Mouvement d’humeur des policiers : Simon Compaoré appelé à maîtriser les contours de son ministère

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Mouvement d’humeur des policiers : Simon Compaoré appelé à maîtriser les contours de son ministère

Pour l’UNAPOL, ces mouvements d’humeur ne sont que l’expression d’un ras- le-bol des agents de la police nationale. Pour les animateurs de la conférence de presse, rien ne va à la police depuis l’arrivée de Simon Compaoré. « Le moral de la troupe n’a jamais été aussi bas (…), nos gradés que nous respectons nous font franchement pitié (…) sous des qualités humiliantes de conseillers techniques, de chargés de mission, (…), notre hiérarchie vous a vu arriver avec des personnes émanant normalement d’autres services pour occuper nos postes au ministère de la sécurité », a déclaré le SG de l’UNAPOL, le commissaire Wakilou Senou. Et que dire du « manque de valorisation de la hiérarchie policière, de l’absence de matériels ou de budget pour le ministère, pas une goutte de carburant pour un service de police, chacun se débrouille » a-t-il déploré.

Et si Simon Compaoré semble « ignorer ce qui se passe au sein de la police nationale parce que ses collaborateurs ne lui disent pas la vérité », l’UNAPOL se charge de le faire, histoire de permettre au ministre de « voir clair dans son ministère et attacher sa ceinture parce que rien ne va …. ».

A ce sujet, ils confient avoir annoncé les prémisses des récents mouvements sur la fameuse question du service privé (SP) qui figurait d’ailleurs parmi les 6 points de la plateforme minimale. « Le SP n’est qu’un sous-point d’une plateforme minimale composée de 6 points. En novembre 2016, lorsque nous déposions la plateforme, nous avions garanti à monsieur le ministre que s’il donnait satisfaction à ces 6 points, il pouvait être tranquille … », a rappelé le SG de l’UNAPOL.

Ce n’est pas le montant du SP qui pose problème

Vétusté des textes (les textes datent de 1979), manque de transparence dans les contrats et la clé de répartition (30% étant retenus pour le fonctionnement du service), voici les problèmes qui caractérisent le service payé. « Ce qui pose problème au niveau des éléments de la CRS, ce n’est pas le montant du SP en tant que tel. C’est la transparence ; même si on leur donne 500 francs CFA par mois, qu’on leur justifie d’où vient cette somme. Leur revendication est légitime, ils refusent d’enrichir certains individus » a noté Wakilou Senou, précisant que le SP concerne tous les services de la police nationale sur toute l’étendue du territoire.

Quand le ministre demande des preuves

Pour Wakilou Senou, l’intervention du ministre de la sécurité dans la soirée du mardi était teintée de mauvaise foi. Lors du mouvement d’humeur du mois dernier dit –il, « Les éléments se sont rendus dans une entreprise qui traitait directement avec le DG et au sein d’une institution financière pour s’entretenir avec le premier responsable qui a certes refusé de leur donner des preuves …. » a-t-il cité en exemple. Et d’ajouter que : « Après cela, le ministre d’Etat nous a immédiatement fait appeler dans son bureau pour dire que nous n’avons pas le droit de nous rendre au sein de ces institutions pour mener des investigations. Quand il nous dit d’apporter des preuves, je ne sais pas d’où est-ce que ces preuves peuvent venir » s’est –il interrogé. L’UNAPOL invite par ailleurs le ministre à régler les problèmes réels plutôt que de chercher des boucs émissaires du genre : « le syndicat est instrumentalisé par des mains invisibles ».

Une Tentative d’intimidation ?

Mouvement d’humeur des policiers : Simon Compaoré appelé à maîtriser les contours de son ministèrePour l’UNAPOL, face à cette mauvaise gestion qui caractérise la direction générale de la police nationale, notamment la gestion du SP, le « ministre s’est lancé dans une tentative d’intimidation de la troupe pour faire miroiter le monstre de 2011 comme quoi, il y a des gens qui risquent de perdre leurs postes ». Puis de poursuivre : « Les policiers de 2011 ont regardé faire parce que le régime de Blaise Compaoré était chancelant (..). Cette fois-ci, nous n’allons plus nous chercher, si nous devons aller jusque-là, nous n’allons plus laisser sacrifier certains de nos camarades » a promis Wakilou Senou.

S’ils essaient de prendre des sanctions…

A en croire le SG de l’UNAPOL, certaines personnes accusent le syndicat d’être le principal instigateur de tout ce qui se passe, mais dit – il, « ils se trompent lourdement. Bien au contraire, c’est l’UNAPOL qui essaie de calmer les ardeurs » a-t-il témoigné, avant d’ajouter : « S’ils essaient de prendre des sanctions contre ces gens qui ont eu le courage de revendiquer ce qui leur revient, l’ensemble des policiers risquent de rentrer dans la danse (…) En ce moment, je ne suis plus convaincu de pouvoir contrôler l’ensemble de la troupe ».

A propos de la revendication du départ du DG de la police, le syndicat soutient n’en avoir pas fait la demande, mais dit faire un constat : « il y a un problème de commandement au sein de la police nationale et nous disons que l’autorité doit en tirer les conséquences ».

Nicole Ouédraogo
Lefaso.net

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