Procès Naïm Touré : « J’étais de bonne foi quand je faisais ce post »

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Le procès de Naïm Touré, internaute burkinabè, très actif sur Facebook, a effectivement débuté ce mercredi 27 juin 2018. Le facebookeur passera encore  quelques jours à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) puisque le délibéré est attendu le mardi 3 juillet 2018.

Naïm Touré est poursuivi pour trois chefs d’accusation notamment « participation à une entreprise de démoralisation des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) », « incitation de troubles à l’ordre public » et « proposition aux FDS de former un complot contre la sûreté de l’Etat ». L’habitué des concepts « Fia Fia » et « Pon Pon » et son « armée » d’avocats se sont défendus ce 27 juin 2018. Aucune des infractions n’est constituée, selon le collectif composé d’une dizaine d’avocats.

Le procès a débuté aux environs de 12h 49 minutes dans une salle d’audience qui refusait du monde pour être suspendu vers 16h 30. L’accusé a comparu l’air serein. Il faisait très attention à ses mots. Sa condamnation en 2017 à une amende de 300.000 FCFA pour faits d’injures pourrait être pour quelque chose. Lui-même reconnaîtra que cette situation a contribué à soigner son style d’écriture dans ses publications sur Facebook. Bref !

Naïm Touré n’a pas reconnu les faits susmentionnés qui lui sont reprochés. L’accusé a cependant reconnu être l’auteur des web-publications en question. Son post à polémique a été passé au peigne fin. Il a réaffirmé que le post fait suite à un écrit du Quotidien d’Etat, Sidwaya, dans sa rubrique Kantigui attirant l’attention du public et des autorités sur le sort d’un soldat qui a failli laisser sa vie au service de son pays.

« J’étais de bonne foi quand je faisais ce post. Mon intention était d’informer, d’interpeller, mais aussi de formuler des critiques face à la situation. On peut critiquer en étant dans la légalité. Ce n’est pas parce que les gendarmes sont républicains qu’ils ne devraient pas critiquer pour l’amélioration de leur situation », s’est expliqué le prévenu pour qui « stopper le pouvoir » veut dire tout simplement « le sanctionner par exemple aux votes ».

Féliciter Naïm Touré pour service rendu ?

Les gendarmes pourraient, pourquoi pas, dit-il, faire des votes-sanctions, encore appelés « dégagismes », lors des futures élections si leurs conditions de vie et de travail s’empiraient. Le gendarme blessé a finalement été évacué. Le sieur Touré ne se réclame pas activiste. Répondant à une question du Procureur, il a estimé que sa publication a fortement contribué à l’évacuation du gendarme en question.

A écouter les avocats du jeune internaute, il n’y a pas de mauvaises pensées, il n’y a que de mauvaises interprétations. Pour Maître Batibié Bénao, « la démoralisation des troupes, c’est plutôt le fait de laisser les soldats mourir un à un sans travailler à l’amélioration de leurs conditions ».

Illustrant avec le cas de Mamadou Gassama en France, Maître Ambroise Farama a soutenu que la juridiction devrait plutôt féliciter le facebookeur pour service rendu. Et à son confrère et frère, Maître Prosper Farama, d’argumenter qu’un soldat qui est au front et qui n’est pas censé être sur Facebook, comment le démoraliser ?

Le Procureur a requis 12 mois d’emprisonnement ferme. Une réquisition qui semble hérisser le poil de la Défense qui qualifie ladite affaire de « procès de la liberté d’expression ». « Parler de ce qui touche à l’armée est un sujet tabou au Burkina Faso. Comment un seul individu peut-il participer à une entreprise ? », s’interroge Me Bénao. Aucune des infractions n’est constituée, défend-il.

Le délibéré du procès est prévu pour le 3 juillet 2018.

Noufou KINDO

Burkina 24

Burkina24.com