séance de vérification et sommes rentrés un peu plus tard » avant de poursuivre : « c’est le lendemain, en montant des escaliers pour ladite réunion de délibération que ce dernier m’a dit qu’il a verrouillé le fichier pour des raisons de sécurité ».

Et le parquet de lui poser la question :

« De vous deux, qui est sorti de votre bureau en dernier la veille ? ».

« Moi », a répondu l’ex DRH

Parquet : Et le fichier, où est-il ?

Ex DRH : Dans mon bureau

Parquet : Donc la modification a été faite la veille dans votre bureau en votre présence ?

Ex DRH : Non. C’est le lendemain qu’il m’a dit dans les escaliers ?

Parquet : Et comment il a pu accéder audit fichier dans votre bureau pour codifier sans votre clé ?

Ex DRH : Je ne sais pas

Le nommé Daniel Sawadogo, présent dans le box des accusés a été appelé par les juges pour une clarification. « Monsieur le juge, je n’ai jamais modifié un fichier. Je n’ai jamais approché le DRH pour lui expliquer quoi que ce soit et je n’ai pas aussi été appelé par la secrétaire pour déverrouiller un quelconque ordinateur portable. Je ne savais même pas d’où était venu l’ordinateur qui contenait la liste définitive des admis », fut la version de ce dernier.

Le juge alors de rétorquer : « A qui alors appartenait l’ordinateur qui a servi à projeter la délibération du recrutement ? Qui y a mis les informations et qui l’a fait venir dans la salle ? »

La secrétaire Liliane Saré : Je ne sais qui c’est mais en tout cas, ce n’est pas moi.

L’ex vice-président du jury, Daniel Sawadogo : Ce n’est pas moi

Le GRH Zéba : Ce n’est pas moi non plus. J’ignore qui l’a fait venir dans la salle.

(Rires dans la salle)

Les juges, tous déboussolés, ne seront néanmoins pas au bout de leur surprise. En effet, dans la foulée, le parquet fait appel à un témoin dans l’espoir d’avoir quelques réponses à ces nombreuses interrogations et dernier fera, sans le savoir, des révélations hallucinantes.

Du nom de M. SANON, il a été un observateur au cours de la délibération des résultats du recrutement en 2018. « J’ai été appelé un soir pour que j’aille représenter le lendemain à la CNSS, les trois correcteurs issus de l’Ecole nationale de l’administration et de la magistrature (ENAM) qui ont participé à la correction des copies du recrutement. J’y suis allé écouter et après je suis rentré » a narré le témoin avant que le Tribunal ne lui pose une série de questions dont nous vous proposons la quintessence :

Tribunal : Vous dites que vous étiez là comme observateur ?

Témoin : Oui

Tribunal : Qu’est-ce que vous deviez faire exactement ?

Témoin : Rien. Je devais juste aller écouter. Simple formalité

Tribunal : le DRH a affirmé ici que vous étiez là comme vérificateur des résultats

Témoin : Jamais

Tribunal : Est-ce que vous avez vu les résultats, la liste des admis ?

Témoin : Ça été projeté en image

Tribunal : Vous n’avez pas eu des notes afin que vous comparez avec celles qui seront diffusés ?

Témoin : Jamais

Tribunal : Donc vous n’étiez pas en mesure de savoir s’il y a irrégularité ou pas ?

Témoin : Je n’étais là que comme observateur. On regarde, on écoute les gens et c’est tout.

Tribunal : Or dans le Procès-verbal de la rencontre, il est dit que vous y étiez en tant que vérificateur au nom des trois correcteurs. Donc vous y étiez pour confondre les notes des correcteurs avec celles du jury de la CNSS.

Témoin : Moi je n’ai découvert ce fameux procès-verbal qu’à la gendarmerie

(Rires dans la salle)

Le DRH Zéba, rappelé à la barre, demandant de s’expliquer sur les propos du témoin concernant notamment sur les procès-verbaux de la réunion déclarera ceci : « Monsieur Sanon était là en tant qu’observateur. Concernant les procès-verbaux, ça été projeté dans la salle ». Une réponse qui a fait sursauter le Procureur. Ce dernier a alors entamé une série de question-Réponse avec lui :

Procureur : Mr ZEBA, les PV ont été projetés au cours de la réunion ? Ai-je bien compris ?

Ex DRH, Zeba : oui

Procureur : Est-ce que monsieur Sanon, le témoin présent a signé ?

Ex DRH, Zeba : Ça été affiché au cours de la rencontre par vidéo projecteur

(Rires dans la salle)

Procureur : Donc ça été fait en amont alors ?

Ex DRH, Zeba : Oui

(Rires dans la salle)

Procureur : Comment ça ? M. Zeba, vous étiez Directeur des ressources humaines, je ne vous apprends rien, vous savez très bien qu’un procès-verbal est établi qu’à la fin d’une réunion et après il y a la signature de tous les intervenants. Est-ce que c’est ce qui a été fait ?

Ex DRH, Zeba : Silence

Boris Anicet ZONOU (L’observateur Paalga)

Source : lefaso.net

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