Organigramme du ministère de la santé : La levée de boucliers des pharmaciens est-elle nécessaire ?

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Organigramme du ministère de la santé : La levée de boucliers des pharmaciens est-elle nécessaire ?

L’organigramme du ministère de la santé a été adopté en conseil des ministres en sa séance du 27 septembre 2017. Le 18 octobre, le conseil des ministres nommait différents cadres de la santé aux postes de responsabilité décrits dans l’organigramme. Et le 06 novembre 2017, intervenait l’installation de trois directeurs généraux. Le lendemain de cette installation, les pharmaciens du Burkina à travers leur syndicat et/ou par mouvements spontanés, se mobilisaient contre ce qu’ils appellent la place écornée accordée au secteur du médicament ainsi que le peu de cas dont on fait du pharmacien dans le système de santé de notre pays.

J’ai du respect pour tout corps de métier qui se bat pour améliorer ses conditions de travail, sa visibilité et augmenter le degré de respect qu’on doit aux emplois de leur secteur d’activité. En conséquence, le mouvement des pharmaciens doit donc s’apprécier à sa juste valeur. Je me pose juste la question de sa pertinence surtout en rapport avec son timing.

En effet, si l’organigramme a été adopté le 27 septembre, cela voudrait dire que des travaux préliminaires ont eu lieu avant. Je ne crois pas un instant que cet organigramme ait été lu ou relu sans la participation des structures clés du ministère (notamment les pharmaciens de l’ex-DGPML) ou des partenaires sociaux (notamment entre autres du syndicat des pharmaciens). Et si la participation des pharmaciens a été acquise, on pourrait alors croire à une mauvaise foi de ces derniers ou alors pensé que le problème posé a des connotations insidieuses (plus précisément en termes d’intérêts individuels inavouables).

Quoi qu’il en soit, les questions essentielles à se poser sont les suivantes :
Organigramme du ministère de la santé : La levée de boucliers des pharmaciens est-elle nécessaire ?  L’organigramme adopté le 27 septembre permet-il aux pharmaciens du Burkina d’exercer leur métier dans les règles de l’art ?
Organigramme du ministère de la santé : La levée de boucliers des pharmaciens est-elle nécessaire ?  Cet organigramme permet-il au système de santé burkinabé de se doter de médicaments de qualité et au meilleur coût au profit des populations qui en ont besoin ?
Organigramme du ministère de la santé : La levée de boucliers des pharmaciens est-elle nécessaire ?  Y a-t-il des raisons objectives de penser que cet organigramme ne permette pas au secteur du médicament d’atteindre ses objectifs dans le système ? (en termes d’approvisionnement, de recherche, de gestion des carrières des acteurs, de sécurité des produits pour la plupart importés de l’extérieur…)

Face à mes étudiants de toutes les promotions, j’ai dû répondre à la question récurrente suivante : quel est le meilleur système de santé au monde ? Ma réponse n’a toujours pas varié. Le meilleur système de santé est le système qui permet d’assurer le niveau de santé le plus haut aux populations qu’il est censé servir. Autrement dit aucune forme d’organisation en santé n’est assez bonne que si l’objectif premier, disons même originel, la santé des populations n’est pas atteint. Le système de santé étant l’ensemble des institutions, des organisations et des ressources dont le but est d’améliorer la santé, il est loisible de comprendre que l’organisation optimale de ces organisations et l’utilisation efficiente des ressources disponibles sont le point de départ de la performance d’un système de santé.

C’est dans ce sens que les organigrammes sont élaborés, que des procédures sont établies quant à l’utilisation des ressources, que des plans sont mis en œuvre pour prendre en compte telle ou telle spécificité et résoudre des problèmes conjoncturels et structurels donnés. L’éthique que partage tout acteur du système de santé empêche ou doit empêcher les actions de désorganisation du système de santé (je voudrais ouvrir une parenthèse pour signifier que si Smaïla Ouédraogo a été décrié, ce n’est pas en raison de la pertinence de ses décisions mais plutôt parce que lui-même n’a pas semblé comprendre que les enfants naissent avec un orgueil). En d’autres termes la performance dépend des acteurs en présence.

Or il se trouve qu’à l’arrivée du Pr Nicolas MEDA à la tête du ministère de la santé, il a décliné ce qu’il a appelé comme étant sa vision du ministère de la santé et les actions à mener pour atteindre l’état de pleine santé pour les populations burkinabé. A ma connaissance, tout le monde a applaudi cette approche dans laquelle se trouvait en bonne place la création de la Direction générale de l’offre de soins qui devrait prendre les principales attributions de l’ex-DGPML. Et c’est sur la base de cette vision que le projet de relecture de l’organigramme a été enclenché avec les résultats qu’on connait. La démarche suivie par le ministre MEDA a été inclusif avec certes des méthodes sommes toutes normales de chercheur (n’oublions qu’il est l’un des chercheurs en santé les plus éminents de notre pays) qui ne change pas de postulat avant la survenue de faits concrets qui contredisent les hypothèses de départ.

Je pense donc que l’organigramme du ministère de la santé adopté par le conseil des ministres du 27 septembre 2017 n’a d’autre objectif que d’améliorer la performance du système de santé burkinabé et partant d’améliorer la santé des populations burkinabé. Le mouvement d’humeur des pharmaciens ne devrait pas à mon sens porter sur le contenu d’un organigramme qu’ils ont contribué à bâtir mais plutôt sur les aspects de facilitation de leurs conditions de travail, de leur visibilité et de leur apport particulier à la réalisation des performances du ministère de la santé. Ils l’ont d’ailleurs dit en termes imagés tout comme d’autres l’ont fait avant eux sans pouvoir le dire clairement.

En effet, un malaise s’est développé depuis longtemps dans le système de santé burkinabé qui est largement dominé par les médecins alors que ceux-ci ne sont pas les plus nombreux et que leurs compétences notamment en matière managériale restent à être prouvées. Rappelez-vous, on a toujours parlé de médecin chef de district (qui exclut d’office tout pharmacien ou autre corps à occuper cette fonction) et de mémoire d’homme, aucun pharmacien ou tout autre corps de métier de la santé d’ailleurs n’a été nommé directeur régional de la santé. De même mis à part l’ex-DGPML où la direction générale a toujours échue aux pharmaciens, aucune autre possibilité n’a été offerte aux pharmaciens. Et depuis Abdoul Salam KABORE, aucun pharmacien n’a été ministre de la santé.

Pourtant les pharmaciens sont nombreux à avoir des diplômes de gestion, de santé publique et j’en passe et ils se rendent compte qu’ils ne peuvent pas valoriser leurs compétences dans le système de santé national en raison du caractère discrétionnaire des nominations et du verrouillage savamment orchestré par les médecins. Dans les autres pays de la sous-région (Togo, Niger, Mali, Cameroun, etc…), les médecins n’ont pas le monopole des postes de responsabilité et la réalisation individuelle à travers les possibilités de décision est ouverte à tous…et offre l’espérance à tous.
Je crains fort donc que le mouvement des pharmaciens ne soit un grincement pour rappeler juste leur présence plutôt que pour dénoncer la non pertinence de l’organigramme en ce qui est du secteur médicament. Mais ça, on ne peut pas l’avouer ouvertement.

Toutefois la corporation gagnerait à orienter ses luttes sous un autre angle en montrant réellement ce qu’elle peut apporter aux décideurs plutôt qu’en les contestant de façon… déraisonnable. N’oublions pas que la crise de la CAMEG s’est nourri de certains conflits d’intérêts entretenus par les… pharmaciens. Preuve que les préoccupations liées au secteur médicament peuvent en cacher d’autres difficiles à nommer.

De toutes les façons, les autorités du ministère de la santé doivent aussi avoir le tact nécessaire pour comprendre la situation et avoir l’agilité voulue pour ne pas laisser de brèches dans la mise en œuvre de leurs décisions. Pour preuve l’attentisme (que certains appellent patience ou prudence) qu’il y a à nommer les directeurs techniques des différentes directions générales a généré des vides administratifs et a favorisé un blocage momentané des activités au niveau central. C’est ici que l’on ne doit pas attendre pour prendre une décision. La semaine qui a suivi la nomination des DG, l’on devait connaitre les visages des occupants des directions techniques. Ne l’avoir pas fait a permis de donner de l’ampleur aux déçus de l’ex-DGPML ou encore à l’ensemble des pharmaciens qui n’ont certainement pas eu des bons signes quant à leur avenir professionnel (en termes de perspectives de réalisation personnelle légitime et dont il faut tenir compte) avec les nouvelles autorités.

Vivement qu’entre autorités du ministère de la santé et les pharmaciens et au-delà tous les agents de la santé, s’installe une communication réussie afin que tous puissent regarder dans la même direction au grand bonheur des populations.

Ouagadougou le 10 novembre 2017

Bassidou SARE
Administrateur des hôpitaux et des services de santé
Enseignant à l’Ecole National d’Administration et de la Magistrature (ENAM)
Lauréat de la Didacthèque Internationale en management public (Université du Québec)
Auteur nouvelliste

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