Phénomène du terrorisme : Le diagnostic et les pistes de solutions de Eddie Komboïgo, président du CDP

219
Phénomène du  terrorisme : Le diagnostic et  les pistes de solutions  de Eddie Komboïgo, président du CDP

C’est à une matinée de cours sur l’insécurité dans l’espace sahélien, que des journalistes ont eu droit, ce lundi, 13 janvier 2020 avec l’ancien enseignant de comptabilité à l’Université Ouaga II, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Eddie Komboïgo. C’était au cours d’une conférence de presse au cours de laquelle, le leader politique s’est également prononcé sur le sommet des Chefs d’Etat du G5 Sahel à Pau (en France).

Le président de l’ex-parti au pouvoir, CDP, en avait, visiblement, ‘’gros sur le cœur’’, en ce qui concerne surtout cette question cruciale : la sécurité, avec son lot de morts et de milliers de déplacés. Si la conférence n’a pas eu pour seul sujet ce volet, elle en a constitué un point majeur de par le traitement qui lui a été réservé par le conférencier. Elle découle de son analyse du bilan du pouvoir Roch Kaboré, à quelques mois de l’échéance du mandat.


Cliquez ici pour lire aussi Sommet de Pau sur le Sahel : La déclaration conjointe des chefs d’État


« Le président Roch Kaboré, son gouvernement et sa majorité ont lamentablement échoué  », a constaté Eddie Komboïgo, après avoir présenté des éléments en soutien à cette conclusion.

« Nous constatons que chaque jour, il y a des Burkinabè qui meurent. Et lorsque l’hydre frappe, elle ne cherche pas à savoir si tu es Peuhl, Mossi, Dagara, Bôbô, Gulmantché…, musulman, catholique, animiste ou protestant…, elle frappe. Donc, cela nous interpelle, en tant qu’homme politique, en tant que parti politique. Et ce ne serait pas un secret de vous dire que lors du dialogue politique, la personne qui a donné la communication du CFOP (Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso, ndlr) sur l’insécurité et la recherche de la sécurité, c’est Eddie Komboïgo. Nous leur avons demandé (aux représentants de la majorité, ndlr) : ça fait quatre ans que vous vous battez, sans savoir pour quelle raison nous sommes attaqués. Allez demander au gouvernement Roch Kaboré, pour quelle raison les terroristes attaquent le Burkina. Si vous ne savez même pas pour quelle raison les terroristes attaquent le Burkina, vous ne pouvez pas engager une stratégie de dialogue, de négociation ou d’attaques. Le CDP, qui est inscrit dans la logique, la vision du CFOP, a donné des orientations de signaux », a campé le président du CDP.


Puis, il poursuit : « Nous avons donné les raisons de ces attaques terroristes sur l’histoire de la décolonisation, où les peuples touaregs ont été coupés, et appartenant au nord du Mali, avaient voulu leur indépendance (ça, c’est sur le plan politique). Ils ne l’ont pas eue, pour des raisons ou d’autres, qu’ils n’ont pas d’eau pour faire survivre un Etat, etc. Les peuples touaregs n’allaient pas à l’école, aujourd’hui leurs enfants vont à l’école, sont instruits et ils réclament, au nord du Mali, leur place. Il faudrait que politiquement, ce soit traité. En 2013, lorsqu’il y a eu les coups d’Etat successifs au Mali, le peuple touareg s’était opposé à des élections  ».

L’espace sahélien, un enjeu économique

Le président Blaise Compaoré a donc été invité à faire la médiation entre les belligérants, avec le président nigérian à l’époque, Goodluck Jonathan. Ce qui a abouti à un accord préalable d’élections apaisées, reconstitue Eddie Komboïgo. « Cet accord est là (je pourrais même vous en donner une copie), il garantissait l’intangibilité des frontières et a permis de faire un DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion). Certes, nous avons réalisé le désarmement avec l’installation de l‘armée française à Kidal, la démobilisation, mais, la réinsertion n’est pas toujours acquise. La réinsertion suppose l’exploitation des ressources minières du nord du Mali pour qu’elles profitent au Mali et à ses populations. Ça peut être une raison des revendications. Le président Roch Kaboré dit que lui, il a reçu les djihadistes, qui sont venus réclamer des véhicules ; il faut lui demander, c’est quel type de véhicules et c’est sur quel accord ? Si c’est l’accord préalable, c’est que ce ne sont pas des véhicules de ville, c’est du matériel technique de recherche. J’en sais quelque chose. Il fallait répondre, ça aurait pu apaiser  », a dévoilé M. Komboïgo.


Lire aussi Vie politique : « Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), démontrera ses forces en 2020 » Eddie Komboïgo, président du CDP


« Mais lorsque vous renvoyez des gens comme cela, en disant : ce sont des djihadistes (je ne crois même pas que ce soient des djihadistes, je ne sais pas qui il a reçu là-bas)… Si c’est concernant cet accord, c’est du matériel technique. Et ce n’est pas le Burkina qui achète, ce sont les Nations Unies qui devaient équiper ces zones-là de matériel technique de recherche et d’exploitation minières. Nous avons passé tout le temps à rejeter.., ce qui a amené lie Mali à rompre cet accord et à signer un accord en 2015, dit accord d’Alger, qui est une partie de copier-coller…. », a rappelé le président du CDP.


Eddie Komboïgo étend son analyse. « Ensuite, nous savons que sur le plan économique, dans cette zone querellée, nous avons toutes les ressources minières (uranium, pétrole, cobalt, or) et même de l’eau minérale, dont une source a poussé au Burkina Faso, qui est la nappe Christine, avec des potentialités d’irriguer le Mali, le Burkina et le Niger, sans que l’on n’ait besoin de tirer une seule goutte d’eau de nos rivières. Si tel est le cas, vous comprenez que ce n’est plus une guerre intra-burkinabè, mais plutôt une guerre politique, géo-politique et géo-stratégique. Tout ce qu’on appelle les essais de l’armement très avancés, se font dans les zones sahéliennes, où il n’y a pas de populations (les différents tirs d’essai…). Et qui contrôle cette zone, contrôle sa stratégie de développement militaire. Donc, il faut revoir pour poser les problèmes, concrètement. Quand on a toutes ces informations, on sait qui est qui, on négocie. On ne se lève pas pour frapper sa poitrine en disant : je vais aller…, on va amener des volontaires… Ne va pas à la guerre qui veut, mais qui peut ! Si c’est le diagnostic que j’ai fait, et nous l’avons fait au dialogue politique, il faut changer. C’est ce qui a permis à Roch Kaboré de commencer à aller en Europe, en Asie, en Allemagne et à demander à rencontrer le G7, pour pouvoir poser le problème. Mais il faut associer également les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne, l’OCI (Organisation de la coopération islamique). Si nous commençons à trouver une solution, à répartir l’exploitation de ces zones, ceux qui vont venir vont certainement sécuriser la zone et nous aurons enfin la paix. Il faut éviter que cette zone soit une Syrie, un Afghanistan. Il ne faut pas jouer sur les mésententes internationales de grands pays », présente l’expert-comptable, Eddie Komboïgo pour qui il faut réfléchir à changer le fusil d’épaule.


Cliquez ici pour lire aussi Sommet de Pau sur le Sahel : Le programme des travaux de ce lundi 13 janvier 2020


« Les pays du G5 Sahel et le Burkina ont aussi des points à clarifier … »

Et parlant de quête de solution, il assure que son parti « est très avancé » dans son programme sur cette question. Il indique que le retour de la sécurité est la priorité des priorités pour son parti, si toutefois il accédait au pouvoir. A en croire M. Komboïgo, il n’a pas manqué d’échanges avec la majorité sur le sujet, mais aussi faut-il qu’elle entende, accepte et ait également la capacité de le faire. « Je ne doute pas qu’ils (dirigeants, ndlr) aient la volonté de ramener la paix au Burkina, mais ils n’en ont pas la capacité. Je pense que ce gouvernement de Roch Kaboré a atteint son summum de réflexion  », conclut-il.

En outre, et une fois de plus, Eddie Komboïgo a réitéré son souhait de voir les soldats condamnés participer à l’effort de lutte contre l’insécurité que vit le pays. « Ils ont des contacts, des relations qui peuvent aider le Burkina », a-t-il plaidé en faveur notamment des généraux Diendéré et Bassolé. « Ecoutez-les. Y-a-t-il une meilleure manière de faire purger la peine à un soldat condamné que de lui permettre d’aller contribuer par la guerre ou par les conseils, à ramener la paix dans son pays ! Quand vous le dites, ce sont les OSC (organisations de la société civile) que l’on sort, des internautes, pour vous insulter. Moi, j’accepte ces injures, si mes propos peuvent ramener la paix dans ce pays, je m’y engage, ça ne m’enlève pas un cheveu », a-t-il insisté.


La conférence, qui s’est tenue au moment où s’ouvrait à Pau, en France, le sommet des Chefs d’Etat du G5 Sahel sur la lutte contre le terrorisme dans l’espace sahélo-saharien, n’a donc pas occulté ce sujet d’actualité. Eddie Komboïgo apprécie que les Chefs d’Etat concernés se soient rendus en France pour le rendez-vous. « Autant la France a des points à clarifier dans ses relations avec le Burkina (et avec les pays du G5 Sahel), autant les pays du G5 Sahel et le Burkina ont des points à clarifier. C’est pourquoi je dis : il faut dialoguer. On peut reprocher la manière dont ça a été convoqué, qui a manqué un peu d’élégance diplomatique, mais il y a nécessité absolue que les Chefs d’Etat échangent », a-t-il soutenu, encourageant les présidents du G5 Sahel à défendre les intérêts de leurs pays.

Eddie Komboïgo souhaite qu’à l’issue de cette rencontre, des moyens soient déployés, le même langage soit partagé et que l’on se refasse confiance pour anéantir le terrorisme dans l’espace concerné.


Lire aussi Présidentielle de 2020 : « Les choses sont largement en faveur de l’Opposition », affirme Zéphirin Diabré


OLO

Lefaso.net

Source : lefaso.net

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici