Musique : « Au début, j’ai donné des cours à domicile pour payer le studio pour faire mon enregistrement », révèle Dez Altino

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Musique : « Au début, j’ai donné des cours à domicile pour payer le studio pour faire mon enregistrement », révèle Dez Altino

Il se fait appeler le Prince national. Le 13 juillet 2019, il présentera son nouvel album dénommé « Béogo ». Lui, c’est Dez Altino, Tiga Wendwaoga Désiré Ouédraogo à l’état civil. Dans un entretien qu’il nous a accordé en fin juin, l’artiste parle de ses projets, de ses relations avec les autres artistes et de ses accointances avec les richissimes hommes d’affaires du Burkina. Il nous raconte également les obstacles qu’il a dû franchir dans sa carrière.

Lefaso.net : Pouvez-vous présentez à nos lecteurs ?

Dez Altino : Je suis Dez Altino. Je suis le Prince national. À l’état civil, c’est Tiiga Wendwaoga Désiré Ouédraogo. Je ne suis pas marié, mais je ne suis pas un cœur à prendre. J’ai une fille de 6 ans.

Comment Dez Altino est arrivé à choisir la musique comme métier ?

La musique, d’abord, c’est par passion. Je l’aimais bien. J’adorais écouter toute sorte de musique, qu’elle soit religieuse, moderne ou tradi-moderne. À travers ce que j’écoutais, je voyais que je pouvais faire quelque chose. Quand j’étais enfant aussi, à l’école, c’est moi qu’on choisissait pour chanter l’hymne national. Je faisais du théâtre également. C’est encore moi qui chantais là-bas. Le théâtre, c’est faire passer un message. J’ai compris que dans la musique, je pouvais aussi faire la même chose. Je me suis lancé avec cinq autres personnes. On a lancé un groupe. Les gens ont démissionné par la suite. Finalement, je me suis retrouvé seul. Ce n’était pas facile. Si de cinq personnes, je me suis retrouvé seul à faire un album, c’est que vraiment, j’avais la passion.

Apparemment il y a beaucoup de difficultés dans votre métier.

Il y en avait trop. D’abord, je me suis retrouvé seul après que les gens de notre groupe ont démissionné. Ils étaient sûrement découragés. Je voulais faire la musique mais je n’avais pas les moyens. Pour faire la musique, il faut avoir beaucoup d’argent. Au début, j’ai donné des cours à domicile pour payer le studio pour faire mon enregistrement. Ce n’était pas facile. Avant, il n’y avait que deux ou trois studios bien connus. Pour mes enregistrements, j’ai bavé. J’ai mis au moins huit ans pour faire sortir mon premier album. J’ai subi huit ans de galère. Souvent, je mettais l’essence dans ma P50 et je n’étais pas sûr de pouvoir revenir.

J’ai parfois poussé ma moto. J’ai vu toutes les galères possibles. Il n’y avait même pas le respect. Quand tu arrivais en studio, c’était compliqué. C’est vrai que j’avais de bonnes volontés qui m’aidaient mais c’était très compliqué. Je pouvais même aller dormir au studio, juste pour attendre l’arrangeur. Il pouvait venir à 3h du matin. Quand on arrive, s’il est fatigué, on ne travaille pas. La musique a changé de formule. Il y a beaucoup de choses qui ne sont plus comme avant. Il faut mieux faire et avoir des partenaires. Il faut travailler dans la communication.

Vous avez choisi Dez Altino comme nom d’artiste. Que signifie exactement ce nom ?

Dez veut d’abord dire Désiré. C’est mon prénom. J’ai juste abrégé en Dez. Altino, la lettre « A » parle d’amis. Quand je faisais la musique, il y a certains amis qui étaient avec moi et il y avait d’autres qui m’avaient abandonné. Ces derniers disaient que je n’allais jamais y arriver. La lettre « L » c’est le nom de ma maman Lizeta. Le « TI » c’est « Tiiga », c’est mon nom botanique. La lettre « N », c’est Nabiga comme je suis un prince. Le « O », c’est le nom de mon papa qui m’a été donné, c’est Ouédraogo.

Vous êtes prince d’où ?

Je suis un prince du Yatenga, précisément de Lago. Chez nous, je n’ai pas eu d’interdiction pour chanter. Mais les parents trouvaient qu’on ne pouvait pas en faire un métier. Quand tu arrives quelque part et tu dis que tu fais de la musique, on te dit de passer les concours aussi. C’est cette façon de voir que les parents avaient. Mais je pense qu’ils ont vite compris que chacun a son destin.

Quelles sont vos relations avec les autres artistes du Burkina, surtout quand on sait que l’on vous compare à Floby ?

J’ai de très bonnes relations avec les autres artistes. Maintenant, la comparaison avec Floby, c’est naturel, c’est logique. Ce n’est pas avec lui seulement que je fais la concurrence. Je fais la concurrence avec tous les autres artistes du Burkina. Les gens n’ont pas compris que notre concurrence est plus musicale qu’autre chose. C’est comme les réseaux téléphoniques. Ils sont là, ils se font la concurrence. Ce n’est pas la bagarre. Donc, s’il n’y a pas de concurrence, il n’y a pas d’évolution. Personnellement, Floby et moi, on n’a aucun problème. On s’appelle régulièrement. Sinon, on n’allait même pas faire de featuring.


De quoi Dez Altino s’inspire pour chanter ?

Mon inspiration est divine. Vous savez, on peut être inspiré et sortir quelque chose. Mais, ce n’est pas évident que cela plaise aux mélomanes. Si vous avez remarqué, mes fans au début étaient moins nombreux. Mais aujourd’hui, ils sont très nombreux. Je ne peux pas douter que j’ai des millions de fans. Il y a des gens qui n’aimaient pas ma musique, mais qui, aujourd’hui, écoutent mes sons.

Où vous voyez-vous dans 5 ans ? Quels sont vos projets ?

Il y a d’abord la structure « Dez Altino production » que j’ai créée. J’ai déjà un studio d’enregistrement. C’est vrai que pour le moment c’est privé, mais je compte en faire un studio pour d’autres musiciens aussi. Je compte faire beaucoup pour la culture burkinabè. Je ne serai pas l’artiste qui chante quoique son temps soit passé, qui force pour chanter parce qu’il n’a pas le choix. Je veux planifier mon avenir. Si je chante dans 10 ans, ça va être juste pour le plaisir et non pas pour manger. Vous savez qu’aujourd’hui, il y a des artistes qui, malgré l’âge, grouillent toujours pour avoir des gombos (cachets). Je pense que c’est un manque de planification. Il faut chanter parce que les gens ont besoin de toi.

Qu’est-ce que la musique vous a apporté ?

Ma carrière a décollé en 2009. En décembre, ça va faire 13 ans que j’ai commencé à chanter. Le premier album avait un succès commercial mais pas médiatique. Je ne maîtrisais pas le showbiz. Quand les gens font les comparaisons, je suis d’accord mais on n’a pas eu les mêmes chances. Je ne veux pas citer de noms. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un gros producteur pour me pousser. Tous mes albums ont été produits par Dez Altino.

Je peux dire que je suis le seul qui s’est battu tout seul en tant que producteur. Pour arriver au niveau auquel je suis aujourd’hui, ce n’est pas donné à tout le monde. Beaucoup ont commencé, ça a fait du boom, mais après plus rien. C’est vrai qu’à un moment donné, Papus Zongo a été mon manager. Mais ce n’est pas donné à tout le monde. Je n’ai pas eu d’album qui n’a pas été nominé aux Kundé, au Fama. Ça veut dire que je suis resté constant.

La musique nourrit bien son homme. On vous attribue une R+1 dans un quartier de Ouagadougou…

Oui, c’est à Rimkieta. Je trouve que c’est logique. C’est ce que les gens savent, sinon j’ai beaucoup investi. Je trouve que ce n’est pas bien de parler de ce que tu as fait. C’est mieux de parler de la musique.

Il y a des gens qui veulent faire la musique comme vous. Quels conseils avez-vous à leur prodiguer ?

D’abord, il faut être courageux. Il faut la passion. Quel que soit ce que tu veux faire, il faut la passion. Il faut la persévérance. Une chose est de faire sortir un album, une autre est d’en faire la promotion. Une chose aussi est de vivre la vie d’artiste. Quand tu veux faire la promotion, tu as besoin de plus d’argent. La plus grosse difficulté, c’est de vivre la vie d’artiste. On invente des choses sur toi. Ce que tu as fait ou ce que tu n’as pas fait, quand tu es une star, il faut accepter tout cela.

À combien s’élève votre plus gros cachet ?

C’est mon salaire. Je ne peux pas parler de ça. Mais aujourd’hui, j’ai un cachet élevé. Pour m’avoir en playback, c’est 800 000 F CFA par prestation. J’ai souvent 20 prestations dans le mois, sauf en saison pluvieuse et pendant le carême. Aujourd’hui, on a contribué à élever le cachet au pays. Dans d’autres pays comme au Cameroun, c’est plus élevé. Au début, quand je chantais, le cachet était à 100 000 et même 50 000 F CFA. Il faut souvent refuser des prestations pour pouvoir monter les cachets.

Que vous ont apporté vos collaborations avec Lady Ponce et d’autres artistes au niveau national comme Fush ?

Mes collaborations ont été très fructueuses. Fush, son producteur m’a suivi pendant 3 ou 4 ans. Quand il m’a proposé de faire « Yaa paalé », je n’ai pas hésité. C’est vrai qu’il était connu mais ça a donné quelque chose de plus à sa carrière. D’ailleurs, il a été distingué meilleur featuring aux Kundé. La collaboration, c’est pour avoir l’expérience. Peu importe le résultat. Un clip qui m’a couté cher, c’est avec Lady Ponce. Le déplacement, les billets d’avion de son manager… mais je pense que c’est positif. On m’a invité à un festival au Cameroun. Elle m’a invité là-bas pour son festival qu’elle organise chaque année. Je pense que c’est un succès. Ça fait que nos fans à tous les deux se croisent. J’aime les collaborations qui font avancer.

Quelle est votre actualité musicale ?

L’actualité, c’est l’album « Béogo ». C’est un opus de treize titres qui sort le 13 juillet 2019. J’ai tenu compte de toutes les critiques. À mes fans de confirmer que j’ai tenu compte de toutes les suggestions. Il y a une tournée qui est prévue dans les treize régions. Vous comprendrez que j’ai 13 ans de carrière, je dois vendre au moins 13 000 CD et T-shirts. J’ai décidé de ne pas dévoiler tout ce que je dis dans l’album. Attendons le 13 juillet. « Beogo » sera le 6e album et puis j’ai un maxi.


Quels sont les rythmes que mettez dans vos albums ?

C’est le Liwaga, le Warba, le Wiré, le Binon… Avec Lady Ponce, c’est un rythme Binon que j’ai fait. C’est pour dire que ça vient du terroir.

Au début de votre carrière, vous abordiez des sujets de conscientisation. Mais actuellement, on constate que c’est de la musique d’ambiance. Pourquoi un tel retournement de situation ?

Quand tu prends l’album « Jolie go », je conseille aux filles d’aller doucement. L’artiste ne doit pas être toujours sérieux. Regardez l’histoire de tous les artistes. Quand vous prenez par exemple Alpha Blondy, il a chanté Fanta Diallo. Ce n’est pas que l’artiste a quitté la conscientisation. Mais la musique aussi, c’est de l’amusement avant tout. On ne peut pas tout le temps se concentrer. Si ça m’inspire de faire un concept, je fais par exemple la danse des champions. À un certain moment, il faut se défouler. Sinon, je n’ai pas quitté la conscientisation. Quand tu prends 20 titres, il y a seulement un ou deux titres d’ambiance.

Comment se passe votre collaboration avec vos danseuses ?

La collaboration se passe très bien. Toute l’équipe, il y a 15 personnes avec moi. Chacun connaît son travail. Au début, c’était difficile, mais avec le temps, elles ont compris. Chacune sait ce qu’elle fait.

On dit que les danseurs contribuent au rayonnement de l’artiste mais ne sont pas appréciés à leur juste valeur. Est-ce le cas chez vous ?

Tout le monde le sait. Mes danseuses sont bien payées. Elles ne doivent pas se comparer à toutes les danseuses. Il y a un traitement spécial. Elles ont un bon salaire. Mais c’est cause de certaines danseuses que leur métier est terni. Si les artistes sont considérés aujourd’hui, c’est juste parce que beaucoup ont lutté. C’est aux danseurs de prendre leur job au sérieux. Ceux qui l’ont compris ne le prennent pas comme un passe-temps.

Comment est gérée la carrière de Dez Altino ?

On s’organise comme toute autre structure. Le staff est bien structuré. Le manager joue son rôle. Les communicateurs jouent leur rôle. Les danseuses aussi. Tu ne peux pas créer une structure comme Altino Prod pour aider les artistes et puis toi-même tu es mal géré. Tout n’est pas parfait. Mais on fait du mieux qu’on peut.

On dit que vous chantez pour les riches qui sont souvent presque ennemis, Abdoul Service ou encore EBOMAF.

Je ne fais pas attention à cela. Ils ne sont pas ennemis. Ce sont les gens qui pensent ainsi. J’étais avec papa EBOMAF il y a quelques jours. Moi, je fais mon business. La musique, ce sont aussi les affaires. Ça ne fait pas partie de mes albums. Si vous remarquez, les sons que j’ai faits concernant les noms des gens, je ne publie ni sur ma page YouTube, ni sur ma page Facebook. Je ne donne à aucune radio et aucune télévision. C’est un truc que je fais pour eux. Dieu faisant les choses, quand tu fais un petit truc, ça va loin. Je m’entends avec les deux. Abdoul et moi, on s’appelle. Aucun d’entre eux ne m’a jamais parlé du mal de l’autre.

Dimitri OUEDRAOGO et Samirah Bationo (stagiaire)

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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