Musique : A la rencontre de Nourat, l’artiste qui chante « Burkina Soldats »

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Musique : A la rencontre de Nourat, l’artiste qui chante « Burkina Soldats »

La musique live, c’est son domaine de prédilection. Avec son groupe « Les lions », elle égaie le public fan de reggae à chaque occasion. Dernièrement, elle a produit un single pour soutenir les forces de défense et de sécurité dans la leur noble combat contre le terrorisme. Elle, c’est Nourat. Le lundi 25 novembre 2019, elle nous a accordé une interview. Entretien !

Lefaso.net : Qui est Nourat ?

Nourat, à l’état civil, c’est Zoma Wendgouda Honorine. Je suis originaire de Koudougou. Je suis une artiste musicienne.

Pourquoi vous avez choisi de faire la musique ?

Il faut dire que c’est un héritage. Je ne voulais pas chanter en réalité. J’ai fait des études anglophones. J’ai une licence en Anglais. Avant, je faisais des concours. La musique m’a tirée par la suite. Il faut dire aussi que j’ai perdu mes parents très tôt, à l’âge de 7 ans. Mais après, on m’a raconté que ma maman, comme mon papa, chantait. Ils jouaient même de la percussion. Donc j’ai compris pourquoi la musique me tire et finalement je suis restée. Je n’ai pas pu résister.

Vous avez neuf ans de carrière. Combien d’albums avez-vous pu produire ?

Il faut dire que j’ai toujours un album. Quand l’album est sorti en 2012, je faisais plus de la variété musicale tradi-moderne. En 2013, j’ai remporté le Kundé du meilleur artiste féminin et après ça, j’ai fait des collaborations avec Irène Tassembedo. Nous sommes allées à Toulouse. J’ai fait des collaborations comme ça jusqu’à ce que je rencontre « Les lions » et que je fasse des singles. Sinon, en termes d’albums, je suis toujours avec un album.


De quoi parle « Daaré », votre premier album ?

« Daaré », comme vous le savez si vous êtes moaga, veut dire « Un jour ». Dans l’album « Daaré », j’aborde l’amour de Dieu, l’amour de son prochain. Je parlais beaucoup des enfants de la rue, les enfants délaissés, les orphelins. C’est pour dire qu’un jour, à l’avenir, tout va s’arranger pour tout un chacun de nous. Je dirai que c’est un album plein d’espoir.

On sait qu’avant, vous faisiez de la variété, mais aujourd’hui on voit que vous êtes en train de titiller le reggae de Bob Marley. Pourquoi ce changement de style musical ?

Il faut dire que ce n’est pas un changement. C’était une option et je suis restée dans cette option, puisque dans mon premier album, il y avait quelques titres reggae. C’est juste que la promotion n’a pas été faite de la manière dont je voulais. Quand j’ai rencontré mon producteur, il disait qu’il avait peur de travailler avec le reggae, de peur que ça ne marche pas au Burkina, de surcroit comme je suis une femme. Mais quand même dans l’album, il y avait un titre reggae, « Sweet of freedom ». Après, on a eu une rupture de contrat.

Je me suis retrouvée au « Madiba mataï », le récent « One love » qui vient d’être fermé. Je veux dire que c’est de là-bas que j’ai commencé des interprétations de Bob Marley, de Joseph Hill parce que j’aimais le reggae. Je peux dire que le reggae a été la toute première musique que j’ai écoutée. C’est la passion qui m’a tirée et je suis allée faire des interprétations reggae. Au début, ce n’était pas facile.

Comme les gens m’avaient vue avec mon titre « Fo lam dat », des gens disaient que j’avais changé de style. D’autres n’arrivaient pas à comprendre. Il y avait des gens même qui avaient dit que je n’allais pas réussir dans le reggae. Mais moi je savais ce que je voulais. Quand une maison te prend, la maison a son côté marketing, il a besoin de vendre. Il y a certains styles qu’on se dit que ça ne va jamais marcher au Burkina Faso. Je ne sais pas si c’est une histoire de mentalité ou quoi. C’était dur avec le producteur donc je l’ai laissé.


Dans quelle circonstance vous avez rencontré « Les lions » ?

Il faut dire que j’ai fait 2 années au « Madiba Mataî » avant que ça devienne le « One love ». C’est quand c’est devenu « One love » qu’ils sont venus de la Côte d’Ivoire pour jouer en tant qu’orchestre. J’étais là, Il y avait des chanteurs aussi de King fire. Au début, on faisait des interprétations mais ils avaient besoin d’un chanteur, quelqu’un qui voulait former un groupe. Et comme mon objectif était de former un groupe, puisque je travaillais avec des musiciens, on s’est dit pourquoi ne pas travailler sur nos propres compositions. On ne va quand même pas rester dans les interprétations. C’est dans cette optique qu’on a créé le groupe « Nourat et les lions ». On a commencé à jouer dans les festivals, à faire des cafés-concerts.

En tant que femme, quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le métier ?

En tout cas, il y a des difficultés. J’ai l’habitude de dire que cette question concerne tout le monde. Il n’y pas de difficultés que pour les femmes. Mais étant femme dans la musique, il y a des propositions indécentes qu’on reçoit. Etant une femme artiste, beaucoup d’hommes te voient comme une femme facile.

Une femme que tout le monde peut aborder, peut approcher, peut rentrer avec. Et puis dans le reggae, c’est tellement rare de trouver la gent féminine dans ce milieu. Mais moi, je prends ces difficultés comme des expériences, comme de la force pour moi-même pour pouvoir avancer. Si je vais m’atteler à ces difficultés, ce n’est pas sûr que j’allais arriver où je suis aujourd’hui.

Expliquez-nous les difficultés que vous avez rencontrées au cours de votre carrière musicale.

(Voir vidéo)

Qu’est-ce que vous avez gagné dans la musique ?

Il faut dire que j’ai eu le Kundé. Mon objectif dans la musique, ce n’est pas d’être une star. Ce n’est pas d’être matériellement élevée. Comme je vous ai dit, c’est un héritage pour moi. Si j’ai accepté de tout abandonner pour faire ça, c’est d’abord par passion et aussi j’honore la mémoire de mes parents. Je sais que là où ils sont, ils sont fiers de moi parce que je fais la continuité. Par moi, leur nom va rester ; c’est plus que ce que j’ai gagné. Il y a des moments, quand je pars en concert, des gens m’approchent pour me dire que telle chanson que j’ai chantée, j’avais tel problème mais quand j’ai entendu la chanson, je me suis retrouvée ; quand tu chantes, j’ai des frissons. C’est plus ça que moi j’appelle le gain de la musique. Sinon matériellement, ça va, je me nourris de la musique. Je ne fais pas un autre métier. Je me plains pas je ne mendie pas, je ne demande pas.

Pourquoi le titre « Burkina soldat » ?

Il faut dire que le single « Burkina soldat » nous a été inspiré par notre chef d’orchestre. En un mot, c’est lui qui a eu l’idée. Un soir, il m’a dit que vu la situation du pays, on a tous un parent soldat, on a tous un parent au front ; on a des familles qui sont endeuillées au jour le jour. Comment est-ce qu’on peut galvaniser ces FDS ? Il nous a donc proposé de reprendre « Buffalo soldat » de Bob Marley en « Burkina soldat ».

Comme je le dis souvent, je demande l’inspiration à Dieu. Il me l’a accordée, donc j’ai écrit le texte avec lui et on a monté avec les autres. On a essayé d’apporter notre touche personnelle. La première fois quand on l’a chanté [le titre Burkina soldat, ndlr], c’était aux Marley d’or 2019. On a même eu un Marley d’espoir et tout le monde était débout. On est rentré en studio avec l’aide de monsieur Harouna Kaboré et on a fait sortir le titre pour donner la force à nos Forces de défense et de sécurité (FDS).

Même si ça ne te touche pas directement, ça te touche d’une manière ou d’une autre, parce qu’on a un parent, une connaissance qui est déjà passée ou qui est là-bas. Tu ne sais pas ce qui va se passer. C’est au-delà de tout ça, qu’on a fait sortir le single pour soutenir les FDS.


Est-ce que si jamais le Centre-Ouest se trouvait dans une situation d’insécurité, on va voir Nourat raccrocher le micro et aller s’enrôler pour défendre la zone ?

Mais bien sûr ! On m’a déjà posé cette question. Notre objectif serait de faire de petits concerts dans les casernes. La musique n’est pas en tout temps festive, dansée ; c’est par ton message, pouvoir aussi galvaniser comme on le dit, apporter une certaine chaleur, une certaine force. S’il y a lieu qu’on puisse aller faire des concerts dans des endroits, il n’y a pas d’hésitation.

Nourat et « Les lions » ont-ils des projets ?

On a un projet d’album. On a déjà commencé à l’enregistrer. Comme on est un groupe de live, on le fait tout en live. On appelle d’autres instrumentaliste pour des collaborations. On est chez Hope music. C’est bientôt prêt. On ne peut pas donner de date exacte. On met tout dans la main de Dieu. Nous demandons que la paix reste dans le pays afin que nous puissions poursuivre nos activités.

Une femme parmi quatre hommes, comment vous vivez cette collaboration ?

Mon chef d’orchestre a l’habitude de dire que je suis une femme avec un esprit d’homme. On se comprend très bien. Il n’y a pas de soucis. C’est vrai que nous sommes des Hommes. Il y a des moments, ça va tirer un peu. Si ça tire, c’est pour que le travail soit bien. On a un chef d’orchestre très rigoureux. Mais quand le projet finit, nous-même on est fier. On comprend pourquoi il est rigoureux. C’est pour que le travail soit bien.

Question people (Voir la vidéo)

Quels conseils avez-vous à donner à ceux qui veulent emboiter vos pas ?

Ce que je peux dire, c’est d’avoir beaucoup de courage. Si tu es passionné, il faut s’armer de beaucoup de courage pour vivre cette passion-là vraiment. C’est la passion qui fera que tu pourras tout construire. Il ne faut pas se dire qu’on veut être une star, qu’on veut avoir de l’argent si on chante, ou peut-être que j’ai un peu raté partout donc je vais devenir artiste. C’est une passion et ça s’accompagne de courage et ça ira.

Quel est votre plus beau spectacle et votre mauvais spectacle ? (voir vidéo)

La femme au foyer, c’est qui pour vous ?

C’est une femme qui arrive déjà à soutenir son mari, psychologiquement, financièrement. Une femme, malgré tout ce que tu as comme activité à faire, quel que soit le travail que tu fais, que tu puisses aussi t’investir dans le foyer. Si tu reviens du boulot, que tu puisses faire le ménage. Si tu as les enfants, que tu puisses jeter un coup d’œil dans les études et surtout comprendre ton homme.

Quel est votre mot de fin ?

Je voudrais dire surtout qu’en ces temps d’insécurité, le Burkina Faso a besoin de tout le soutien de tout le monde, de toute la jeunesse, de toute la population. Que chacun essaie de s’investir comme il peut. Que les artistes, les journalistes, s’investissent comme ils peuvent afin que, la main dans main, nous puissions lutter contre ces personnes qui veulent détruire notre paix, notre bonheur.

Dimitri OUEDRAOGO et Esther KABORE (stagiaire)

Mariam SAGNON et Natanael KALGUIE (vidéo)

Lefaso.net

Source : lefaso.net

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