Procès putsch: « Moi Général Diendéré », « Moi Me Guy Hervé Kam »

62

Le mercure était monté pendant quelque temps dans la salle des Banquets de Ouaga 2000, ce mercredi 5 décembre 2018. À son septième jour d’audition, le Général Gilbert Diendéré a eu des échanges plus ou moins houleux avec Maître Guy Hervé Kam, avocat des Parties civiles.

L’accusé-vedette a commencé à sortir ses griffes. « C’est moi qui suis arrêté devant ici depuis une semaine. Vous jouez avec les mots. Vous sautez sur un mot à chaque fois que je prononce une phrase », répond le Général Diendéré suite à une série de questions posées par Maître Prosper Farama.

« Mon Général, vous avez le droit de demander une chaise », lui préconise Me Farama. Et au prévenu de répliquer : « Non. C’est bon. Je le ferai lorsque le besoin se manifestera ». « Mon Général, à l’époque, vous n’aviez pas d’autorité sur la troupe, mais on ne pouvait pas vous muter. Je retiens que vous aviez été plutôt toujours une autorité. Vous aviez même un clan au RSP », contrattaque l’avocat des victimes.

« Vous dites des choses qui n’existent pas. Il ne faut pas faire d’amalgame. Je n’avais aucun commandement au RSP », réagit l’Officier supérieur considéré comme le « père spirituel » du RSP. Il se réserve d’ailleurs de répondre aux autres questions de l’avocat. Maître Guy Hervé Kam prend ensuite la parole pour ses questions et observations. Il commence par évoquer la fonction qu’occupait le prévenu avant et pendant les événements. « Vous n’avez absolument rien compris de tout ce que j’ai dit hier ». Cette réaction du Général annonce une autre couleur des débats.

« Mon Général, êtes-vous toujours dans la même dynamique que ce que vous avez dit à la presse le 23 septembre 2015 disant que vous assumez et que vous répondrez devant la justice ? », souhaite comprendre Me Kam. « Référez-vous à ma déclaration d’hier », coupe court celui qui a passé 21 ans comme Chef d’Etat-Major particulier de la Présidence du Faso.

L’air remonté, la gorge nouée, le Général Diendéré finit par lâcher : « Moi Général Diendéré, il m’est difficile de faire la différence entre Maître Guy Hervé Kam, avocat des Parties civiles, et Guy Hervé Kam, Porte-parole du Balai citoyen. Maître Kam, vous pouvez être considéré comme co-responsable de ce qui est arrivé. L’on se rappelle encore les 100 millions remis à Monsieur Kam.

La personne par qui cet argent vous a été remis est prête à venir témoigner. J’ai également en mémoire vos propos qu’un Officier m’a confiés. Vous lui aviez dit « Saches que nous on cherche à manger ». Vous voyez, tant qu’on a tout cela en tête, on a beaucoup de mal à répondre aux questions de Maître Kam même s’il est présenté comme avocat des Parties civiles. Je suis désolé. Je ne pourrai plus répondre à vos questions ».

Ces « révélations » de l’accusé ne semblent pas inquiéter l’homme de droit qui réplique : « Mon Général, suite à votre intervention, nous comprenons pourquoi Blaise Compaoré n’a pas pu voir venir l’insurrection populaire. C’est grave lorsqu’un Général présenté comme l’homme le plus informé du Burkina se permet de faire de telles affirmations fausses. Blaise Compaoré a dormi pendant longtemps sur quelque chose qui n’était pas du renseignement.

Mon Général, les 30 et 31 octobre, lorsque vos éléments tiraient sur la foule, j’étais aux premières loges. Mon compte bancaire est là. Toutes les traces des transactions peuvent être récupérées. Si quelqu’un vous dit que moi Me Guy Hervé Kam, en 2014, je pouvais risquer ma vie pour 100 millions, vous serez parmi les premiers à dire non, c’est faux », a répondu Me Kam tout en invitant le Général à « être digne » à la barre.

L’audition du Général se poursuit. Les avocats des Parties civiles interviennent toujours.

Noufou KINDO
Burkina 24

Votre commentaire sur ce sujet

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Burkina24.com