Procès Putsch: Le Commandant Korogo lance un défi aux autres coaccusés

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Ce mercredi 7 novembre 2018 a été pleinement consacré au troisième jour de l’audition du Commandant Abdoul Aziz Korogo. Cet Officier militaire qui dit avoir refusé de jouer au Rambo pendant le putsch CND a voulu rester droit dans ses bottes, sans panique. Au point de créer une « déchirure » au sein de la Défense en particulier, et dans le box des accusés en général.

Les habitués de ce procès se rappelleront sans doute que, bien avant sa comparution, lorsque le Chef de Corps adjoint de l’ex-RSP a été cité dans la soirée du vendredi 2 novembre 2018 à comparaître le lundi prochain, des murmures et chuchotements avaient été entendus du côté des accusés.

Ce qui laissait présager que l’interrogatoire de l’ancien stagiaire de l’école de guerre du Cameroun pourrait prendre assez de temps. Ce mercredi 7 novembre 2018 correspond au troisième jour de l’audition de l’Officier natif du Kadiogo, audition qui se poursuit le vendredi 9 novembre prochain.

Le Commandant Abdoul Aziz Korogo, préalablement blanchi par le Juge d’instruction mais renvoyé par la Chambre de Contrôle, n’entend pas charger les autres coaccusés dans cette affaire politico-militaire. Il a néanmoins maintenu ses dires selon lesquels plusieurs de ses subordonnés ne répondaient plus à ses ordres, citant entre autres le Sergent-Chef Roger Koussoubé dit « Touareg ».

C’est frustrant qu’un Sergent-Chef tienne tête à un Commandant »

« J’ai dit ici que j’ai voulu démissionner. J’ai été instruit de rester. Si le Chef d’Etat-Major Général des Armées (CEMGA) m’a instruit de rester, c’est qu’il est bien au courant des implications que cela implique. J’étais en plus le Chef de Corps adjoint du RSP. Je pensais détenir la force. Mais, ce n’était pas le cas », déplore-t-il.

Des avocats de la Défense, notamment Maître Alexandre Sandwidi, par ailleurs Conseil du sieur Koussoubé, dit noter une « crise de confiance » au sein du Corps d’élite qu’était le RSP bien avant même sa dissolution. Il estime cependant que s’il y avait des éléments incontrôlés, cela sous-entend qu’en sa qualité de Chef militaire, il n’aura pas été à la hauteur de la tâche à lui confiée.

Me Sandwidi suggère au Commandant de 38 ans de « contextualiser » les faits pour ne pas charger par ricochet d’autres coaccusés. « En tout cas, Maître. Cela ne fait pas honneur à un Chef militaire. Mais, c’est frustrant qu’un Sergent-Chef tienne tête à un Commandant dans l’armée. Sinon, votre client m’a bel et bien menacé », déclare à la barre l’accusé habillé en tenue militaire.

Pour le Parquet, il n’est pas étonnant d’apercevoir « cette déchirure » au niveau du camp défendeur. Un parquetier s’intéresse par la suite à la présence au camp du journaliste Adama Ouédraogo dit « Damiss » tard dans la nuit du 16 septembre 2015. « Aviez-vous convié la presse pour une couverture médiatique ? », lance-t-il. Le Chef militaire accusé de complicité d’attentat, de meurtres, coups et blessures volontaires, répond par la négative.

« Ce procès se veut un exemple pour la société notamment la société militaire »

A l’écouter par ailleurs, pendant que la hiérarchie militaire confiait qu’elle ne soutenait pas le général Diendéré dans cette aventure, ce dernier leur racontait le contraire. Pour couper court et ne pas parler comme un livre, le Commandant Korogo lance un défi aux autres coaccusés : « Ce procès se veut un exemple pour la société notamment la société militaire. Qui dans cette salle peut dire et prouver que moi, Commandant Abdoul Aziz Korogo, je lui ai donné des ordres d’aller frapper et tuer quelqu’un ? ».

Cette réaction du prévenu crée un silence inouï pendant quelques secondes dans la Salle des Banquets. Mais, du côté du Ministère public, le Chef Korogo semble complice de l’attentat à la sûreté de l’Etat, ainsi que les conséquences prévisibles. L’avocat du militaire, Maître Dieudonné Ouili, désapprouve le fait que le Parquet soit en train de « cuire » son client de tous les côtés, telle une « galette ». Aux environs de 16h25, Maître Prosper Farama a sollicité et obtenu une suspension de l’audience. L’interrogatoire du Commandant se poursuit le vendredi 9 novembre 2018, le micro dans le camp des avocats des Parties civiles.

Noufou KINDO

Burkina 24

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