Mutilations génitales féminines: aller plus vite à la tolérance zéro

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Un panel de haut niveau a réuni les acteurs de la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF) le 15 juin dernier à Genève, en marge de la 35ème session du Conseil des Droits de l’Homme. L’événement organisé par le Comité inter-africain sur les pratiques affectant la santé des femmes et des enfants (CI-AF) avec le soutien de l’UNFPA, de l’UNICEF et de l’OMS a servi de rampe de lancement de la campagne intitulée « Accélérer l’éradication des MGF ». Cette cérémonie a permis également d’honorer deux nouvelles ambassadrices de bonne volonté du CI-AF, la Première Dame du Burkina Bella Sika Kaboré représentée à l’occasion par Mme Anne Thiéba, épouse du Premier ministre burkinabè Paul Kaba Thiéba, et la sud-coréenne Nam Hee Kim.

En une heure, les partenaires rassemblés à l’occasion de ce panel de haut niveau ont tous renouvelé leur engagement à en finir avec les mutilations génitales féminines. Mme Anne Thiéba, s’exprimant au nom de la Première Dame du Burkina, a rappelé les actions entreprises par le gouvernement burkinabè telles que la ratification d’instruments juridiques internationaux, la création depuis 1990 d’une structure nationale de lutte contre la pratique de l’excision, l’adoption et l’application rigoureuse de législations réprimant les MGF, l’organisation de cérémonies publiques d’abandon de l’excision etc.

Le chemin pour arriver à une éradication complète est peut-être encore long mais Anne Thiéba y croit et demande pour cela la coopération de tout le monde. Pour elle, la cérémonie a permis de « voir ce qui a été fait et ce que les différents pays sont en train de faire pour accélérer l’éradication des MGF ». « C’est aussi une opportunité pour apprendre les bonnes pratiques des autres et aussi de prendre des engagements pour aller de l’avant », a-t-elle par ailleurs souligné.

Cet engagement de tous est d’autant plus nécessaire que malgré les efforts fournis à tous les niveaux, le phénomène des mutilations génitales féminines persiste en Afrique et particulièrement en Afrique de l’Ouest.

Selon la commissaire aux affaires sociales et au genre de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Fatimata Dia Sow, les MGF existent dans presque tous les pays membres de l’organisation. « Elles sont pratiquées aussi bien par les communautés musulmanes que par celles chrétiennes et par les adeptes des religions traditionnelles. Elles traversent aussi, et selon des proportions assez disparates, les ethnies et les classes sociales« , a-t-elle notamment affirmé. Les données les plus récentes évoqueraient des taux de 85,6% au Mali, plus de 60% au Burkina et en Guinée et plus de 30% au Nigéria.

Bannir la pratique, même médicalisée
La CEDEAO s’est donc engagée à « mettre en place des lois qui condamnent les MGF dans tous les pays concernés, à renseigner les données, les indicateurs et les bonnes pratiques communautaires sur les MGF, à mettre en place un groupe de formateurs sur les MGF au sein des groupes les plus touchés et à institutionnaliser l’organisation de rencontres périodiques d’évaluation des actions et des avancées notées dans le cadre de la lutte contre les MGF ».

Le cercle des acteurs de la lutte continue donc de s’agrandir et la solidarité se renforce. Anne Thiéba remarque qu’au Burkina, « la Première Dame est très engagée et travaille en partenariat avec les chefs religieux et coutumiers, les associations communautaires et d’autres ambassadeurs de bonne volonté d’autres pays comme Mme Nam Hee Kim » et « je pense que c’est une bonne chose ». « Nous ne pouvons plus continuer à travailler de façon isolée parce que les MGF sont une pratique complexe », indique-t-elle.

Nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut durcir la lutte pour capitaliser les victoires et refuser certains compromis comme la médicalisation de la pratique des MGF.

« J’ai l’impression que chaque fois qu’on fait deux pas en avant, on fait un pas en arrière. On voit par exemple la médicalisation de la pratique qui pourrait faire croire que les MGF pratiquées dans de bonnes conditions, sont acceptables. Ce n’est pas le cas, parce que c’est quand-même une question de droits de la femme, une atteinte a l’intégrité de la femme », relève Anne Thiéba.

La commissaire aux affaires sociales et au genre de la CEDEAO est, elle aussi, convaincue qu’il n’y aura pas de CEDEAO des peuples « si les femmes et les filles qui constituent plus de la moitié de la population, sont exposées à ces pratiques physiquement débilitantes et moralement dégradantes ».

Il urge donc de mettre un terme a cette pratique moyenâgeuse et l’on comprend mieux la décision du CI-AF de lancer cette accélération de la tolérance zéro aux mutilations génitales féminines. « Les Nations Unies, explique le directeur exécutif du CI-AF Morissanda Kouyate, ont dit qu’il faut mettre fin aux mutilations génitales féminines d’ici l’an 2030. Pour nous c’est trop loin. Il faut accélérer pour que l’on mette fin aux MGF, au plus tard en 2020 ou 2025 mais pas en 2030« . « Il y a une tendance générale à la baisse de la fréquence des mutilations génitales féminines et parallèlement à cela, il y a une montée très massive de l’implication des leaders politiques, religieux, traditionnels et des corporations professionnelles qui sont tous engagés contre les MGF. Je crois que c’est maintenant ou jamais que nous pouvons vaincre les mutilations génitales féminines », a-t-il affirmé.

 

 

Mathieu Bonkoungou

Ambassade Mission permanente du Burkina à Genève

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