Politique : « Le MPP n’a plus de vision », estime Madi de Gounghin

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Politique : « Le MPP n’a plus de vision », estime Madi de Gounghin

Lefaso.net : Qui est Madi de Gounghin ?

Madi de Gounghin (M.D.G.)  : Madi de Gounghin, c’est Mahamadi Ouedraogo à l’état civil. J’étais membre du bureau du secteur informel dans mon arrondissement, au MPP, parti au pouvoir. J’étais également membre de soutien dans ma commune. J’étais un activiste politique engagé auprès du MPP.

Lefaso.net : Comment vous vous définissez ? Activiste du web, lanceur d’alerte ?

M.D.G. : La plupart des hommes politiques, quand ils sont engagés, ils aiment faire du dilatoire. Ils sont prêts à critiquer les autres sur leur gestion. Mais une fois qu’ils arrivent au pouvoir, ils font pire. Il y a une certaine complicité d’hypocrisie ou d’ignorance parce qu’ils ne veulent pas. Je me suis engagé dans ce combat d’alerte. Vous savez, quand vous avez le pouvoir, vous ne savez pas tout ce qui passe autour de vous. Vous êtes plongés dedans ; pour vous, vous êtes les hommes forts du moment. Vous ignorez tout. Vous ignorez vos promesses.

Mon rôle, c’était de les alerter à travers les fora. J’étais le seul à critiquer la gestion, les dérives. Du fait que je suis quelqu’un qui, quand ça va, je le dis, et quand ça ne vas pas, je le dis également, ils m’ont retiré des fora. C’est pourquoi je suis allé sur ma page [Facebook, ndlr] car si on ne peut pas critiquer à l’interne, il faut sortir critiquer dehors.

Le faso.net : Qu’est-ce qui vous a motivé à démissionner du MPP pour aller au CDP ?

M.D.G. :
Quand vous êtes engagé en politique, il faut concrètement vous engager. Quand vous regardez certains pays, vous les prenez comme des modèles : le Rwanda, le Bénin, etc. Vous vous inspirez de ces pays-là. Mais vous-même concrètement, vous n’agissez pas dans ce cadre parce que vous ne voulez pas sortir le pays du gouffre. Ce qui m’a motivé à quitter le parti avec les camarades, c’est du fait qu’il y a plein de promesses non-tenues.

Le président s’était engagé en six mois. Voilà, on est presque à trois ans. Les mêmes jeunes assis dans les grins de thé qu’on a utilisés, manipulés pour l’insurrection, pour faire barrage au putsch, pour élire le président Kaboré, ils leur avaient donné six mois. Et en six mois, les jeunes ont attendu en vain. Jusque-là, rien n’a été fait. Et il n’y a aucun programme qui fait espérer.
Si vous prenez les programmes dans les différents ministères, vous vous rendez compte que ce sont des programmes connus sous Blaise Comparé. C’est comme s’ils sont venus justes pour la continuité. Pour eux, c’est comme s’ils ne voulaient pas voir Blaise Compaoré, donc il fallait le dégager.

On prend le pouvoir et on continue. Sinon, moi je pense que si vous prenez des engagements réels, il faut les tenir. Aujourd’hui, les surfacturations continuent. Donc nous, on ne peut pas être complices du pillage, du népotisme. Allez dans les diverses institutions, les ministères… vous allez voir. Le cas le plus illustratif, c’est celui de la CNSS [Caisse nationale de sécurité sociale]. C’est du népotisme pur.

Le premier responsable, c’est l’un des membres-fondateurs du MPP. Tout se passe sous son nez. La gabegie, la corruption… les martyrs sont morts pour quoi ? Quand il faut réellement aider les jeunes, il faut aller avec des programmes basés sur du concret. Je le dis et je le répète, même si le président veut, il n’a qu’à changer le gouvernement mille fois. Rien ne sera fait du côté des jeunes et des femmes parce que l’avenir des jeunes et des femmes ne se trouve pas avec le MPP, il se trouve avec le CDP de Eddie Comboïgo.

Lefaso.net : Vous décriez donc la gestion du président Roch Kaboré ?

M.D.G. : Sa gestion est clanique. Aujourd’hui, vous vous [en] rendez compte. C’est comme si le président a pris un coup depuis le décès de docteur Salifou Diallo. Le pouvoir vacille. On sait réellement qu’il y a des problèmes. C’est comme s’il n’y a plus de vision.

Lefaso.net : Mais pourquoi aviez-vous soutenu le président Kaboré en 2015 ?

M.D.G. : Ils ont quitté le CDP, ils nous ont fait croire qu’ils avaient changé. Ils étaient les bonnes graines et les mauvaises graines sont restées au CDP. Aujourd’hui, on se rend compte qu’on s’est trompé. Ce sont les mauvaises graines qui sont parties et les bonnes graines sont restées. C’est comme si ce sont les spécialistes des détournements, de la corruption qui sont au MPP aujourd’hui.

Lefaso.net : A peine vous avez claqué la porte du MPP avec vos jeunes que certains vous accusent de les avoir manipulés pour votre conférence de presse de démission. Que leur répondez-vous ?

M.D.G. : C’est un jeu politique. En politique, tous les coups sont bons. Moi, j’ai quitté avec mes gars. Vous savez très bien que même si vous posez des actions, on trouvera toujours une manière de vous saper, de vous salir. C’est ainsi la politique. Même Jésus-Christ, parmi ses disciples… On trouve toujours des gens pour salir, pour trahir. Ça a toujours été ainsi. On paie des gens, on les manipule pour faire de faux témoignages. (…) Je pense qu’ils se sont ridiculisés.

Je vais mettre des vidéos en ligne, des enfants qui témoignent. Ils sont venus les chercher, forcer certains, acheter des tee-shirts. Ceux qui étaient habillés en tee-shirt CDP, ils étaient autour de six. Ce ne sont pas nos militants. Ce ne sont pas mes jeunes. C’est une machination qui a été préparée pour pouvoir bien saper puisque c’est ça le jeu politique. Ils ont réussi un coup. Ce sont des gens qui aiment interrompre les conférences de presse. Nous nous étions préparés. Les gens savaient.

Les enfants sont venus avant midi. On leur remettait les tee-shirts. Si les enfants n’étaient pas au courant, vous pensez qu’on allait leur remettre ? C’est nous qui avons dit de ne pas porter les tee-shirts, d’attendre vers la fin pour montrer effectivement qu’on quitte le MPP pour aller au CDP. Je ne manipule pas les jeunes. Sur les 300 tee-shirts, ils n’ont reçu que six ou sept. Où sont les autres ? Les jeunes ont refusé de donner les tee-shirts.

Lefaso.net : Que faites-vous pour les jeunes ?

M.D.G. : Je ne fais pas de la politique politicienne. J’ai pris l’engagement d’aider les jeunes en offrant au moins à une vingtaine des permis de conduire. Cela peut les aider déjà à faire quelque chose. Ce sont des engagements concrets. Je ne suis pas dans le dilatoire comme le font les autres camarades.

Lefaso.net : Est-ce que le fait d’aller au CDP ne traduit pas une certaine frustration ?

M.D.G. : Je me suis engagé au CDP, c’est à cause du président Eddie [Comboïgo]. Je suis allé là où on nous écoute. Ils sont prêts à aider les jeunes plus rapidement et concrètement. Moi je vais au CDP et si le président Eddie est élu en 2020 et il prend un engagement et dans les deux ans il ne règle pas les problèmes des jeunes, je claque également la porte, et puis je continue. Je veux une politique réelle. Je veux une politique basée sur des principes, des faits réels et des promesses réelles.

Lefaso.net : Vous semblez aussi dénoncer la débaptisation de l’hôpital Blaise-Compaoré

M.D.G. :
Le MPP n’a pas de vision. La personne qui en avait, c’est Salifou Diallo. Il est décédé. Actuellement, on fait du dilatoire. On veut mater tout. On a changé le nom de l’hôpital Blaise-Compaoré. C’est du dilatoire pour moi. Pourquoi on change le nom de l’hôpital ? On pouvait diminuer le coût. On peut dire que la consultation qui était de 5000 F est passée à 1000 F.

Le changement du nom n’apporte rien. On pouvait laisser le nom et dire qu’on a réduit les frais. Là, les populations allaient accueillir cela. Le changement du nom apporte quoi au vécu des Burkinabè ? On veut effacer tout ce qui est Blaise Compaoré parce qu’on a peur de son retour. On sait qu’il va revenir.

Lefaso.net : L’ancien président va-t-il revenir ?

Politique : « Le MPP n’a plus de vision », estime Madi de GounghinM.D.G. : Il va revenir. Blaise, quoi qu’il ait fait – ce n’est pas parce que je suis au CDP – il doit répondre. Aussi, tous ceux du MPP qui ont fait des malversations doivent répondre. Certains ne peuvent pas dire qu’ils n’ont pas fait de détournements. Il faut une justice équitable pour tous. Je suis pour ce Burkina Faso où tout le monde est sur un pied d’égalité.
Tu as fait des malversations avant, on a ton dossier, on te juge. Regardez tous ceux qu’on nomme. Ils ont des dossiers en justice. Le directeur de cabinet du président Faso a un précédent en justice. C’est cela qui a fait qu’on l’a enlevé sous l’ancien régime. Le directeur général de la CNSS, quand on l’a nommé, l’opposition a sorti son dossier mais on l’a maintenu ! Combien de gens ont des dossiers et on les nomme ?

Lefaso.net : Est-ce que ce n’est pas parce que vous quittez le MPP que vous êtes en train de dénoncer tout cela ?

M.D.G. : Ce n’est pas parce que je quitte le MPP. Moi je l’ai dit au début. Je quitte parce que je ne veux pas être complice du pillage. Ils nous ont fait croire qu’ils avaient changé. Il y avait des précédents. Mais on constate que les mêmes pratiques se poursuivent. Vous voulez que je les défende ? Sur les réseaux sociaux, les gens disent que c’est nous qui avons contribué à asseoir ce pouvoir. Les gens disent que je suis frustré. Je ne le suis pas. Je ne manque de rien. J’ai une ferme. Mon argent ne vient pas du MPP. Si mon argent venait du MPP, est-ce que je pouvais parler d’eux ? Est-ce qu’on peut parler quand on a la bouche pleine ?

Le parti est en manque de vison actuellement. Les mêmes maux que nous avons connus, ce sont les mêmes qui sont en train de revenir sous la pire forme. La vie chère est toujours d’actualité. Tout le monde sait que la vie est chère actuellement. C’est une évidence. Si on a fait l’insurrection, elle devait nous servir de leçon. On ne devait pas se servir de l’insurrection pour s’enrichir aujourd’hui comme beaucoup sont en train de le faire.

Lefaso.net : Finalement, que faites-vous dans la vie en dehors de l’activisme sur les réseaux sociaux ?

M.D.G. : En dehors de l’activisme sur les réseaux sociaux, je travaille comme délégué médical. Actuellement, je travaille comme entrepreneur. J’ai mon entreprise avec un numéro IFU, registre de commerce, créée depuis 2013. Je prends les marchés. J’exerce dans le privé. Je représente une firme pharmaceutique au Burkina Faso.

Le faso.net : Que pensez-vous de l’affaire Naïm Touré ?

M.D.G. : C’est vraiment regrettable. Naïm Touré donnait son avis, critiquait sur les réseaux sociaux. C’est ce qu’on a fait quand Blaise Compaoré était là. Pourquoi Blaise ne nous a pas tous attrapés pour aller nous enfermer ? Qu’est-ce que nous n’avons pas dit ? Qu’est-ce que nous n’avons pas amené les populations à faire ? Les écrits sont là. Juste pour dire qu’on avait plus de liberté même si on souffrait dans le régime passé.

Aujourd’hui, il suffit que tu dises quelque chose et on t’envoie à la gendarmerie. Chaque fois, je suis entre les commissariats et la gendarmerie. Soit c’est quelqu’un qui me dit que je l’insulte ou bien c’est une personne qui dit que je la diffame. Tout récemment, c’est madame la ministre de l’Economie numérique qui m’a convoqué à la gendarmerie, soi-disant que je l’ai insultée. Pourtant, je ne l’ai pas insultée. Si on n’a pas peur de la mort, ce ne se sont pas les intimidations qui nous feront peur.

Lefaso.net : Un commentaire sur le code nouveau code électoral ?

M.D.G. : Quand vous prenez le code électoral, c’est un code qu’ils ont voté et ils sont contents. C’est parce que ça les arrange. Si ça ne les arrangeait pas, si la diaspora leur était acquise, même les carnets de vaccination allaient servir comme pièce de votation. Parmi eux tous, il n’y a même pas un qui peut justifier la non-utilisation de la carte consulaire. Avec la carte consulaire à l’étranger, on voyage avec, on ouvre des comptes bancaires.

Le ministre Clément Sawadogo a dit que la carte consulaire n’est pas un document d’identification. En même temps, l’honorable Somé du MPP, sur une radio de la place, a laissé entendre que la carte consulaire est simplement un document d’identification. Vous voyez la contradiction ? De toute façon, qu’ils sachent que le boulevard qu’ils ont eu en 2015, qu’ils sachent que ce boulevard est fermé.
Le CDP aura un candidat. Le CDP n’avait pas battu campagne en 2015 parce qu’ils étaient traqués, mais ils ont eu 18 députés. Il faut qu’ils sachent qu’ils n’auront pas le coup K.O. ; peut-être le second [tour]. Néanmoins, la politique, c’est le terrain.

Propos recueillis par Dimitri OUEDRAOGO,
Issouf OUEDRAOGO (stagiaire),
Laurence TIANHOUN (Stagiaire)
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