« Nous ne sommes pas venus jouir des privilèges du pouvoir », Paul Kaba Thiéba

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« Nous ne sommes pas venus jouir des privilèges du pouvoir », Paul Kaba Thiéba

Un document de 60 pages lu en quatre heures trente-cinq minutes (4h35mn) avec une pause de cinq minutes pour permettre aux députés de suivre la cadence, mot après mot. Le « message de confiance » livré par le Premier ministre Paul Kaba Thiéba a mis en avant les bons points du Plan national de développement économique et social (PNDES) dont la mise en œuvre réussie passe, selon lui, par la constance dans l’effort, la lutte contre le terrorisme et l’approfondissement de la cohésion sociale. Avec un taux de mobilisation de 5 187 milliards de francs CFA, au 31 mars 2018, la boussole du pays, pour reprendre les termes du chef du gouvernement, a permis à l’économie nationale d’afficher une performance de 6,7% en 2017.

« Discours mou »

« Nous ne sommes pas venus jouir des privilèges du pouvoir », Paul Kaba Thiéba
Une vue de l’Hémicycle

Si pour les députés du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), parti au pouvoir, et ses alliés, le Premier ministre est sur une trajectoire ascendante donc sur le droit chemin, les députés de l’opposition notamment de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), eux, estiment que ce discours « démontre de la mollesse de l’action gouvernementale ». « Sans être charlatan, vous n’avez convaincu personne dans cet hémicycle. Corruption, pauvreté endémique, absence de justice sociale sont les tares congénitales de votre gouvernement », a asséné Justin Compaoré de l’UPC. Et d’exhorter le Premier ministre à travailler à convaincre une majorité parlementaire sceptique d’une réélection du MPP en 2020.

Engagement non tenu selon Tahirou Barry

« Nous ne sommes pas venus jouir des privilèges du pouvoir », Paul Kaba Thiéba
Député Tahirou Barry

Le député Tahirou Barry, ancien ministre de la Culture et du Tourisme, rejoindra le député Compaoré en déclarant que le Premier ministre « n’est pas attaché à la culture de la parole donnée » car, il aurait pris l’engagement, à l’occasion de son dernier discours sur la situation de la Nation, de mettre fin au cauchemar des corvées d’eau de façon définitive jusqu’en 2030 avec la mise en eau de Ziga 2. « Aussi, poursuit Tahirou Barry, on s’attendait à ce que le Premier ministre nous dise quel est l’impact réel du taux de croissance sur la vie quotidienne des populations. On s’attendait à ce qu’il nous dise que ce taux est fondé sur la transformation structurelle de l’économie et non pas sur des secteurs précaires comme le secteur minier qui est appelé à s’assécher ». Pour le jeune député, le Gouvernement doit prendre des mesures « fortes, audacieuses, originales pour la réduction du train de vie de l’Etat afin que les investissements permettent au pays de se lancer sur la voie de l’émergence ».

Invite à garder la tête sur les épaules

« Nous ne sommes pas venus jouir des privilèges du pouvoir », Paul Kaba Thiéba
Pour les députés de la majorité parlementaire, le chef du gouvernement est sur le bon chemin

Député membre de l’UPC-Renouveau démocratique, Daouda Simboro est l’un des adjuvants du Premier ministre. Dans son mot, l’homme a encouragé Paul Kaba Thiéba à toujours garder la tête sur les épaules et à poursuivre le programme du président, Roch Kaboré, avec sérénité. Des propos qui sonnent faux chez le député Justin Compaoré qui n’a pas hésité à mettre en garde le Premier ministre, sur « les félicitations hypocrites de ces députés qui n’ont d’autre rêve que d’entrer dans votre gouvernement ». Opportuniste ou pas, le député Bissiri Joseph Sirima semble bien apprécier son collègue Simboro et dit comprendre le « divorce douloureux » que traverse l’UPC avec la création de l’UPC-RD.

« Arrêter de regarder dans le rétroviseur »

« Nous ne sommes pas venus jouir des privilèges du pouvoir », Paul Kaba Thiéba
Des membres du Gouvernement (De gauche à droite) Clément Sawadogo, Simon Compaoré et Remis Dandjinou

« Nous ne sommes pas venus jouir des privilèges du pouvoir. Ça ne nous intéresse pas. Nous sommes venus aux responsabilités pour changer la vie des Burkinabè », a martelé Paul Kaba Thiéba après avoir laissé entendre que « c’est une grâce divine et un sacerdoce que d’avoir l’opportunité de servir son pays aux côtés du président Roch Kaboré ». Optimiste, il reste convaincu que le Burkina, dont le développement est confronté au déficit d’énergie et à l’insuffisance d’une main d’œuvre qualifiée, n’est pas condamné à la pauvreté. « Si on se met au travail, si on se retrousse les manches, dans dix ans, le niveau de vie de ce pays peut changer. Mais encore faut-il que tout le monde soit sincère, qu’au lieu de faire la politique politicienne, de s’opposer pour rien, qu’on puisse s’entendre sur un minimum », a suggéré Paul Kaba Thiéba. Ce minimum permettra de préserver la cohésion sociale, certes mais pour le président du Groupe Parlementaire CDP, Blaise Sawadogo, il faudra d’abord que le Gouvernement arrête de « regarder dans le rétroviseur ».

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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